‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 105 sur 334 · Lettre du 2S mars. Opnsc · texte numérisé non relu

Lettre du 2S mars. Opnsc

rmoussoN chez GRIMAI 225

apparaissent] ou de milices bourgeoises « au taux de 15 sols par jour chaque soldat, outre sa nourriture ». — pillage des meubles mis en vente forcée, <t et souvent ce sont les prêtres qui les achètent à vil prix », — emprisonnement des chefs de famille opiniâtres, — claustration des jeunes filles, — Urousson a dit tout cela déjà. Mais voici du nouveau : « Nous sommes abandonnés à la fureur du clergé, qui, de concert avec les intendants dirige cette persécution, jusque-là que quelquefois les consuls font des logements par ordre du clergé ».

« On nous insulte, en nous disant : lié bien ! vous voyez bien si les Puissances Protestantes ont rien fait pour vous ! Cependant nous travaillons, autant qu'il nous est possible, ii fortifier le peuple et à consoler les fidèles, et nous prions Dieu avec eux dans les déserts '... Il y a toujours eu beaucoup d'appelés et peu d'élus. Cela se voit maintenant en France en quelque lieux. Mais Dieu y a pourtant un bon nombre de bonnes âmes qui lui donnent gloire, et avec lesquelles nous nous consolons ».

Le Sr Grimai était un de ces fidèles, sur lesquels Brousson avait raison de compter. Il eut l'occasion de montrer son courage et son sang-froid, dans un danger terrible que coururent bientôt les prédicants, « qu'il avait reçus avec bien du plaisir» ".

1. Brousson ajoute: «on fait toujours des prisonniers, on condamne aux galères, on fait mourir ceux qui travaillent au salut du peuple*. Pour celte phrase, v. plus haut, p. -17. Les \fémoires de Sourches, au 22 janv. 1698 (Gachon. p. 2t>3), mentionnent des lettres «lu Languedoc, parlant d'un mouvement des mal convertis « dont plusieurs avaient été pendus, avec les ministres qui les avaient soulevés». Nous ne savons ce nue sont ers pendaisons. Il est possible qu'on ait exagéré et l'importance de L'assemblée de Montcuq et la sévérité dont B&ville usa contre ceux qui y avaient assisté, l.e 3 mars, lîâville avait condamné aux galères, à Montpellier, quatre habitants de Marsillargucs. deux de Saint-Jean du Gard et un d'Alais, mais pour avoir voulu passer a Orange.

2. Brousson, dans sa lettre du 28 avril (Opusc, p. 323), relate ainsi l'aventure qu'on va lire : o J'ai été aussi averti dans l'une des principales villes de la province de... [des CévenneS, c'est Le Yigan] qu'un faux l'rere m'avait vendu, et par un miracle j'eus le temps de me sauver de la. dépendant â peine ai-je échappé ce danger que j'ai vu un détachement de 130 dragons investir le bourg ou village où l'on croyait me trouver». Pour ce qui suit, commeaussi pour quelques détails qui précédent, voirie .Mémoire de lias (Pap. Court. 17. R. I'° 109), et surtout une Relation [de Creliassac] {Pap. Court. [-, I), intitulée: Relation d'un danger imminent <ine courut M. Brousson et plusieurs autres, du côté du Vigant dans le mois d'avril HiyS. Nous avons modifié seulement les dates, 'toute la chronologie de la Relation tourne autour du "jour de Pâques 24 avril ". Or. aa calendrier usité eu France, le jour de Pâques, en lii'.ts. tombait le 30 mars. Nous avons supposé que le narrateur, rédigeant les événements longtemps après, et se souvenant de la seule circonstance chronologique du joui- ti rie. a consulte en Suisse un calendrier ancien. Sur ses indications, il a inscrit la date du 21 avril, qui était en effet la date de Pâques en îti'JS, au calendrier Julien, dont les pays protestants se servirent jusqu'en 1700.

226 LES I'REDICANTS PROTESTANTS

Le soir du 28 mars, on vint avertir Grimai, qu'un chirurgien d'Aulas avait dénoncé la présence de Brousson dans la vallée, et que toutes les troupes d'Aulas et du Vigan étaient sur pied. En pleine nuit il fit conduire Brousson, Olivier, Bas « et les autres qui étaient à leur compagnie, en tout neuf personnes [Crebassac était du nombre], au désert, dans une antre de roche [la Baume de Grimai] » ', où ils demeurèrent jusqu'au matin du jour de Pâques [30 mars], « le Sr Grimai leur fournissant le nécessaire pour la nourriture du corps, et M. Brousson pour celle de l'âme ».

Le matin du dimanche, les soldats étaient dans la maison de La Baume. Grimai n'eut que le temps de dépêcher un exprès à la petite troupe, a pour la faire sortir de sa cage, où ils auraient été tous perdus si Dieu ne les avait gardés par sa bonté ». Le commandant logea trente hommes à discrétion chez Grimai, et lit avancer le reste le long du Coudoulous, si bien que, « lorsque ces Messieurs sortirent de la roche, ils virent les troupes au bas du coteau, pour se poster à tous les passages par où les pauvres persécutés pouvaient passer..., tellement que tout moyen leur fut ôté de pouvoir sortir de ce vallon. Ils eurent donc recours à la prière, et se cachèrent ce jour-là derrière des rochers » \ Grimai, surveillé de près, ne put leur envoyer aucune provision. Sa demeure étant isolée, il ne put non plus avertir personne. Les neuf hommes demeurèrent donc toute la journée sans manger ni boire. A la faveur de la nuit, ils gagnèrent une autre caverne, moins commode que la précédente, mais qui les abritait au moins du froid, a y ayant encore cette année-là beaucoup de neige dans cet endroit, parce que c'était au bord de la montagne de l'Espérou ».

Le lendemain lundi, à midi « tout glacés de froid et de faim », ils reçurent un pain que Grimai avait réussi à leur envoyer. Brousson n'en distribua qu'une partie à ses compagnons, ne sachant combien de temps durerait leur détresse. Le mardi, heureusement, Grimai leur fit parvenir encore un gros pain.

i. Bas nomme expressément la Baume de Grimai. Au-dessus du Pont de Grimai, sur la rive droite du torrent, à 1,200 mètres d'altitude, elle est dite, dans le pays. « la Grotte des Ministres ». Bull. LV, 20.

2. « Si notre heure est venue, dit Brousson à Bas, il la faut prendre agréablement de la main de Dieu, et l'aire la prière » [Mêm. de Bas). Bas se souvenait aussi que Brousson et lui, avaient » biffé et mâché » divers papiers «ayant bien des circonstances, où quantité de noms étaient insérés, de fidèles». Ils se seraient ainsi défaits de « beaux Mémoires ».

DANGER COURU l'Ail BROUSSON '227

un petit baril de vin et un gigot de mouton, dont ils vécurent encore le lendemain, se retirant chaque soir dans la nouvelle caverne qu'ils avaient découverte'. Le matin du jeudi (3 avril), un homme de la troupe chercha, et trouva dans le bois, un sabotier, Ayral. originaire du village de l'Espérou, « fort honnête homme ». Il lui demanda, au nom de Brousson, s'il savait un moyen pour eux de passer dans la vallée de Valleraugue, en évitant les soldats. Ayral. qui avait vu se poster les dragons, jugea la chose impossible. Tous les passages étaient gardes par des détachements de douze ou quinze hommes, et fort rapprochés. Quant au sommet de la montagne (le Serre de la Luzette), il le montra, de l'orée du bois, infranchissable, couvert de deux pieds de neige, et encadré de deux corps de garde.

Le compagnon des prédicants observa attentivement la situation de ces deux derniers postes, reçut d' Ayral, qui était allé les lui chercher à l'Espérou, à une lieue de là, un pain, du fromage et deux bouteilles de vin, et retourna rejoindre Brousson. A la nuit tombante, il conduisit les huit hommes à travers le bois jusqu'au point dangereux. L'obscurité venue, il entra le premier dans la neige, sans être aperçu des sentinelles, au passage qu'il s'était proposé ; les autres suivirent sa trace, et tous se retrouvèrent sains et saufs de l'autre coté de l'Espérou, dans le bois de Bandavel.

Sur la pente septentrionale de la Luzette. quelques compagnons maintenant connaissaient les lieux. On plaça Brousson et Olivier au premier gîte. Bas et Crebassac descendirent plus près de Valleraugue, et comme ils n'avaient pas dormi dans des lits depuis sept nuits, « ils furent bien aises de se reposer ». Mais à peine étendus. Bas et son compagnon sont réveillés par un ami de la maison, qui donne avis qu'un détachement de 200 hommes est sorti de Valleraugue à l'entrée de la nuit, et se dirige vers le quartier. Il faut repartir, aller avertir Brousson. Ce dernier, prudemment, avant de quitter la demeure où il vient de loger, demande une petite provision de pain, et la troupe va s'enfermer dans une bergerie fort écartée, où l'on mettait les brebis dans la belle saison. Elle demeure là trois jours encore (ï. 5 et 6 avril). Le troisième jour, le même compagnon qui avait usé de la complaisance d'Ayral. va le retrouver, apprend de lui que les soldats se sont retirés, qu'il n'y a plus rien à craindre. Il le prie d'aller leur faire préparer à souper au village

1. Klle était, dit la Relation, à une demi-lieue de la maison de Grimai.

228 LES l'HÉDICAXTS PROTESTANTS

de l'Espérou, redescend porter à ses amis l'heureuse nouvelle, se transporte au village avec les prédicants, et le lendemain, enfin, après ces dix jours de souffrance et d'émotions, la troupe se sépare.

Brousson essaya vainement de retenir Bas en France, en lui proposant de l'emmener avec lui jusqu'au Poitou. Bas refusa. Suivi de Grebassac et de quelques autres, il prit le chemin de Genève, où tous arrivèrent sans encombre, les Cévenols abandonnant une terre trop douloureuse, Daniel Bas rentrant dans sa patrie, après avoir connu en France la captivité de la Tour de Constance, et la vie mouvementée du désert.

L'intolérable déception sous laquelle succombaient, dans les Cévennes. Bas et ses amis, atteignit aussi les protestants du Haut-Languedoc.

Les cultes de Lapierre et de Gazan s'étaient continués, en 1697, aux environs de Castres. Vaguement connus des autorités de la région, ils ne donnèrent pas lieu, d'abord, à des poursuites. Des personnages notoires, comme le marquis de Malauze ou le marquis de Saint-Amans, ne voulaient pas que des enquêtes incessantes « fissent déserter leurs terres ».Des évèques, même, qui possédaient du bien autour de Saint-Amans, n'étaient point trop désireux de voir emprisonner leurs fermiers nouveaux catholiques. Mais Barbara, l'homme de Bàville à Castres, qui se vantait auprès de l'intendant « de l'exactitude avec laquelle il avait toujours eu l'honneur de lui rendre ses petits services », ne se croyait pas autorisé « à excepter qui que ce fût » de sa surveillance ni de sa sévérité. Il réussit, non sans beaucoup de peine, à découvrir quelques assemblées, et le 30 octobre il envoyait à Montpellier trois procédures, dont un Mémoire des Papiers Court complète les maigres indications.

Le 30 juin et le 20 (ou le 21) juillet, La Jeunesse (connu de certains religionnaires sous son vrai nom de Gazan) avait prêché sur les terres de Saint-Amans, dans une grange de la métairie de Las Fargues, et dans la métairie de Combelagarde. Il se disait 'C ministre », baptisait les enfants, et donna la Cène aux deux cultes. Le soir du 10 août, et du 14 août, au Roc des Peiroulets, dans le bois de Montagnol', un autre prédicateur, vêtu de bure grise, âgé d'environ 40 ans (c'était Lapierre), auquel des femmes de Yabre étaient venues « faire présent de six chemises en toile de Rouen », avait prononcé une exhortation sur

1. Sur les terres de Castelnau de Brassac, et à la vue de Valjre.

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Cliché de la Soc. d'Hist. «1 n Prot.

Au-dessus d'Aulas La Haute Vallée du Coudoulous (Voir ]>. 22i)

Cliché de la Soc. d'Hist. du Prot.

Au-dessi s d'Aulas Le l'onl de Grimai C\7oir p. 224)

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