OLIVIER ET SES PAROISSIENS
rieur de la cure, et qu'il peut, s'il le veut, «par un trou», la chauffer par le moyen de la chambre du bas. D'ailleurs il est seul avec sa femme, le logement sutlit. Les paroissiens sont de pauvres gens, et il veut «les presser jusqu'au sang».
L'enquête révèle que devant le bailli de Léonberg, et même du haut de la chaire. Olivier a traité le juge ' et les anciens de l'Eglise, de voleurs, de menteurs, de coquins, pis encore. A quoi Olivier répond qu'il a seulement voulu, dans sa prédication, a réveiller les dormeurs». Les Pérousiens trouvent aussi de fort mauvais goût la nouvelle forme liturgique suivant laquelle leur pasteur annonce les prochains mariages. Quand l'union projetée ne s'est pas faite suivant son agrément, après la proclamation publique, il prend la feuille, et dans la chaire la met en pièces. Aussi personne ne prend plus la Cène. Les gens ne sont pas « dans la disposition à cette sainte action ». En 1719, à Pâques, le peuple a tenté une réconciliation avec le ministre, Olivier n'a pas voulu y donner les mains. Un paroissien lui a dit : « M. le pasteur, comment pouvons-nous communier, puisque nous ne vivons pas en accord avec vous ? >• Il a répondu : « Ne savez-vous pas que Notre Seigneur Jésus-Christ a donné la Cène à Judas, bien qu'il sût qu'il était damné? »
Les magistrats du Duc. du point de vue juridique, durent condamner les Pérousiens, et déplorer le scandale qu'ils provoquaient, tout en reprochant à Olivier sa conduite maladroite, irréfléchie et peu chrétienne. Ils déclarèrent d'ailleurs que la colonie était trop nombreuse, et par suite trop pauvre. Une partie de la communauté fut bientôt acheminée vers la Prusse, et ceux qui restèrent, furent en 1722 débarrassés d'( Hivier.
L'ancien prédicant demeura dans le Wurtemberg, assisté dans sa misère par les Etats Généraux de Hollande, auxquels le Synode Wallon de mai 1723. le recommanda encore. Il était lié, à Stuttgart, avec le baron de Neuenstein qui. sans doute, parla favorablement de lui au Duc souverain, car Olivier, quelques années plus tard, fut envoyé officiellement en Angleterre, pour y solliciter des secours en faveur des colonies Vandoises.
En 172!) ou 1730, la petite paroisse de Cannstadt, aux portes de Stuttgart, le demanda comme pasteur. Il accepta ide tout son cœur ». 11 avait GO ans, sa santé était fort affaiblie. 11 vécut en bonne harmonie avec les quelques dizaines de réfugiés qui
1. Der Schaltheiss. « le juge de la colonie », « le juge et le directeur de lu colonie • (expressions du pasteur Cabrit. Bail. XL, 183, 643).
338 LES l'RKDICANTS PROTESTANTS
constituaient son troupeau, et parmi lesquels se trouvait un Lissorgue, parent île la femme chez qui il avait vu Gavanon tuer Lambert'. Les registres du Consistoire de Cannstadt, où les procès-verbaux d'Olivier, mauvais d'écriture, de style et d'orthographe, manifestent l'instruction rudimentaire du pauvre fugitif de Saint-Etienne Yalfrancesque, ne relatent guère que des affaires de finance ou des questions sans grande importance. On y relève une verte intervention du pasteur contre un ancien indigne.
Le ministre, qui appliquait ainsi la Discipline à ses paroissiens, ne l'observait cependant pas toujours dans ses rapports avec ses collègues. Un conflit nouveau fut provoqué par ses allures indépendantes. D'anciens membres de la communauté de Gannstadt étaient allés se fixer à Stuttgart ; Olivier continua à les visiter, et donna même la Cène à des malades. Un pasteur de la ville, Salomon Morf, s'étant plaint du procédé, le Consistoire de Gannstadt à son tour s'indigna (21 décembre 1730), de la a domination » que celui de Stuttgart prétendait exercer sur lui. La lutte dura plus de deux ans. Un traité d'union (20 mars 1738), conclu entre les deux Eglises, fut confirmé (22 avril 1739) par le Synode de Gannstadt, les deux pasteurs réconciliés, des paroles offensantes pour Morf, rayées du registre de Gannstadt.
Olivier était alors près de sa fin. Il avait exposé a son Consistoire, dès le début de la dispute, que son Age et ses infirmités ne lui permettaient plus de s'acquitter de toute sa charge. Il eut encore la douleur d'entendre s'élever contre lui de mensongères accusations. Le bruit courut qu'il n'avait pas rendu compte à sa communauté, de la collecte qu'il était allé faire pour elle en Angleterre. Le Synode de 1739 le justifia de la calomnie, en se fondant sur « son indigence, connue de tout le monde ».
Olivier mourut en 1740. Sa veuve lui survécut jusqu'en 1748. Elle légua à la communauté, en mourant, la somme de 2,900 florins et l'Eglise reconnaissante l'enterra, le 2 mai, « magnifiquement ».
Lorsque Antoine Court se préoccupa de rassembler à Lausanne des documents pour l'ouvrage historique qu'il projetait (la continuation de l'Histoire de VEdit de Nantes d'Elie Benoit), il ne manqua pas de s'adresser à l'ancien prédicant Olivier, devenu ministre à Cannstadt. La lettre que celui-ci lui répondit nous a
I. llu/f. Verein, VIII, vu-vin p. 7 : « Cannstadt ; Lissorgue, Olivier, Pfarrrr, nnd seine Frau geb. Morel ».