‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 100 sur 334 · LES NOUVELLES DRAGONNADES · texte numérisé non relu

LES NOUVELLES DRAGONNADES

émissaires de Ninies ou de La Baume, de sa prochaine arrivée, et les espions de L'intendance avaient recueilli la nouvelle.

La lettre que le pasteur écrivit en Hollande le l"r mars, se ressent de l'émotion où le plongea le spectacle lamentable du Bas-Languedoc '.

Ni vous ni vos amis ne doivent pas penser à retourner dans ce royaume en l'état où sont les choses. Voici une nouvelle persécution presque aussi dangereuse que la première. On cite d'abord les protestants pour leur demander s'ils ne veulent pas aller à la messe. Ils témoignent tous qu'ils ne veulent point y aller... Alors on arrête prisonniers ceux qui l'ont paraître le plus de zèle, et dont l'exemple pourrait affermir le peuple ; et on condamne tous les autres sans exception à une amende, pour chaque dimanche qu'ils manquent d'aller à la messe ou d'envoyer leurs enfants à la doctrine romaine. Ces amendes surpassent quelquefois trois ibis la capitation qu'on payait pour toute une année. La seconde est même le double plus forte que la première, et on menace que la troisième le sera plus que la seconde, et qu'après nous avoir tous ruinés, on nous fera encore souffrir une peine extraordinaire. On tient à peu près le même langage que le clergé tenait dans son prétendu Avertissement Pastoral [de 1682J. Cependant, ou envoie dans nos maisons ou les archers ou les milices bourgeoises, pour nous faire payer ces amendes ; et ces archers ou milices bourgeoises ravagent les maisons, emportent les meubles, le blé et le vin, et emmènent jusqu'au bétail qui sert à la culture de la terre. On laisse même quelquefois ces milices bourgeoises dans nos maisons, pour nous ruiner plus tôt. Ils ne massacrent pas, mais ils nous mettent en état de mourir de faim avec nos familles. . Il y a môme des personnes qui soutirent de grandes violences, le Baron de Villevieille, l'un des colonels des milices, ayant crevé un œil à une femme du voisinage de Sommièrcs. Cependant on condamne toujours à des amendes exorbitantes, aux galères et à la mort ceux qui continuent à s'assembler pour servir Dieu2. Tout cela jette le peuple dans une grande désolation.. .. Un grand nombre de personnes abandonnent leurs maisons et plusieurs autres succombent.

Le clergé envoie à la Cour, comme en 1G85, les listes de ses victoires. Ce ne sont pas sans doute des abjurations nouvelles qu'il enregistre, niais il compte les baptêmes, les confirmations.

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