OLIVIER EX HOLLANDE
Jean Jullien. nommé tuteur des orphelins, prit chez lui deux
des survivants.
Olivier reste le seul des prédicants dont nous ayons encore à conter les tribulations. Sa destinée, dans les pays du refuge, fut plus curieuse que celle de Gazan ou de Roman. Bàville entendit encore prononcer son nom.
Jean Olivier, qui s'était trouvé présent, à Anduze, au meurtre du consul Lambert, était devenu prédicant vers 1696. il s'était trouvé, comme il le dit plus tard, « adjoint à feu M. Brousson, pour prêcher l'Evangile en France », a remplissant les fonctions du ministère, sous la direction du ministre Brousson». La mort de son maître ne l'empêcha pas de poursuivre son œuvre plusieurs années. Des circonstances, que nous ignorons, l'obligèrent enfin à se réfugier à Genève, en août ou septembre 1701. quand l'épidémie du « fanatisme» sévissait déjà violemment dans les quartiers qu'il avait parcourus. Il attendit, dans la ville, sept mois, qu'il lui fût possible de rentrer dans le royaume. Ayant enfin perdu l'espérance du retour, il se maria, et privé de moyens d'existence, poussa jusqu'en Hollande1. Le 1 mai 1702, il présentait aux Etats Généraux une Requête pour obtenir une pension. Sa femme était enceinte; il demandait «le quoi vivre « avec sa famille », afin qu « il pût reprendre son ministère en France le plus tôt possible ». Eu août, le Synode de Campen, sur sa prière « d'avoir égard aux travaux qu'il avait soufferts pour affermir les fidèles de Fiance », lui faisait un présent de 100 livres, et donnait charge aux députés de l'Eglise de La Haye d'appuyer sa Requête. Il obtint, en ell'et. la même année, une pension comme « ministre extraordinaire »'.
L'année suivante, la guerre camisarde, qui soulevait enfin les Cévennes, réveilla, en Angleterre et en Hollande les vieux projets de 1089 et de 1002. Dès le mois de mars ITO.'l, « un garde du corps du prince d'Orange »', nommé Louis ïeissèdre, originaire de Saint-Hippolyte, était chargé de chercher îles officiers et des ministres, disposés à se rendre en Languedoc. Malgré ses
I. Peut-être est-ce en Hollande qu'il sVst marié. Sa femme était née Morel. tHug. Vereln, VIII, vii-vni, p. 7. Art. de M. le pasteur Paret, do Bergfelden, Wurtemberg).
-2. Notes Enschedé (X. Weiss). (Doucn, II, 310).
3. Guillaume était mort le 29 mars 1702, et la reine Anne régnait en Angleterre.
334 LES PRKDICAXTS PROTESTANTS
efforts, « il ne trouva pas d'autre ministre qu'Olivier, d'assez grande résolution ». Les Etats de Hollande approuvèrent l'entreprise. Il s'agissait de savoir exactement ce que l'on pouvait attendre des révoltés, de leur offrir des secours d'armes, de munitions, et d'argent, d'examiner s'ils pouvaient favoriser une descente anglaise sur les côtes de la Méditerranée, et de les encourager, en attendant, à n'accepter aucune amnistie. Olivier choisit lui-même ses premiers compagnons, et présenta à M. Yan Gent une liste de réfugiés, déterminés à pousser avec lui jusqu'aux Gévennes. Douze s mousquetaires du roi de Pologne », d'origine française, furent refusés par les Etats. Ceux-ci n'acceptèrent les services que de sept soldats, auxquels furent accordés des brevets de capitaine ou de lieutenant, avec la solde de leurs nouveaux grades.
Olivier reçut pour sa part 300 florins. Sa femme, qu'il fit alors revenir de l'Allemagne, où il s'était sans doute trouvé luimême peu auparavant, fut favorisée d'une rente de 4 florins par semaine. Il partit le premier de tous, et eut un accident en route. Vilette (du Dauphiné, c'était le chef de la troupe), Teissèdre, Jean Peitaud (de Boucoiran), Daniel Jonquet (de Valence, près Boucoiran), Salien (du Vivarais) et Vigneau (du côté du Béarn), qui s'étaient mis en route à Nimègue le 12 juin, « trouvèrent à Stockart (Stuttgart), le ministre Olivier, qui tout avait versé, et dont une roue avait passé sur la tète j>. 11 était au lit, et devait y demeurer trois mois et demi ; mais il assura ses compagnons qu'il continuerait sa route aussitôt guéri.
Peitaud et Teissèdre furent arrêtés le 19 août en Vivarais, au château de Brison, près de Largentière. Teissèdre, deux jours après, tenta de s'évader, et reçut, à travers le corps, un coup de fusil qui le tua raide. Peitaud, conduit au Pont Saint-Esprit, eut le malheur d'y rencontrer Jonquet, qui venait précisément d'y être saisi. Celui-ci, le 5 septembre, pour obtenir de Montrevel sa grâce, avoua au subdélégué Dumolard tout ce qu'il savait du projet. La déposition de Jonquet remit sous les yeux de Bàville le signalement d'Olivier. « petit, gros, le visage rond et plein, la barbe et les sourcils noirs, âgé de 115 ans, portant une perruque blonde ». Mais le portrait du ministre demeura inutilisé. Olivier sut la prise des trois officiers, et aussi la mort de Peitaud, rompu vif à Alais le 10 septembre, après avoir subi la question, a Les ordres que la France donna sur toutes les frontières », lui faisaient désormais, dit-il, courir de trop grands