‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 102 sur 334 · RBQUÊTBS 1>E BROUSSON AU ROI · texte numérisé non relu

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laquelle principalement, disait-il, Dieu ferait son œuvre. Les cinq Requêtes avaient pour objet de justifier successivement les réformés de l'accusation d'hérésie, sur les cinq points les plus importants de la religion : la foi, le culte, la morale, la lecture dos Saintes-Ecritures et les sacrements. La dernière était accompagnée d'un récit sommaire des maux qu'enduraient les protestants du royaume.

Dans chacune d'elles, la partie apologétique n'était que la reproduction à peu près textuelle des divers points de la Confession de foi et de l'Instruction Chrétienne déjà composées par le pasteur, mais elles portaient, au début, des introductions neuves où Brousson, en un langage qui montait cette fois à la plus puissante éloquence, en appelait à la justice, à l'humanité, au patriotisme de son roi, et discutait en même temps les raisons spécieuses ou mensongères, qui passaient pour avoir arrêté sa clémence.

Quelques fragments au moins des trois Requêtes qui nous restent, doivent être reproduits ici '.

Sire,

Ceux de vos sujols qui prétendent s'être réformés selon la parole de Dieu, ont encore recours avec une humilité profonde, à l'équité et aux compassions de Votre Majesté. La paix générale a été donnée à l'Europe par vos soins et votre condescendance généreuse : les suppliants seuls sont dans le trouble, dans les alarmes et dans la désolation... Voici de nouveaux martyres qu'on nous prépare au milieu des réjouissances publiques.

. . . S'il est vrai que vos sujets protestants aient volontairement embrassé la religion catholique romaine, comme ceux qui surprennent l'équité de Votre Majesté, qui font tant de tort à sa gloire, el qui détruisent son Royaume osent le dire ; s'il est vrai qu'ils soient, comme on parle, de nouveaux convertis, d'où vient, Sire, permetteznous cette liberté, qu'il faut renouveler les rigueurs pour les forcer d'aller à la messe ? D'où vient qu'il faut leur défendre, comme il est dit dans votre Déclaration |du 13 novembre 1G97] d'abandonner leurs biens, leurs familles et leur patrie pour aller professer ailleurs avec liberté leur première religion ?. . . D'où vient qu'il faut tenir en pleine paix tant de milices bourgeoises, et prendre tant de mesures pour empêcher dans tout le royaume que ce même peuple ne s'assemble à toute heure pour servir Dieu selon les mouvements de sa cons. cience ? (Première Requête).

1. Toutes furi'iit saisies en manuscrit dans les papiers de Brousson. Trois seule, ment (la 1", la 3' et la i) subsistent dans le dossier. C. 191. (Voir L. Nègre, p. 196 ; et le texte complet des introductions dans Douen, II, 303-310.^

220 LES PBÉDICANTS PROTESTANTS

Les Edits de Pacification, en rétablissant la concorde entre vos sujets, ont fait fleurir vos Etats et les ont élevés à ce haut point de puissance et de gloire qui a fait l'étonneinent et l'admiration de toute la terre. Mais ceux qui y mettent le trouble travaillent de toutes leurs forces à les détruire. Ils disent sans cesse à V. M. qu'il y a beaucoup de gloire pour elle à détruire un parti de rebelles dont ses prédécesseurs n'avaient pu venir à bout. Mais des sujets qui n'ont jamais demandé que la liberté de servir Dieu selon ses commandements, et qui ont fidèlement servi Y. M. dans le besoin, méritent-ils que pour les détruire, Y. M. ruine son propre royaume?... Est-ce peu de chose que d'allumer le feu de la discorde entre vos propres sujets. . . , d'en disperser par l'Europe trois ou quatre cent mille, et d'en faire périr plus d'un million d'autres dans une dure captivité '.'... On assure que les plénipotentiaires de V. M. dirent après la signature de la paix, que ceux des Puissances protestantes n'avaient pas fait de grands efl'orts, pour obtenir de l'équité de V. M. le rétablissement de ses sujets protestants. Ce sont des choses qui ne nous sont pas connues. Nous ne doutons pas de la piété des Puissances qui professent la religion protestante. Mais ne pourrait-on pas dire, Sire, que quelques-uns de leurs ministres peuvent être dans une grande tentation, lorsqu'ils considèrent qu'il est de l'intérêt de leurs maîtres de laisser votre royaume dans le trouble. . . , et de fortifier leurs propres Etals par le grand nombre de vos sujets qui sont sortis de France, qui en sortent, et qui en peuvent sortir ? Ils savent, par expérience, que le peuple que leurs maîtres ont recueilli, est un peuple fidèle, laborieux et industrieux, qu'il y a même parmi ce peuple dispersé un grand nombre de bons soldats, et que les uns et les autres servent avec zèle ceux qui leur donnent du pain dans leur misère. . .

Mais, disent nos adversaires, ce peuple a porté les armes contre son Prince. Ce sont nos adversaires mêmes. Sire, qui doivent imputer ce malheur à leur propre faute, à leur propre injustice. Que veulent-ils que fasse ce pauvre peuple? Faut-il qu'il meure de faim? Est-il d'ailleurs juste que les Puissances qui le recueillent et qui le protègent, n'en retirent aucun service?... Mais enfin, après qu'un malheur est arrivé par la faute de ceux qui ne peuvent souffrir le calme dans votre royaume, faut-il s'irriter et se roidir de plus en plus afin que tout achève de périr? (Troisième Requête).

. . . Ceux qui forcent vos sujets protestants de pratiquer le culte ■ le l'Eglise romaine, qu'ils croient contraire à la Parole de Dieu et à sa gloire, font des profanes et des impies. Voilà, Sire, les nouveaux convertis des pasteurs catholiques romains. . . Si nous ne pouvons avoir les pères, dit-on, nous aurons les enfants. Mais faut-il jeter les pères dans l'impiété, pour se rendre maîtres de leurs familles ? Sont-ce là les voies de Dieu ? On voit d'ailleurs dans tout le royaume que les enfants ont encore plus d'aversion que les pères pour la

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