BROUSSON CONDUIT A MONTPELLIER
Bâville; qu'il n'y avait rien au monde qu'il regardât avec tant d'horreur»'. La présence dans son dossier du billet à Schomberg, la fureur avec laquelle Bàville l'avait partout poursuivi, laissaient prévoir au malheureux pasteur qu'il n'échapperait ni à la torture ni à la roue.
Dans sa prison, « où il avait pleuré fort souvent », il dit à un garde qu'il ne se souciait pas de mourir, pourvu qu'on ne le fît pas souffrir auparavant. Pinon conclut de ce propos qu'il pourrait être ébranlé à la question. « Quand un homme craint les tourments, c'est qu'il se sent faible ». « Cependant, ajouta-til, je ne dis pas cela comme une chose dont il faille beaucoup se flatter » \
Les protestants de Pau virent s'éloigner le ministre avec angoisse3. Quelques-uns prétendaient « qu'on n'oserait le faire mourir ; que si on le faisait, on s'en vengerait en Angleterre et en Hollande, sur les Français qui s'y trouveraient». Pinon, poulie soustraire à la curiosité et à l'admiration de la foule, le fit voyager, jusqu'à Narsas, dans une chaise roulante entourée de vingt grenadiers. Brousson monta ensuite à cheval, et fut conduit à Toulouse, où il devait être remis à des soldats de Broglie, qui l'escorteraient jusqu'à Montpellier.
Quelques jours après ce départ, Pinon recevait un nouveau billet de Bâville, qui « tremblait toujours que Brousson n'échappât ■». Le bruit s'était répandu dans le Languedoc que le prisonnier n'était pas le véritable Brousson : on ne pensait pas que celui-ci fût allé si avant dans le royaume. Pinon rassura son correspondant, qui d'ailleurs devait être déjà tranquillisé par une lettre antérieure \ si bien que Bàville pouvait écrire, en toute certitude, le 28 octobre, à Fléchier, que le pasteur arriverait à Montpellier le jeudi 30 octobre, et que son jugement serait prononcé le mardi 4 novembre, « le lendemain des fêtes »5. Avant même d'avoir l'homme entre les mains, il fixait la durée de son procès.
1. Lettre écrite do Pau à la Haye, 21 octobre 1698 (jointe à YAbrêgè de la vie de M. Brousson). Une relation prétendit qu'un mot de Pinon: «Je l'ai assez vu!» lui aurait été arraché par une secrète compassion pour son prisonnier. Mais Pinon se trouve être, avec Bàville, l'intendant qui, en 1698, en réponse à une consultation de la Cour, a réclamé les mesures les plus rigoureuses contre les N. C.
2. Lettre de Pinon à Bàville, 26 octobre (C. 191). (L. Nègre, p. 203.)
3. L'un d'eux écrivit à la Haye quelques détails, le 28 octobre (lettre jointe à VAbrègè...).
i. Lettre de Pinon à Bâville, 26 octobre (L. Nègre, 203). C. 191.
5. Bàville à Fléchier, 28 octobre. Bull. XV, 134. (Pap. Coquerel).