‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 193 sur 334 · Relut, des Merv., p. 19 (voir Douen. II, 18'i · texte numérisé non relu

Relut, des Merv., p. 19 (voir Douen. II, 18'i

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cants avec lesquels il vit] par de petites exhortations ». Sur la montagne où il passe l'hiver, il habite quelques jours dans une bergerie avec plusieurs de ses frères [quelques prédicants et leurs hommes]. Là, tous ces fidèles le prient et le conjurent de prêcher et de distribuer la Cène. Vivent l'exhorte aussi à cela lui-même. Brousson « voyant que ses frères le conjurent unanimement. . . et qu'un serviteur de Dieu [un pasteur] le sollicite aussi », leur déclare qu'il voit bien que Dieu leur met cela au cœur, et se prépare à leur donner la consolation qu'il souhaitent. Au jour fixé, Vivent « avant la prédication », c'est-à-dire, sans doute, avant que l'assemblée soit formée, mais publiquement, et « au milieu des autres fidèles ». demande à Dieu, par une prière fervente, d'accorder à Brousson le secours de son esprit. « Laquelle prière, dit Brousson, il [Vivent] réitéra même souvent dans la suite », par où il faut entendre que Vivent a souvent prié pour son compagnon : qu'il l'a, dans la suite, plus d'une fois « consacré » à Dieu, et que par conséquent, en ce jour solennel, il ne l'a point « consacré » par un acte unique et définitif. « Les fidèles étant donc assembles pour entendre la Parole de Eiieu », Brousson leur demande si c'est bien leur désir qu'il leur annonce l'Evangile, et qu'il leur administre le sacrement de l'alliance de Dieu. Sur leur réponse affirmative, il déclare qu'il se rend à leurs souhaits. « Puis, ayant fait lui-même sa prière de consécration, il leur prêcha l'Evangile et leur administra la sainte Cène ».

Peut-être objectera-t-on que Brousson, en un temps (1694) où il opposait sa douceur à la violence de Vivent, éprouvait quelques scrupules à déclarer ouvertement qu'il avait reçu de lui l'imposition des mains? Qu'il convient, dès lors, de suppléer à son silence? Il faut noter cependant que jamais il n'a renié la part que Vivent a prise à la cérémonie dont il vient de parler, et que les diverses allusions qu'il y a faites concordent entièrement avec notre interprétation.

A Lausanne, lorsqu'il voulut obtenir des Académies de Berne, de Lausanne et de Genève, la « confirmation de son ministère extraordinaire», voici, en effet, les seuls arguments dont il usa. La vocation qu'il a eue durant quatre ans entiers, « par le zèle et les autres grâces qu'il a plu à Dieu de lui accorder, suffit, pour les pays où le ministère ordinaire n'a pas lieu, suivant l'article 31 île la Confession de foi. . ., d'autant plus qu'il a eu la vocation du peuple, et celle même d'un pasteur extraordinaire, dont le

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ministère a été approuvé par le Synode de Hollande » '. Quatre ans plus tard, à Pau, retraçant devant Pinon tout le cours de sa vie, Brousson déclare spontanément que « venu de Suisse dans le Bas-Languedoc, il y fut appelé par le peuple, et par un ministre, à y exercer le Saint Ministère ». Le « ministre » était Vivent qui avait reçu sa vocation du Synode de Hollande ; le « peuple » une petite assemblée des Cévennes2. Le langage que Brousson tient à Bàville est plus clair encore : « Une petite assemblée de ses frères, dit-il, conjointement avec le S' Vivent. qui avait reçu sa vocation du Synode de Hollande, l'appelèrent au Saint Ministère selon les principes de la Confession de foi de la B. B. » '. Il n'est point question ici de la Discipline, qui mentionnait l'imposition des mains, mais bien de la Confession de foi, dont le fameux article 31 légitimait le pastorat irrégulier.

Si maintenant Brousson ne voulut point pour lui-même d'autre « appel » que celui qui émanait du peuple, nous ne saisissons pas pourquoi il aurait cru nécessaire, ensuite, d' « imposer les mains » à aucun de ses compagnons.

La Lettre de 1095 affirme cependant que, «reçus dans les assemblées du peuple», les prédicateurs du désert étaient « confirmés dans leur vocation par le ministère des autres»4. Elle entend par là qu'ils recevaient ((l'imposition des mains», et cite, avec dates à l'appui, le nom de quelques pasteurs qui ont été ainsi ordonnés, dans les formes requises par la Discipline ancienne. Indépendamment des observations qui précèdent, l'énumération de la Lettre n'est pas sans prêter à quelques difficultés. Brousson, suivant l'auteur, aurait imposé les mains : 1° à Lapierre, en ■1G90, dans la ville d'Uzès (Brousson et Lapierre se sont trouvés ensemble, en effet, dans la région d'Uzès, mais à notre connaissance, en 16i>3 seulement) ; 2° à La Jeunesse (Gazan) ; 3" à Laporte ; 4" à Roman ; "6" aux trois frères Plan. (Des trois frères, le second seul, Paul, avait en 1(592 donné la Cène, et il déclara à son juge que «quoique n'ayant pas reçu l'imposition des mains, cependant il était ministre de Christ». Le dernier. Pierre.

1. Défense... (contre Merlat) 1694. (Douen, II, 419). Dans le même passage, Brousson parle de la double imposition des mains, qu'il a reçue à Lausanne et en Hollande, et justifie cette répétition d'un même acte par l'exemple de Saint Paul (Actes IX, 17 ; XIII, 3). Il ne parle pas d'une triple imposition des mains, comme il y serait obligé, s'il l'avait reçue déjà de Vivent.

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