‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 171 sur 334 · Rotterdam, lTnl · texte numérisé non relu

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2. « M. Roman, qui a servi si longtemps l'Eglise de Dieu sous la croix, et qui a demeuré volontairement plusieurs années exposé aux souffrances et à la mort pour la défense de la loi ». Llouen, II, IÎ87.

là

3ît> LES PRÉDICAXTS PROTESTANTS

Suisse», le munit d'une attestation officielle pour son Eglise. et pour le comte Ferdinand Maximilien d'Ysenburg et Budingen, qui devenait son souverain1. Roman arriva ;i Waldensberg au début de novembre 1701 avec sa femme, née « Madeleine Gazaille )'. et un enfant.

La colonie, logée dans des baraques, s'organisait non sans dillicultés. Le prédicant. pendant douze ans, avait exposé sa vie en France ; il trouva en Hesse des contrariétés qu'il endura sans patience. Il est plus facile d'être un liéros que d'avoir bon caractère. Les pasteurs Vaudois «les environs, qui avaient déjà constitué un Synode, ne voulurent pas le reconnaître comme un ministre, «parce qu'il n'avait pas étudie, n'avait pas passé d'examen, n'avait pas été régulièrement ordonné ». Ils refusèrent même de le consacrer. Roman se tourna vers le Comte, et lui écrivit, pour solliciter sa protection, une lettre désolée, qui n'est pas de la même orthographe que la Relation sommaire... parue sous son nom la même année :

A VaJdenberge, ce 19 9»re 1701.

Monseigneur,

Jean Roman vôtre tidele et très obéissant seujet Remontre eu toute humilité à votre Excellence que du bon plaisir de dieu il a prêché l'espace de douze ans sous la croix en l'rance au grand péril de sa vie OÙ la providence la conservé diverses lois par des Manières qui tiennent parfaitement du miracle. Kt votre Excellence sait comme la volonté de dieu a Eté de la conduire sous vôtre douce domination de sorte qu'il demande vôtre protection charitable pour pouvoir exercer toutes les fonctions de son ministaire puis que par la grâce de dieu 11 est au gré de l'église que vos entrailles et votre compassion a Reculie a Valdenberg. Le seujet delà demande du supplient est que les ministres vaudois font diliculté de lui confirmer sa vocation à cause qu'il est Extraordinaire, n'ayant pas t'ait ses Etudes en forme.

I. Tout ce qui Buit esl fondé sur une Histoire de la Colonie Vaudoise de Waldensberg, par M. Heilmann, pasteur à Gôttingen {Hug. Verein, XII, iv à vi, avec P. .1. en français), raite d'après Les documents originaux. Waldensberg était un village voisin de Wachtersbach, entre Francfort el Fulda, prés de Gelnbausen. A. Court, dans son résumé de la vie de Roman, a écrit, par erreur. Waldenbourg au 1 ii- h de Waldensberg. Waldenbourg est en Wurtemberg, au nord-esl de Stuttgart. Nous donnons ici. el en l'. J., quelques lettres inédites de Roman, extraites des Archives du Prince d'Isenburg Budingen, a Wachtersbach. M. le pasteur Heilmann nous en a communiquée une. Nous devons les autres à L'obligeance de .M. le pasteur Kurlis, de Wûclilersbach.

i. Nous reviendrons, en parlant de la discipline, sur celle phrase et sur ce

eh i lire.

ROMAN A WALDENSBERG 327

Se pondant le supplient a Reçu les mains de société du glorieux défunt martyr Brosson et depuis se tamps là, le dit Roman a toujours aministré les Sacremens en France les passe de 4 ans3. Il ne dépent que de vôtre Excellance, comme souverain dans ses Etats, de disposer de luy a votre volonté.

Davantage, comme le supplient a desain de faire battir une maison accès considérable a Valdemberg, demande que s'il estoit du bon plaisir de vôtre Excellance de lui taire asignerune plasse et des terres pour faire travailler, lui et les siens vous Rendront toujours l'honneur et le tribut qui vous apartieut, taisant tous les jours de sa vie des veux très ardans à dieu pour la santé et prospérité de vôtre Illustre famille et en particulier pour vôtre personne et pour votre Etat.

Jean Roman.

Agréés, Monseigneur pour marque de ma Reconnoissance une dimi douzene de marteaux d'armes que je vous ollïe de tout mon cœur1.

Roman reçut le conseil de se tenir tranquille, d'accomplir ses devoirs avec zèle, pour se soumettre ensuite à un examen du Synode. Les pasteuréYaudois consultèrent les professeurs de Genève, de Marbourg, de La Haye, afin de savoir s'ils pouvaient confirmer un homme à qui seulement les Ecritures étaient familières, qui ne savait ni les langues, ni la philosophie, ni la controverse. Roman osa, malgré l'opposition de ses anciens, célébrer un mariage et un baptême; mais il n'alla pas jusqu'à distribuer la Cène, et fit venir en janvier, pour cela, le pasteur Archer", d'Ysenburg. En février, combattu dans son Eglise, et suspecté par ses collègues, il adressait au Comte des plaintes indignées :

Valdeiiberg. ce 12 février 1702.

Monseigneur,

Je remontre eu toute humilité à vôtre Excellence que je ne puis en consience exercer les fonctions de mon ministère sans le secours de vôtre authorité souveraine, puis que le peuple qu'il a pieu a vôtre charité chrétienne établir sous vôtre douse domination, na nulle crainte de dieu ni des exortations qui leur sont faites. I.assé de patience, je suis forcé de déclarer a vôtre Excellence que je suis

l. Des produits sans doute de l'industrie des Yaudois de Waldensberg. Comme adresse : .« A son Excellence Monseigneur le Conte d'Ysembourc et budiogen, à Weelilersliach ». (l'util, par A. Heilinann).

*J. Ane. ministre de Guillestre et Vars, en Dauphiné.

parmi une natioD que la liaine. la médisenee. lanvie, la malisse et lipocrisie reigne au plus liaut degré. De plus qu'il ni a aucune justice. Ils se déchirent par injures et se tuent leurs bestiaux les uns aux autres1. Us partagent des terres qui ne leur sont point été assignées. Je ne puis souffrir des choses sainhlablcs, et ma conscience inoblige en donner avis à vôtre Excellence. Kl on ne verra jamais à Valdenberg un peuple obéissant aux lois divines et humaines, si votre justice politique et votre Consistoire ecclésiastique ne domine sur eux. C'est une contusion que leur justice. Tout veut être maître, et par consequand c'est un monstre a. deux taites. S'il est de vôtre bon plaisir. Monseigneur., que les Rebelles aux lois divines comparaissent devant vôtre Consistoire, et ceux qui seront Rebelles aux lois politiques devant vôtre justice, se sera le moyen de les tenir en crainte. Quand a moy je souhette cesser de prêcher de peur de ne jet ter les perles et les choses saintes-'. D'ailleurs que les pasteurs Vaudois l'ont tout leur possible pour me subsplanter, et je ne sais sil viendront a leur desain. Sependant je ne cesseray que par le commandement de vôtre Excellence et de celui de L.L. H. H. F.P. '•' qui m'ont établi et votre Excellence a eu la charité de me gaiger | gager ?]. Sependant de quel cotté qu'il soit, sil est du bon plaisir de vôtre Excellence m'accorder une place pour bâtir et des preries pour entretenir des bestiaux, soit vaches ou brebis, je randrey a votre Excellence le tribut, Ihoneur et la fidélité, et tout le cervise dont je puis être cappable, faisant tous les jours de ma vie des veux très ardans pour la santé et propérité de votre personne, et pour son Excellence Madame votre Epouse et pour vostre illustre famille et pour votre étal, comme étant inviolablement de votre Excellence

le très humble très lidclle très obéissant serviteur

Jean Roman-.

Ci les Vaudois savoit que je vous donnât avis de ces choses, je ne sei ois pas bon à brûler.

Roman reçut d'un fonctionnaire du Comte l'assurance qu'il aurait sa part des terres qui restaient à distribuer à Waldensbei'g. Il fut engagé également à se rendre au Synode Vaudois

t. M. le pasteur Heilmann, qui nous a communiqué celte lettre, nous apprend que « ces bestiaux » étaient quelques poules, du meurtre desquelles un certain Pierre Vaudrey était accusé.

-'. Roman n'a pas Uni la phrase.

:i. Leurs Hautes Puissances (les Klals Généraux de Hollande).

ROMAN El LES PASTBT3HS VAUDOIS 32'.<

qui devait se tenir à Francfort. Il refusa, et expliqua son attitude.

Monsieur',

Lorsque je fus revenu dans les barraques5, Messieurs les Vaudois nie dirent qui ni avoil plus que deux ou trois portions, de ce que \ .mis [niâtes la peine de me montrer. Je me transporta^ encore une fois sur le lieu, et je vis qu'il ni (sic pour: y) a voit encore un coin qu'ils n'onl pas partagé. Je vous prie d'avoir la bonté de me le donner, et je le fairey travailler, en atandant qu'il vous plaise men assigner en quelque autre endroit, car je suis persuade que ces Messieurs ne [se fairont pas faute de roua le demender pour eux. Mais j'espère de voire bonté que vous me lacorderés, puisque, de voire bon plaisir, vous me lavés déjà promis la dernière fois que je fus a Wechtersbach.

Je ne redoute point que son Excellence aussi bien que vous. Monsieur, ne soit surpris pourquoi je refuse dater au Coloquc des Vaudois. Je vous direy mes Résous sur se setijet.

1. Premièrement, les pasteurs, qui se disent Vaudois, quoy qu'il soit franeois aussi bien que moy, puisqni sont de la même province du Dauphiné. Jey beaucoup du Rebut pour se changement de nom .

.'. Secondement qu'ils ont beaucoup de l'aversion pour moy, puisque contre la commission qu'il a bien pieu a LL. 1111. PP. me donner, ils oui envoyé en trois diverses univereités pour tacher, selon ma pansée, à nie subsplanler. Je vous laisse panser. Monsieur, si. puis qu'il m'en veullent [ils] manqueront à me pousser au de la de mes forces, puisque vous savés que je n'ey pas l'étude en forme, et que mon cas est extraordinaire.

3. En troisième lieu, que Monsieur Behaghel '. aussi bien que mes amis d'Holande m'ont conseillé de l'aire une confesion de foy à laquelle je travaille ; et quand dieu m'aura l'ait la grâce de l'avoir Unie, je la fairey examiner a votre Cour et je l'anvoyerey ausi en Holande, selon le consail de mais amis, tant pour l'ediiQcation de Son Excellence Monseigneur, que pour celle de LL. Il H. PP. qui deleur charité nie donnent du pain, ce qu'il [chose qui] nie samble aussi propre pour nia justification.

4. En quatrième lieu, que quoy (pie j'aye prêche douze ans sous la croix et aministré les sacremens ils m'ont l'ait des grands reproches de ce que je me suis quelque fois signé : ministre : comme si ma vo-

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