Bail. X
5. C. 170. Dossier Quet. Interrog. du 9 juin 1690 [el doii I7<h. comme dit I). Benoît. Iiitll. I.. 361] : ■ âgé «le -2u à 22 ans. de moyenne taille, les cheveux noirs el assez unis, velu d'un cadis gris ».
.'j. C. 172. Dossier du meurtre de Lambert. Inienu^. .le c.iiheiine Bousearenc, femme de Guill. Morel c-i nov. 1692). Julien, compagnon cordonnier. .. « vêtu d'un justaucorps burel, de taille petite, cheveux crespès el courts, le visage un peu maigre >■.
6. C. 170. Dossier Lafoux. Interrog. du 27 fév. 1690 [et non 1700, comme dit H. Benoit, Bull. !.. ;•
!i< LES PRKDICANTS PROTESTANTS
plus qu'aucune des expressions que la Lettre emploie pour décrire la célébration de la Cène, ou les séances du Synode, nous transportent loin des usages constants des Eglises Réformées du xvue siècle. Comme le dit Paul de Félice. « nous ne sommes pas loin au contraire, à cet égard, du temps classique ».
Il reste néanmoins que. privés de l'original de la pièce, nous serions en droit de la considérer comme un document « curieux mais suspect » ' si ses révélations demeuraient isolées dans l'histoire des prédicants.
Nous espérons montrer, dans les pages qui suivent, qu'il n'en est rien. Cependant nous devons noter d'abord les réserves que nous inspirent les circonstances où la Lettre a été écrite, et la personnalité de son auteur.
La Lettre, avons-nous dit, n'est pas datée. Elle contient néanmoins des indications précises : elle parle au passé « du mois de juin 1094 » et mentionne « le 23 du mois de décembre dernier 1094 ». La transcription du millésime est surprenante, surtout dans le dernier cas. de la part d'un homme qui écrit en 1695. et qui parle de l'année précédente. On peut s'étonner pareillement qu'il ait écrit : « Le 7 janvier 1095, le nommé Papus fut arrêté à Montpellier ». Mais d'autre part, Laporte ayant été arrêté a Montpellier le ii février 1696, la Lettre ne peut être postérieure à cette date : elle aurait rappelé le fait, d'autant qu'elle nomme Laporte. ïl semble qu'il faille donc dater la Lettre des derniers mois de 1093. de novembre ou de décembre (avant Noël). On comprendrait que son auteur, éloigné d'une dizaine de mois des événements les plus importants de son récit, les ait fait précéder de l'indication du millésime5.
De qui émane la Lettre ? Tout ce qui ressort du texte, c'est que son auteur faisait sa résidence ordinaire à Montpellier, où il connaissait des marchands et des bourgeois. Il suit les assemblées qui se tiennent autour de la ville3 ou dans la ville* ; il est fort zélé pour la religion', jusque-là qu'il se met en rapports avec un écolier en médecine, d'origine catholique, qui raisonne fuit bien sur les Ecritures, et après une fort longue épreuve
I. Expression »!<• II. Etatiser dans la Retae Historique. 1900, tome l.WIIl. j>. 390.
■2. En ce i'as l'assemblée des en?irons de Montpellier qu'il fixe ■ dans le mois de juillet dernier », Berait île lG'.iâ.
:i. Bull. I..
i. Ibld., v.-..
... Ihi.L. V,-,. v.i.
l'auteur de la lettre 349
qu'il fait de sa vie et de sa croyance, ne fait point de difficulté de « l'incorporer dans les assemblées », où il a la joie de le voir se déclarer ouvertement protestant. Nous sommes portés à voir en lui un laïque pieux de la ville, qui n'est pas un prédicant, ni de ceux qui prêchent, ni de ceux qui lisent des sermons'. Il est vrai qu'il dit de l'assemblée du 23 décembre : « Nous n'étions en tout que quinze personnes, compris quatre Messieurs de la ville », et qu'il semble se mettre ainsi parmi les prédicants. Mais s'il est un laïque, son correspondant, qui le connaît, n'a pas besoin que le fait lui soit rappelé. Il a besoin, au contraire. de savoir que quatre bourgeois de Montpellier sont aussi zélés (jue son ami, qui n'est pas, lui, un « Monsieur ». Il est vrai, encore, qu'il rapporte avoir été nommé Modérateur du Synode, tandis que la Discipline réformée exigeait que les Synodes fussent présidés par un ministre. Mais la Discipline que rétablissent les prédicants ne peut, à la vérité, être observée en tous ses articles. Le Synode de 10!)i peut bien comporter un élément h extraordinaire ». comme le ministère même des pasteurs qui y prennent part. Il est vrai enfin qu'il prononce une « Action de grâces » après la Cène. Mais il relève justement, comme une circonstance caractéristique, qu'il a été à cette occasion « nommé » par les assistants, pour remplir un emploi qui n'est pas le sienJ. « En paraissant devant le peuple, je leur dis que l'Eglise se trouvant dans le deuil et l'affliction, elle avait besoin que quelqu'un de ses enfants lui tendit la main pour la secourir ; que c'était dans cet esprit que je paraissais devant eux, car autrement je ne me serais pas jugé capable de la charge de ministre de l'Evangile ». Nous ignorons ce que fut cette Action de grâces; s'il faut y voir une simple prière «en forme de paraphrase ». ou une exhortation, mais ce que nous savons, c'est que, pour notre auteur, les « ministres » sont à la fois ceux qui prêchent et ceux qui lisent des sermons'. S'il s'excuse devant l'assemblée, c'est précisément parce qu'il va accomplir une fonction religieuse qui, pour lui, demeure le privilège de ces ic ministres » dont il n'est pas.
S'il est exact, comme le dit l'auteur de la Lettre, qu'il y eût, à la fin de 1095. dans le Bas-Languedoc et les Cévennes « vingt
I. Sur ce point nous donnerions raison à F. Berbinau contre Hauser et Benoit. Bull. L. 355.
■l. Bail. L. 344.
3. Voir p. 349 : « La plupart de ces ministres ont un homme avec eux » : et p. 346 : " A l'égard de la conduite que les ministres tiennent dans les villages... »
personnes, de ceux qui prêchent ou qui font des prières », nous sommes loin d'en pouvoir fournir l'énuméiation. D'autre part, si l'homme dont il s'agit est un laïque de Montpellier, qui ne s'absente de la ville que pour ses affaires1, nous comprenons fort bien comment il a dressé la liste de « ceux qu'il a connus ». Il a « connu ». dit-il, Colognac. qui a en effet séjourné à Montpellier ; Lapierre, Roux, La Jeunesse (Gazan). Pierre Plan, Lacroix (Mounier) et Julien, qui ont assiste à L'assemblée tenue dans la ville le 23 décembre. Il a « connu » Etienne et Paul Plan, morts en 1692, par ce qu'ont pu lui dire d'eux, à Montpellier également, soit leur jeune frère, soit leurs compagnons. Quant à Laporte et à Roman, ce dernier, « homme d'étude et d'une grande piété ». qui ne vinrent point au Synode, ils n'avaient pas fréquenté la ville. (Laporte devait y être pris, mais en 1(51)15 seulement, et Roman ne quitta pas les Cévennes). Les prédicants assemblés ont pu toutefois prononcer leurs noms avec orgueil. Il est à noter aussi que notre auteur ne nomme pas Vivent, qui n'avait jamais prêché dans le bas pays, et qu'il ne parle pas de « M. Brousson » (lequel n'est pas non plus entré à Montpellier) comme d'un homme qu'il ait vu. Si notre auteur enfin était un prédicant, on ne s'expliquerait guère qu'il « ne se fût pas souvenu »! du nom de quelques-uns de ses confrères, Rey, compagnon de Roman, et Gras, auraient pu lui demeurer inconnus, mais il aurait assurément nommé Pourtal. et aussi Papus, dont il se borne à mentionner la mort en post-scriptum, sans avoir rien dit de lui.
Si donc notre homme est un réformé de Montpellier (ses initial A. P... ne nous apprennent malheureusement rien) qui ne connait de pieu que les prédicants qui sont entrés dans la ville, il n'a donc pas fourni, dans sa Lettre, (à l'exception de ce qui concerne les séances du Synode et les événements de la ville ou des environs) des détails qui provinssent de sa propre expérience. Il a seulement rapporté sur les prédicants ce qu'il tient d'eux, ou ce qu'il a entendu raconter de leur activité. Or, ceuxci. et leurs meilleurs amis, avaient, en 1G94 et en 4695, quelque intérêt à représenter les manifestations religieuses du Languedoc comme aussi conformes à la Discipline du passé que le per-
i. C'est ainsi, sans doute, qu'il faut comprendre sa phrase fp. 346) ! [.l'aurais obtenu l'abjuration] de [au lieu de les] deux autres personnes, si Dieu ne m'avait appelé ailleurs.
ï. Huit. !.. 339 : « Quelques autres, dont il ne nie souvient pas de leurs noms ».
TENDANCE Al'OLOGÉTIQUE DE LA LETTRE 351
mettaient les circonstances, et la vie ecclésiastique du Désert comme aussi réglée que celle de la Suisse ou de la Hollande.
On n'a pas oublié qu'en 1694, Brousson, en arrivant en Suisse, avait trouvé des détracteurs comme Merlat, qui mettaient en doute à la fois la validité de sa vocation extraordinaire et la pureté de sa foi. «Un visionnaire anabaptiste », voilà ce que le prédicant risquait de devenir, en suivant ses théories sur l'inspiration directe de chaque croyant par l'esprit de Dieu. Pour défendre contre ses accusateurs la correction de sa doctrine, Brousson dut publier successivement (1094 et 1695) la Confession de foi déjà rédigée en 1691, une Apologie personnelle en réponse à un écrit de Merlat'. et les sermons qu'il avait prêches en France. Sa Relation des merveilles fut une justification de ses compagnons du royaume, dont également le ministère était jugé tumultueux et L'orthodoxie douteuse. En 1093. Guion était venu à Nîmes, protester contre des assemblées qu'il trouvait séditieuses. Enfin les lettres de Clarion à Papus nous ont révélé qu'en Languedoc même, les Nouveaux Convertis, travaillés habilement par le clergé romain, « faisaient dilliculté d'entendre ceux que Dieu suscitait pour consoler ses élus »*. 11 est donc naturel qu'un réfugié, un pasteur sans doute, désireux de s'éclaircirdans un débat sans cesse renaissant, ait écrit à un ami de Montpellier, qu'il savait en rapports avec les prédicants. pour lui demander des détails sur la restauration de l'Eglise. Mais il est tout aussi naturel que le protestant du Languedoc, en répondant à ces questions successives, ait pensé à la répercussion qu'auraient à l'étranger les renseignements qu'il fournirait : qu'il ait donné à sa Lettre une allure apologétique marquée : que dans sa description de l'Eglise du désert, la réalité ait été idéaliste : et qu'une organisation demeurée rudimentaire ait été peinte par lui sous des traits assurés. Un corps de prédicateurs consacrés, signant la Confession de foi des Eglises Réformées de France, le culte célébré suivant la stricte tradition, un Synode tenu, en somme, régulièrement, des assemblées convoquées sans témérité. îles prédicateurs prudents, des ministres de la Parole de Dieu ne vivant point des quêtes qui terminent leurs cultes : il y avait là de quoi satisfaire les enquêteurs les plus sévères.