‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 209 sur 334 · De Fëlice, Temples..., p. ïiï · texte numérisé non relu

De Fëlice, Temples..., p. ïiï

2. Dans une assemblée tenue au Clauzelcl C. 170. Dossier Mazel.

>i LES PRÉDICANTS PROTESTANTS

êtes en Jésus-Christ»'. Une nouvelle prière improvisée achève cette partie du service divin.

Les prédicants se renseignaient (par les anciens, sans doute) sur la valeur morale des réformés qui demandaient à rentrer dans la Communion des Saints. <i On observe, dit Anne Baudoin, de ne pas faire abjurer ceux qu'on croit ne pouvoir pas se dispenser daller à l'église et faire les fonctions de catholiques ». Le Synode de 161*4 ne voulut pas non plus que les repeutances perdissent le caractère grave et héroïque que leur conférait leur publicité même. Plus d'un Nouveau Converti, craignant pour ses biens et pour sa liberté, consentait sans doute après avoir conféré avec les ministres, à faire réparation de sa faute, mais à la condition que ce fût privément. Il fut décidé que les seules absolutions données le seraient dans les assemblées ordinaires. C'était demeurer fidèle aux sentiments de Vivent et de Brousson. Us avaient reçu l'abjuration de la T>en" de Bouvcirollis dans la maison de Montredon, mais en raison seulement de la maladie qui la retenait au lit-.

« Aux quatre saisons de l'année» (Pâques, Pentecôte, premier dimanche de septembre. Noël), la table sainte est dressée. Les prédicants ne s'astreignent pas naturellement à des dates exactes, mais très généralement ils ne distribuent la Cène qu'aux époques consacrées par la tradition. Au pré de Montvaillant, en janvier 1686, Vivent donne évidemment la Communion de Noël. En l(ii)l, Vivent encore, au Valat de Fossemale, le 25 septembre. Brousson aux Sognes le 1" octobre. Gazan, à Fossemale également, le 21 octobre, célèbrent la Cène de septembre. Dans ces occasions, après la prédication, et après les abjurations, le ministre annonce à l'assemblée l'acte religieux qui va suivre. Pendant qu'un certain nombre des assistants se retirent, un compagnon du prédicant. ou un ancien, dispose dans une assiette ou dans un plat d'étaiii. le pain qu'il a apporté tout rompu, o coupé de la grosseur d'un œuf de pigeon», ou le rompt séance tenante. Dans la Forme des prières, le ministre lit la Liturgie ordinaire. Il prononce ensuite une prière spéciale. « implorant la bénédiction du Ciel sur les espèces du pain et du vin afin qu'ils devien-

l. La formule d'absolution usitée au xvu* siècle n'est pas mentionnée dans l'ouvrage de De Félice. Nous l'avons trouvée dans la lettre de IC'Jà.

■i. Brousson déclarait a Pinon avoir reçu des abjurations de catholiques romains.

^ni^ douions <iuc c'eûl île en Languedoc, et dans des cultes publics.

LA SAINTS CBNB 385

lient le sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ'. Il prononce les paroles de consécration, prend le premier les espèces, puis assisté du fidèle qui tient la coupe (laquelle est un simple verre, ou une tasse d'étain). présente le pain aux religionnaires qui s'approchent. Le Cantique de Siméon est chanté, une dernière prière et la bénédiction, achèvent tout l'exercice.

Brousson n'a rien exagéré, quand il a rapporté que ses assemblées ordinaires duraient trois heures, et ses assemblées de Communion quatre heures à quatre heures et demie. Les prières qu'il prononçait étaient, dit-il, fort longues. Ses sermons se poursuivaient une heure, et davantage. La lecture de plusieurs chapitres de l'Ecriture, le chant de plusieurs Psaumes, une exhortation, plus familière que la prédication, contribuaient à prolonger souvent jusqu'à l'aube, des cultes commencés au milieu de la nuit. Les protestants du xvne siècle, d'une piété plus patiente ou plus robuste que ceux d'aujourd'hui, supportaient des services religieux d'une étendue qui parait incroyable2. Au désert, des auditeurs désireux de s'instruire, et pour qui le culte se doublait d'une sorte de bravade, des prédicants dévorés de zèle, poussaient plus loin encore une endurance qu'ils avaient héritée de leurs pères.

Eu 1691, l'assemblée achevée, les ministres, quelquefois, lisaient au peuple les lettres que leurs « courriers » rapportaient de Genève, et dans lesquelles les réfugiés de Suisse, ou Jurieu, de la Hollande, annonçaient la prochaine délivrance.

Les premiers cultes du Désert furent suivis d'une quête. La coutume avait été telle avant la Révocation. Mais les sommes recueillies autrefois pour les pauvres, l'étaient maintenant pour la subsistance du prédicanl lui-même. Aux prêches de Vivent et de Vidal, à ceux de Bonfils et de Faucher, des accompagnateurs ou des amis tendaient le chapeau, en prononçant la formule habituelle : « Pour les pauvres». Ils remettaient la collecte au prédicant, qui la gardait pour lui, sans d'ailleurs en faire mystère. Au moulin de Liquis. Bonlils recueillit quatre livres ; au Bois de la Baume, Faucher en reçut huit. Si Vivent et ses compagnons, dès 1G89, purent renoncer à cette pratique, leurs confrères isolés persistèrent à y recourir. Deux hommes quêtaient pour Jean Mazel ; David Quet pour lai-même. Il fallut.

1. Bail, h, 341. Brousson a imprimé dans la Manne Mystique la prière qu'il avait

l'habitude de dire a ce moment [après le sermon XV |.

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