Publiée Douen. II, Appendice iv
-.'. Ilnll. \, -271. «Unis la Relation de la mort de Papus.
353 Liis rmaiicAXis protestants
Les Eglises du Bas-Languedoc- n'étaient point soumises à une Discipline aussi régulière qu'il parait dans la Lettre, et à cet égard L'impression de surprise ressentie par F. Berbinau se justifie. Néanmoins, et si quelques affirmations du document sont sujettes à caution, si d'autres doivent être ramenées à des proportions plus menues, nous pouvons affirmer que ta Lettre, après tout, dit vrai. Des coutumes régulières ont effectivement régi les ministres du désert, Leurs troupeaux et Leurs assemblées, et ont constitue, par conséquent, comme une Discipline partir culière, qu'il était réservé à Brousson de codifier enfin, vers lli'.iT.
La Discipline Ecclésiastique des Eglises Réformées de France,
qui était la réalisation pratique de le Confession de foi. débutait par le chapitre Des Ministres. C'est par les prédicants qu'avait commencé au Languedoc l'histoire de l'Egrlise du Désert, lui d'autres régions de la France le protestantisme ne se maintint que par le culte individuel ou la prière familiale. Des Cévennes à la mer, le fait caractéristique de la résistance fut l'apparition des prédicateurs itinérants.
La Confession de foi déclarait, nous l'avons dit déjà', que dans les temps où l'état de l'Eglise était interrompu, Dieu avait suscité des gens d'une façon extraordinaire, pour la dresser de nouveau. Une vocation spéciale pouvait donc dispenser le chrétien de recourir aux formes ordonnées par l'Eglise, quand celleci gisait en pièces. Elle permettait au fidèle zélé de s'a ingérer» dans le ministère, sans attendre l'intervention d'un pasteur régulier. Les premiers prédicants s'emparèrent de cette affirmation évangélique. avec toute l'ardeur de leur foi. Qu'elle leur ait étérappelée par des pasteurs au moment oii ceux-ci partaient pour l'exil, qu'ils l'aient retrouvée eux-mêmes dans la Confession de foi qu'ils lisaient, imprimée, à la fin de tous leurs Psautiers, ou qu'elle se soit imposée à eux par une sorte d'instinct, et comme une conséquence naturelle de leurs principes protestants, il n'importe. Il faut seulement constater que, dès le début, ils ne surent pas toujours rendre théologiquement raison de leurs actes. Bonfils, interrogé par Bàville sur le Catéchisme, perdit pied, et argua de son ignorance. Fulcran Rey. proposant, se borna à dire qu'il avait prêché pour faire son devoir, et parce
t. Art. :il (Voir plus haut, I, 107).
LES PRBDIOANTS 353
que sa conscience l'y obligeait. David Berthezène affirma, avant toute question, « qu'il avait le don de consolation par le S lint- Esprit, d'exhorter et de prêcher aux fidèles depuis la Révolte ».
Toutefois, la vie protestante au xvne siècle, était enfermée dans un cadre trop rigide, et les réformés connaissaient trop bien les règles de leur organisation, pour qu'ils aient pu. en 168(1. faire ii des formes traditionnelles, et se laisser aller entièrement aux impulsions de l'Esprit. Le chapitre De Li Cène, dans la Discipline, débutait par les mots : « Où il n'y a point de forme d'Eglise, il n'est pas permis de faire la Cène du Seigneur». Pour obéir à une stipulation aussi formelle, Vivent, an Pré de Montvaillant, établit Roques connue ancien, avant de donner la Communion, et le chargea de tenir la coupe.
Mais, pour distribuer le pain, et pour désigner un ancien, il était nécessaire qu'il se considérât lui-même comme ayant lofait ministre. La Discipline, ici encore, était venue à son aide. Elle exigeait qu'un pasteur fût admis ;i la sainte charge du Ministère «par le Synode provincial ouïe Colloque, composé de sept pasteurs pour le moins», ou, dans le cas île nécessite, /mr le Consistoire du lien et trois pasteurs. Cependant le Synode, ou le Consistoire, n'était point le maître absolu de la nomination. L'Eglise à laquelle le pasteur était destiné, devait l'entendre prêcher trois fois, et « il ne pouvait point être donné au peuple contre son gré, ni même au mécontentement de la plus grande partie ». « Le peuple » avait donc le dernier mot dans l'élection d'un ministre. Les Synodes, en 168G. étaient anéantis, les Consistoires également, mais « le peuple » de l'Eglise locale subsistait, constitué logiquement par les « fugitifs » Qdèlesqui, dans chaque quartier, venaient s'édifier aux premières assemblées publiques. A ce peuple restait donc le pouvoir et le droit de procéder à ïélection exigée par la Confession de foi. C'est à lui qu'en appelèrent les premiers prédicants. Vivent et Vidal, au dire de Jurieu, furent « élus par le peuple».
L'élection des ministres, disait la Discipline (chap. I, art. 8), « sera confirmée par prières et imposition des mains, toutefois en évitant toute superstition». Un «formulaire » indiquait la manière ordinaire de procéder. Deux pasteurs étaient députés par le Synode ou le Colloque. L'un d'eux prononçait une exhortation, qui visait à la fois le candidat et l'Eglise qui l'avait choisi, et il la terminait par une prière en faveur du nouveau serviteur de Dieu, n Et alors il lui mettra [à ce dernier] les mains sur la tête, celui qui prie étant debout au bas de la chaire.
et celui pour lequel il prie, à genoux. Et après la prière faite, le nouveau pasteur s'étant relevé, les deux députés. . . lui donneront devant tout le peuple, la main d'association. . . »
Un premier prédicant, élu par une assemblée publique, ne pouvait naturellement recevoir de personne ni « l'imposition des mains », ni « la main d'association». Mais des prédicants, élus ensemble ou séparément, étaient en mesure de s'imposer les mains l'un à l'autre. Vivent, qui passait pour avoir été consacré par trois autres ministres ' , imposa les mains à Vidal dans la grange du prieur de Cézas2.
Nous ignorons si dans les Gévennes d'autres pasteurs furent ordonnés de la sorte, en 1G8G. Nous ne savons pas non plus si Bonfils et Faucher, dans le Bas-Languedoc, eurent le souci de se mettre d'accord avec la Discipline Ecclésiastique. Au lendemain de la Révocation, la spontanéité religieuse, la colère et l'enthousiasme, parlèrent seuls pour commander à l'Eglise persécutée les actes qui la sauveraient. Il ne paraît pas, par exemple, que les auditeurs des prédicants, ni les prédicants euxmêmes au début de leur activité, aient usé de termes nets pour désigner ceux qui annonçaient l'Evangile interdit. Le nom générique de « prédicants», est appliqué par les autorités royales à tous ceux qui contribuent à la reprise du culte réformé. Quant aux religionnaires, s'ils emploient parfois le mot de « ministres » en parlant des prédicateurs, ils se servent plutôt du titre, plus modeste, de « proposants » (étudiants en théologie), qu'ils appliquent d'ailleurs à tous. A la Bèbe, Vivent est dit « un proposant », et il a donné la Communion, dans le quartier, dix jours auparavant3. Faucher, vers Uzès, s'attribue le même titre, dans l'instant qu'il convoque le meunier Martin à venir de ses mains a recevoir la Manne»1. Le nom de « proposants ou prédicants » est encore appliqué dans le Castrais, après 1715, à «tous les zélés qui ont [vers KJ88J couru le royaume pour consoler et affermir les protestants »s.
Quand la première effervescence fut calmée, que les cultes secrets parurent moins étranges, et les « prédicants » moins
1. Nous ne savons qui ont |>u être ces trois « ministres ». Peut-être Bringuier et Manoél en étaient-ils. Vivent, ainsi, aurait été appelé, conformément à la <liseipline. par trois « ministres » et un ■ consistoire ».