LA DÉCLARATION DE DÉCEMBRE
différence ni distinction »'. Les auteurs de la déclaration (c'étaient le Cardinal de Nouilles et Daguesseau), pensaient cependant qu'en renouvelant l'édit révocatoire, elle en conserverait toute la force. Les adoucissements véritables qu'ils voulurent apporter aux pratiques usitées depuis quatorze ans, furent seulement mentionnés dans des instructions secrètes (qu'ils rédigèrent également), adressées aux intendants en janvier 1699 La Cour recommandait d'éviter de répandre le sang, autant que faire se pourrait, et de ne point faire traîner sur la claie les cadavres des N. C. morts relaps. Cette peine faisait horreur. Mais ils devaient la laisser craindre. Le secret de tout le dessein est dans ces mots des Instructions : « Rien ne serait plus dangereux que de se rétracter en la moindre chose ». Il était avant tout nécessaire de déguiser aux yeux des religionnaires le relâchement des rigueurs.
La Cour ne démentait donc pas ouvertement l'intendant du Languedoc. Il n'en était pas moins vaincu. Les violences inspirées par les souvenirs de l'Inquisition, ne devaient pas être appliquées ; le roi n'avait pas voulu les ordonner. Le catholicisme reculait devant la logique de ses principes et de sa tradition. Jurieu se trouva avoir vu juste, sur ce point comme sur d'autres. Malgré l'âpreté de la persécution, il avait déclaré, dès 1G815, qu'elle échouerait, parce que le clergé- qui l'organisait, était a dégagé du ridicule entêtement des moines .. et «. savait que les protestants n'avaient pas tout le tort». C'est à Bossuet surtout qu'il pensait, à l'auteur de Y Exposition de la Foi Catholique. Il fallut placer à côté de lui Daguesseau, dont a la timidité intellectuelle et inorale»3 se montra en cettr occasion. L'un et l'autre, et leurs amis, n'eurent pas l'audace de revenir à la politique ecclésiastique du xme siècle. 11 était réservé à Bàville de revendiquer pour lui et ses évcques (Fléchier était du nombre), le droit de tenir l'attitude conséquente d'un lils incorruptible du Moyen Age4.
L'intendant rongea son frein. Il lui était impossible de se départir de la ligne de conduite qu'il avait jusqu'alors suivie.
1. Baron de Breteuil, dans [Rulhière] Eclaircissements historiques sur 1rs causes de la révocation de VEdit de Nantes..., pp. 51, 86. (Ed. 1788)