‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 124 sur 334 · BROUSSON DEVANT LA LETTRE A BOHOMBERG · texte numérisé non relu

BROUSSON DEVANT LA LETTRE A BOHOMBERG

tion, l'avocat allait lutter àprement, quelquefois même au détriment de la vérité.

Après avoir vu la lettre signée du 1er octobre 1080, Brousson. à qui Pinon demandait simplement si elle était de sa main, prit les devants, pour en expliquer et en résumer le contenu :

Il a écrit ladite lettre dans le temps qu'il voyait déjà quelque trouble dans les Cévennes, à l'occasion des grands maux que le peuple de ce pays-là faisant profession de la religion protestante y soulfrait, et dans le temps qu'on publiait, dans ce pays-là, que le roi d'Angleterre devait y envoyer des officiers et d'autres troupes, pour donner quelque soulagement audit peuple, ce qui l'obligea, lui répondant, à faire de ses humbles remonstrances sur ce sujet à Monsieur de Bàville, intendant du Languedoc, auquel il écrivit ladite lettre pour éviter un si grand malheur1.

Pinon, sans rien répondre, exhiba alors simplement la pièce capitale du procès, la lettre à Schomberg, saisie sur le guide Picq. Brousson soupçonnait sûrement Bàville de l'avoir gardée. Sa réponse était prête, et l'on peut dire, prête en ses termes mêmes, car il la répéta trois fois, sans y rien changer. Il se retranche d'abord, et essentiellement, derrière un argument juridique, il plaide ensuite les circonstances atténuantes, et prétend enfin (faussement, d'ailleurs) que sa conduite a toujours été en opposition avec celle de Vivent. Son argumentation a la teneur d'une pièce de procédure 2.

Il a répondu que s'agissant d'une dépendance de la guerre terminée par la paix de Riswick, qui termine ladite guerre avec ses circonstances et dépendances, et porte une abolition générale et réciproque pour tous ceux qui ont suivi le parti ou les armes des princes intéressés dans ladite guerre, laquelle abolition se trouve encore confirmée par la déclaration du roi du mois de juin dernier, registrée au Parlement de Paris, en celui de Toulouse et aux autres Parlements de France,

Quand même, dans le trouble où lui répondant s'est trouvé réduit, étant continuellement poursuivi à main armée, quoique tout le monde fût témoin de sa modération, lui répondant ne pouvant habiter ni dans les villes ni dans les villages, étant continuellement poursuivi jusque dans les bois ou dans les cavernes : ensuite qu'il

1. Il faut noter que Brousson ne présente aucune observation touchant la date de la lettre, manifestement erronée. S'il y avait eu la un lapsus calami, il s'en

serait certainement aperçu.

2. A laquelle d'ailleurs la rédaction du greffier prèle une rare incorrection de langage.

25i LES PRÉDICANTS PROTESTANTS

s'est trouvé les trois mois entiers sans pouvoir entrer clans aucune maison ni nuit ni jour ; et quand, dans cette extrémité et dans ce trouble, il aurait eu le malheur de prêter l'oreille aux offres qui étaient alors laites aux protestants des Cévennes par M. de Schornberg. général des troupes du roi de la Grande-Bretagne, ou par ses autres oflîciers. de leur envoyer quelque secours pour leur procurer du soulagement, il serait dispensé de répondre, par la paix de Riswick et par la susdite déclaration de Sa Majesté ; que néanmoins, sans se départir de ladite exception qui est péremptoire, lui répondant ajoute que le déplorable état où il était alors réduit, le rendrait digne de la clémence d'un prince magnanime et généreux comme Sa Majesté,

Que d'ailleurs lui répondant aurait imité la conduite de ceux dont le triste état les ayant engagés dans le pays des Alliés, s'en étaient retirés, selon les semonces qui leur en étaient faites par la Cour : qu'en effet il est notoire dans la province de Languedoc, aujourd'hui animée d'un esprit de paix et de modération, qu'il a toujours blâmé la conduite du Sr Vivens, qui avait des intelligences avec le roi d'Angleterre par le moyen de ses officiers et autres personnes interposées ; qu'il a toujours empêché, autant qu'il lui a été possible, qu'il ne se commit aucune violence dans le pays, et qu'il parut bien à tout le monde qu'il était ennemi des violences : qu'il a marché pendant plusieurs années dans ladite province du Languedoc sans aucune arme, quoiqu'il fût continuellement dans des dangers extrêmes d'être tué : qu'il empêchai! aussi qu'on ne portât aucune arme dans ses assemblées. Tout le peuple catholique romain, et des personnes même de la première qualité, lui ont rendu un témoignage public, qu'il était entièrement opposé à toute sorte de violence et au dessein de troubler l'Etat.

Se réservant d'ajouter, par une Requête, plusieurs autres choses importantes pour sa justification sur ce sujet, et que par les raisons ci-dessus exprimées, il ne croit pas être obligé de déclarer; et puis, a dit de faire une réponse plus particulière au sujet du susdit écrit, qu'il n'a voulu parapher ni reconnaître.

Brousson consentit à signer la dernière pièce qui lui fût présentée, sa lettre à Henri Pourtal, du 10 avril 1696. Après quoi, ayant refusé encore de répondre à des questions relatives à son séjour à Pau, il fut reconduit dans la chambre criminelle des prisons, où il était gardé à vue.

Le 20 octobre, il fut remis au capitaine de M. de Broglie. Avant son départ, et sans qu'il sût où il allait être transporté, il demanda à voir Pinon. Celui-ci, sans bienveillance, le reçut dans son cabinet. Brousson lui aurait dit : « Qu'il n'avait que peu de jours à vivre, mais qu'il aimerait mieux être jugé par lui que par un autre ; qu'il craignait qu'on le menât à M. de

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