LES I>RÉDICAN'TS PROTESTANTS
rection, lorsqu'il avait encore les pieds et mains liés. Ce peuple est encore dans les liens de l'oppression et de la servitude, mais dès qu'il plaira à Dieu de rompre ses liens, on lui verra faire incontinent toutes les fonctions de la vie spirituelle qu'il lui a déjà rendue. Presque partout, dans les pays même où la servitude est la plus dure, le peuple s'assemble avec zèle pour donner gloire à Dieu. . . C'est là qu'il reçoit de grandes consolations, et c'est là aussi que le Seigneur m'en fait goûter de fort grandes à moi-même . . . Espérez, Monsieur, qu'encore une fois on verra sa force et sa gloire dans son sanctuaire au milieu de notre patrie, car il me parait que les campagnes y sont déjà blanches pour moissonner. De toutes parts les catholiques romains se dégoûtent de leurs plus grossières superstitions1. . .
Brousson pénétra dans le pays de Foix ~ ; il traversa ensuite le Bigorre et enfin arriva à Pau, dans son équipage de gentilhomme, monté sur un cheval à lui, le soir du 11 septembre 1C98. Il descendit à l'entrée de la ville, au logis du Chapeau rouge. Après avoir visité les protestants du Béarn, il pensait continuer sa route vers la Guyenne 3 (Nérac), le Périgord, Bordeaux, la Saintonge et le Poitou. Mais son ministère allait s'achever au pied des Pyrénées *.
Le soir de son entrée à Pau il soupa avec un abbé et un gentilhomme catholique du Béarn. La conversation lui apprit que la nuit même, le baron d'Aroir devait venir coucher à l'hôtellerie. Le pasteur avait pour celui-ci une lettre de recommandation que lui avait remise à La Haye le Sr Olivier, ancien ministre de Pau5. Dès le lendemain, aussitôt levé, Brousson demanda à un gentilhomme qui était venu coucher dans la même chambre que lui, s'il était le baron d'Aroir. La réponse fut affirmative. Brousson, prudent, répéta la question une seconde fois, en prononçant le nom complet : « M. d'Espalungue, baron d'Aroir ». Bien lui en prit. Son interlocuteur lui dit qu'ils étaient deux à
1. 17 août. Opusc, :i;tO. (Douen, II, 31 5 ; Hall. XXXIV, 436).
2. Il avait connu à Lausanne le pasteur réfugié Ch. de Bourdin, du lias d'Azil. Bull. XXVII, 3Si'>. Brousson avait pour cette région les adresses des marchands Gerbec, Labesse et Martin.
3. Les noms d'un certain nombre d'habitants de ces différentes provinces étaient inscrits sur les Mémoires dont Brousson était porteur.
4. Tout ce qui suit, d'après les pièces conservées dans le Dossier de Brousson, C. 191, dépouillé déjà par L. Nègre, mais d'où nous avons tiré de nombreux détails nouveaux.