‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 99 sur 334 · P. Gachon, p. 263. J. Lemoine, pp · texte numérisé non relu

P. Gachon, p. 263. J. Lemoine, pp

2. Si la dalc donnée par J. Lemoine n'est pas fautive, l'ordonnance a été précédée d'une autre, pareille, antérieure au 27 mai 1G97. A celte date, le père Paul de Maubel, capucin et missionnaire, et le Sr Ant. Garcin, prêtre et secondaire de Valleraugue, exposent dans un procèsrverbal signé du vicaire, du régent et de la régente des écoles, «que voyant un très grand relâchement pour les écoles et les instructions, après avoir souvent exhorté les pères et mères inutilement d'envoyer leurs enfants et leurs filles, ils ont etc obliges, pour la décharge de leur conscience, et pour ne trahir leur ministère, d'envoyer des soldats aux plus coupables pour leur faire payer l'amende selon la dernière ordonnance de Mgr. de Bàville. El pour cet effet ils ont eu recours a Saint-André de Magencoules, et ont prié M. de la Roque Chamfort, capitaine, de leur envoyer deux ou trois soldats de sa compagnie ». Quelques habitants ont violemment proteste, et parmi eux «le Sr Salomon Méjanel(60 ans), mari d'une des sœurs de Vivant prédicant, laquelle a été souvent reléguée et qui n'en esl pas meilleure catholique, y ayant plus d'un an qu'elle n'esl pas entrée dans l'église. Jacques, autre Mcjanel, grenier (59 ans), mari d'une sœur de Vivant prédicant. donne également un mauvais exemple. David Méjanel. maire (00 ans) est pareil ». Bàville ordonna une enquête. Les trois hommes, et un nommé Caries, furent enfermés a Sainl-Hippoh le. et condamnes a 190 livres d'amende chacun. C. 176.

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Au début (le 1698, ces diverses mesures sont appliquées, et se renforcent l'une l'autre.

Un vieillard, Paul Portalès, meurt à Lasalle le 19 mars, sans avoir reçu les sacrements. Un conseiller au présidial procède à une enquête. Un catholique témoigne que « depuis quinze ans il n'a jamais vu le défunt à l'église, ni confesser ni communier ». Celui-ci a cependant abjuré en 1688. Le prêtre de Lasalle, que le fils Jean Portalès, pour éviter le procès, a prié de venir inhumer le corps, lui a répondu « que son père ne l'ayant pas reconnu pour son pasteur pendant sa vie, il ne voulait pas le reconnaître pour sa brebis après sa mort ». Le curé, qui témoigne à son tour, parle moins du relaps que de la fille de celui-ci, Jaquette, femme Bastide. Il a signifié à cette dernière l'ordonnance sur les écoles ; elle a répondu que ni elle ni ses enfants n'iraient à l'église, « et que ceux qui vont à la messe sont des hypocrites ». Menacée d'une amende de 20 livres, elle a dit : « Je sais que la R. catholique est une religion d'intérêt. Si on me condamne, je payerai ». Elle paya, et les biens de Portalès furent saisis1.

Pour faire exécuter ses ordres, Bà ville avait en Languedoc les 52 régiments de ses milices. Composées presque uniquement d'anciens catholiques, commandées par d'anciens officiers, par des gentilshommes, ou par de riches bourgeois du pays, « elles connaissaient mieux le pays que les autres troupes, disait Brousson, et ayant autant ou plus de malice, faisaient plus de mal qu'elles ».

Dans ,un voyage qu'il fit aux Cévennes et dans le Haut-Languedoc, Bàville constata que son ordonnance, que les harangues qu'il tint « aux principaux du parti », que ses discours d'ami, de dépositaire des ordres du roi et même de théologien, que ses considérations à la fois politiques et religieuses, obtenaient d'heureux résultats. « Tout cela produisit, au dire de l'évêque de Viviers, un effet si prompt et si heureux et si abondant, que presque tout d'un coup les églises furent pleines de Réunis, dans tous les lieux du Languedoc » ".

1. C. 178. Dossier Portalès. Une tille du défunt, Suzanne, veuve de François Durand, était sortie de France avec Vivent en 1687. Le fils, Jean (dit Paul dans une liste de l'intendance C. 313) était noté eu 1699 comme « ne valant rien pour la religion, sa femme non plus ».

2. .1. Lemoine. p. 2iâ. Voir une lettre pareille de levéque d'Alais, datée de Sainl- Hippolyte, 7 janv. 1698. Ibid., p. 212. Il y eut cependant des résistances collectives. Jurieu cite dans sa Relation de tout ce qui s'est fait... p. 60, une lettre venue de

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Mais tandis que la noblesse et la bourgeoisie, et la grande masse aussi, lassées, désespérées, donnaient de la sorte le spectacle de nouvelles « Conversions générales », le peuple fidèle, que les prédicants avaient dressé à la résistance, se cabra avec plus de colère sous la menace et sous les coups. On vient de lire les paroles d"une femme de Lasalle. Au Pont Je Montvert, pendant les enquêtes qui suivirent l'assemblée de Montcuq, une jeune fille, Marguerite Moline, de Finiels, déclara « qu'elle était et voulait être huguenote, dans laquelle religion elle était née, et que si elle avait assisté à la messe, c'était sans connaissance, et pour passer son temps ». Sa sœur Françoise avait dit de même. Or elles avaient, l'une 23, l'autre 18 ans. L'édit île Nantes était révoqué depuis plus de douze années. Des réponses de ce genre montraient aux évêques et à Bàville combien leur œuvre était demeurée superficielle et vaine, en certaines régions du moins. La nouvelle génération y ressemblait à l'ancienne. Elle nourrissait seulement plus de répugnance à l'égard de l'Eglise romaine et une haine qui devenait féroce, contre ses représentants attitrés.

Ce fut au moment où sévissait ce mélange de persécution violente et de discours persuasifs, et où se manifestaient en nié nie temps cette recrudescence de zèle et cette nouvelle apostasie, que Brousson reparut dans le Bas-Languedoc.

Nîmes, qui est du débul de 1698. ■ Le gouverneur de Saint-Hippolyte ayant fait assembler les principaux du lieu, après les avoir exhortés par des raisons de soldat et de goinfre à aller a la messe, ces pauvres gens ne disant mot, ce Gouverneur leur dil : Parlez-moi, et dîtes quoique raison ! Un de la troupe lui dit : Hé bien. Monsieur, puisque vous voulez que nous parlions, je vous dis de la part de tous ceux qui sont ici présents, que nous n'irons jamais a votre messe, ni nous ni nos enfants. Faites de nous ce que vous voudrez, c'est une résolution prise. Le Gouverneur répartit : Vous êtes de misérables gens. Aile/ a la messe, portez y vos Psaumes, lisez les tant que vous en soyez las. faites en votre particulier tous vos actes de dévotion. Par ce moyen vous vous moquerez du roi, «le ses déclarations, de M. l'Intendant, de moi, el de M. le Cure que voilà, que vous envoyerez, si vous le voulez, à tous les diables! Toul beau, Monsieur, dil le Cure, j'aime mieux qu'ils y aillent que moi... Dans la lin [de cette lettre] il y a que ces pauvres gens s'elant retirés, on lésa condamnés a de grosses amendes... »

La 3' Lettre Pastorale de Basnage, datée du là février ltv.is, imprime une Ici ire écrite du Languedoc, antérieure à celle que nous venons de citer:» On nous fait appréhender qu'on va nous presser sans garder aucunes mesures. Le peuple (catholique) et les Puissances tiennent ce langage». La lettre ajoute, en faisant allusion certainement à l'Avis aux Protestants, de Brousson : « On dit qu'on doit nous demander de quelle religion nous sommes. Nous avons "m formulaire de la rép "Use que nous devons faire, mais il est à craindre que nous ne soyons surpris » (p. -.'!).

En abandonnant le Dauphiné, le ministre s'était risqué à passer la frontière du territoire d'Orange. De là, il écrivit en Hollande, le 23 janvier, une lettre où il résumait la situation des protestants de France '. Il pensait, sans nul doute, servir ses frères en dépeignant leur triste sort. Réveillerait-il le cœur sommeillant de leurs protecteurs ? <r Depuis la paix publiée à Paris, dit-il, les choses sont dans le même état à l'égard de la religion ». Les prêtres du Vivarais ont résolu de forcer les religionnaires à assister à la messe. Les prisons, les couvents, les galères, retiennent toujours leurs captifs. Quelques troupes régulières ont été congédiées du Languedoc, mais on n'a pas cassé les milices bourgeoises, qui sont tout aussi redoutables pour les réunions du désert. Une assemblée surprise [celle de Montcuq] a donné lieu à des emprisonnements et à des amendes. De nombreux réformés ont été pris aux frontières d'Orange, et la déclaration royale les menace de mort. Il est vrai que plusieurs de ces derniers prisonniers ont été relâchés, et Brousson croit que leur libération est due à l'arrivée à Paris du Comte de Portland, ambassadeur du roi d'Angleterre; mais la déclaration n'a pas été rapportée. Cette douceur ne sera-t-elle pas suivie de nouvelles duretés ? Et le pasteur, qui va entrer sur les terres où le combat est le plus violent, oppose son propre dévouement à l'inaction des puissances Protestantes :

Il faut pourtant que les fidèles servent Dieu, et quoi qu'il puisse arriver, ils iront chercher la consolation dans les saintes assemblées. Si leurs frères les abandonnent, Dieu ne les abandonnera point. On leur a fait souffrir de grands maux, des massacres et d'autres martyres horribles, mais le Seigneur les a toujours consolés et fortifiés. Cependant cela n'excusera point devant Dieu ni devant les hommes, ceux qui ne seront point touchés de leurs misères.

Deux jours plus tard, Brousson quittait la ville d'Orange, pour traverser Avignon, et entrer dans le Languedoc par Beaucaire ".

Le 2 février, Bàville informait Fléchier que six prédicants, Brousson, Olivier et quatre autres, se trouvaient aux environs de Nîmes et d'Uzès '. Brousson sans doute avait fait avertir ses

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