COMMENT BROUSSON EST DBVBHD MINISTRE
rentré dans le royaume avec lui. n'était pas faite pour fortifier à ses yeux le prestige du caractère ecclésiastique dont celui-ci était revêtu. Les catholiques du royaume, les pasteurs exilés, pouvaient aiguiser leurs arguments. Appuyé sur sa conviction personnelle, aidé peut-être aussi de quelques consultations théologiques qui vinrent de Suisse1, il fournit à ses compagnons de quoi répondre à leurs détracteurs ou à leurs juges. Quand un homme avait « la crainte de Dieu, et la connaissance de sa Parole », les auditeurs qui venaient recevoir de lui instruction, consolation et réconfort, avaient le droit de l'appeler au Saint Ministère. En ce qui concernait « l'imposition des mains ». il partageait les vues révolutionnaires que Jurieu. dès 1686. avait émises, à propos de l'assemblée de Cézas : a La mission d'un pasteur par l'autre n'est qu'une forme, qui doit être observée dans le temps de la paix de l'Eglise, mais dont on peut se passer dans les temps de nécessité... // est constant que la véritable vocation dépend du peuple et du choix des assemblées » \
Pour Brousson, comme pour Jurieu. la « vocation t du peuple chrétien, l'appel qu'une réunion de fidèles adresse à un homme, sullit aie constituer pasteur. Pour Brousson, comme pour Jurieu. l'imposition des mains est une forme dont on peut se passer. Nous sommes persuadé que sous l'inlluence de cette théorie nouvelle. Vivent renonça à imposer les mains aux prédicants, comme il l'avait fait en 1686, et qu'en particulier il ne les imposa point à Brousson. quand celui-ci. en 1690, devint ministre à son tour.
Les historiens du protestantisme ont cru jusqu'ici le contraire, sur la foi même d'une page de Brousson. Mais si l'on relit avec attention le récit de la Relation des Merveilles où celui-ci a lixé le souvenir de la cérémonie qui le transforma en pasteur, on constatera qu'il concorde entièrement avec le témoignage que Golognac nous a fourni plus haut de sa propre entrée dans le ministère. Vivent n'y intervient que comme un ministre extraordinaire, revêtu sans doute en Hollande d'un caractère particulier, mais dont l'action se réduit à appuyer par ses supplications personnelles les sollicitations de l'assemblée'.
Brousson, depuis son retour, s'est borné a « instruire et à consoler quelques-uns de ses frères [le cercle étroit des prédi-
I. Voir au Dossier Colognac. C. 173, l'extrait intitulé : Justification des Pasteurs extraordinaires .
i. Lettres Pastorales. I, îv. (15 octobre 1686.)