Pap. Court, 17, B, iï'tbis
3. Lettre partie d"Orange le 23 juin 1G9S. C'est celle qui rapporte la descente de Brousson dans un puits. Opusc, 328.
4. L'abbé du Chaylii et le clergé des Céeennes. p. 30. (Voir ce que nous avons déjà écrit a ce sujet : Bull. LVI1. 201).
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prendre — c'est Je ne jamais avoir envisagé la question protestante d'un autre point de vue que celui de L'homme de loi. Il n'a eu qu'un atroce mépris pour cette « plaisante nation», pour ces s fols », qui s'exposaient à des peines certaines en allant écouter des prêches au désert, et cela, dit-il, en un mot qui le peint tout entier, et qui est définitif : « sans nécessité ». Il les condamnait par devoir de magistrat, et pour établir une unité religieuse que le roi commandait. Mais il aurait mieux aimé a lire une Ode d'Horace » avec Flécliier. Disons maintenant, pour y insister, qu'il ne voulait point que les Nouveaux Convertis fussent forcés ou inquiétés au delà de ce que les ordonnances exigaient strictement. Il jugeait les accusés dans les Cormes ; et il se plaignit plus d'une l'ois du zèle intempestif — et intéressé — de certains prêtres des Ce venues, et des missionnaires en particulier.
Il n'aimait point ces derniers, il le fait entendre à mots couverts '. Leurs prédications avaient été fort utiles, mais il aurait préféré « de bons curés », capables de monter eux-mêmes en chaire, et de prendre enfin « le même ascendant et la même autorité, que les ministres avaient sur les esprits et les cœurs des religionnaires, dont ils faisaient tout ce qu'ils voulaient ». Ceux-là étaient rares. Il aurait fallu « de bons séminaires pour les instruire, et les rendre tels qu'ils devaient être ».
En attendant des temps meilleurs, l'intendant se servait cependant des missionnaires, et en particulier de l'abbé du Chayla, leur inspecteur dans le diocèse de Mende*. Il est difficile de préciser les pouvoirs administratifs que cet archiprêtre, revenu en 11Î8G dans les Cévennes, des missions (étrangères, celles-là) du Siam, avait reçus de Bàville. Il procède à la recherche des biens des anciens Consistoires, il afferme les terres des fugitifs, il préside aux délibérations des communautés relatives à la surveillance des assemblées, il interroge des suspects, il conduit lui-même le détachement qui arrête le prédicant Couderc et rédige le procès-verbal de capture, il entretient, dans sa maison du l'ont de Monvert, aux frais des N. C, les prisonniers de l'assemblée de Montcuq. Bàville l'a fait en 1693 inspecteur des
1. Dans sou Mémoire (de 1697 ou HÎ9S) sur la Province du Lang-ucdoc (voir Cil. Weis>, J/isi. des Réf. protestants, II, MM).
2. François de Lanjjlade du Cheyla, seigneur do Saint-Projet d'Allier, d'une famille noble de Gevaudau. Son neveu, le vicomle du Chayla, étall capitaine de milices à Florac. Voir sur l'abbé le début des récits consacrés a la guerre des Camisards, et Bull. LVII, 208, LVIII, 211.
chemins des Cévennes. Les Puissances reconnaissent que ses soins et sa vigilance n'ont pas peu contribué à empocher l'insurrection du pays en KÎOO et en IGD2.
Les protestants, qui voient sa main partout, lui reprochent non seulement sa sévérité, mais sa cupidité. En lOilO. après l'assemblée de l'Espinaz, plusieurs personnes se sont mises à couvert des poursuites, en lui donnant de l'argent. La Baume, conseiller au présidial de Nimes, qui parle très froidement de lui, tout en louant son zèle et son dévouement au roi, mentionne sans observation que les religionnaircs « l'accusaient d'être intéressé et de profiter de l'autorité qu'on lui avait confiée pour s'enrichir»'.
Les Cévenols de la haute montagne l'abhorraient. Ils avaient failli déjà lui faire expier son àpreté au gain et son zèle catholique. Un habitant du Pompidou rapporta à Ant. Court que l'archiprêtre, revenant de Yalleraugue, avait été rencontré sur la Cam de l'Hospitalet [en 1089] par Roman, Olivier [Jean Mazel] et Quet, alors accompagnés de 150 (? i hommes armés. « On délibéra de se défaire de lui, puis on y renonça, l'abbé ayant promis de cesser ses persécutions ». Un autre jour, arrêté du côté de Barre, la vie lui aurait été laissée, sous les mêmes promesses. Il aurait été, une troisième fois encore, pris puis relâché, près de Moissac". Ce triple récit contient probablement une bonne part de légende. Nous en devons retenir que Du Chayla avait été menacé de subir le sort des prêtres exécutés par Vivent. Il n'avait d'ailleurs pas tenu compte de l'avis, et en 1G!)8, veillait toujours sur les Cévennes.
Au mois d'avril, vers le temps où Brousson était à la Méjanelle, Roman prêcha au-dessus de Vébron, au bas des « couronnes » de la Cam de l'Hospitalet, dans la Baume de Valmalle (c'est la Baume Doulente). L'assemblée fut dénoncée par des habitants du hameau voisin de Montagut. L'archiprètre fit arrêter, autour de la Cam, quelques fugitifs et leurs botes, en particulier Etienne Goût, des Crémats (Barre). Les prisonniers furent conduits à Saint-Germain, résidence ordinaire de l'abbé, qui les mit aux
1. Relation historique de la récolte des fanatiques ou Camisards. Publiée par l'abbé Goiffon, Nîmes 1873. L'ouvrage a été compose à l'aide des dossiers judiciaires que La Baume a eu sans etlbrt entre les mains (p. -Js, »),
i. Mémoire d'Etienne Goût, confesseur (G fév, 17:17). Pop. Court, 17, R, 93. Goût assura a Court qu'il avait assisté sur la Cam à la délibération de Roman. Olivier et Quet. Il est probable qu'on décida seulement de s'embusquer pour surprendre l'archiprètre.
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ceps à mesure qu'ils lui arrivaient. Goût se plaignit à lui. dès qu'il le vit, que les soldats lui eussent enlevé ses souliers, et dix écus. «On a bien fait ! dit le prêtre. On aurait encore mieux l'ait de te casser le cou! n Le huguenot, lorsque, peu après, il fut transféré à Saint-Jean, où étaient alors Bâville et Broglie, protesta devant l'intendant contre le vol des soldais, et contre la réponse de l'archiprêtre. « Bàville appela l'abbé, lui dit qu'il ne fallait pas en user ainsi, et il ordonna que les dix écus fussent rendus à Goût, ce qui fut fait ». Goût, d'ailleurs, fut emmené à Montpellier avec quatre autres Cévenols et les trois sœurs Malzae. des Vanels (Vébron), qui avaient assisté à l'assemblée. Les cinq hommes furent condamnés par Broglie aux galères, et les trois filles enfermées dans la Tour de Constance'. Bàville voulait bien peupler de forçats protestants les vaisseaux du roi, mais il ne permettait pas que des accusés fussent illégalement dépouillés par un archiprêtre.
On sait comment le 24 juillet 1702, au Pont de Montvert. les prophètes des environs de Barre, et parmi eux Salomon Couderc, le propre frère du prédicant. devaient enfin payer de cinquante-deux coups de dague, les excès d'un missionnaire que Bàville lui-même avait trouvé trop ardent 2.
1. Mémoire de Goût, ibid., et Relation de Gaubcrt (Pap. Court, 17, B.) Les traîtres, dit Gaubert, auraient clé Puech, Verraon et Jean Meinadier. de Montagut . Goût nomme seulement Brumon, de Montaigu de même évidemment queYermon). Voir plus haut, p. 197, sous la plume de Roman, la mention d'un traître, qu'il appelle Bermont. et qui est évidemment le même personnage. Goût a conservé le nom des quatre condamnés, qui se retrouvent sur les listes de galériens.
2. Roman signale l'abbé du Chayla comme son ennemi acharné, dans sa Relation, publiée en 1701. Le nom de l'abbé ne se retrouve, a noire connaissancej dans aucune autre des publications du refuge, avant la guerre des Camisards. Bàville, au contraire, est nommé plusieurs t'ois avec horreur. Kn 1(198, Jurieu (Relation de tout ce qui s'est fait, p. 117) parle de lui comme du tyran du Languedoc. « 11 tait tout ce qu'il faut faire pour avoir dans l'histoire une place distinguée entre les plus cruels ministres de la persécution, des Néron et des Dioctétien. On peut dire qu'à présent il nage dans la joie aussi bien que dans le sang... l.a Cour semblait pour quelque temps lui avoir un peu serré la bride. Aujourd'hui il a plein pouvoir d'exercer sa fureur dans toute son étendue». La Cour, au contraire, allait précisément essayer de « serrer la bride » à Bàville. a la fin de 1698.