LA DISCIPLINE DE BROUSSON
§ 6. — La Discipline de Brousson.
Il appartenait à Brousson de formuler nettement les principes de la Discipline nouvelle, qui n'avait été qu'imparfaitement élaborée et appliquée dans le Bas-Languedoc. Pendant son séjour à La Haye (1695), il condensa toutes les expériences de son ministère itinérant, chercha dans la Bible et dans l'histoire de l'Eglise des lumières nouvelles, et se trouva enfin eu mesure de dresser pour les protestants persécutés un plan ferme d'organisation. Il nous parait nécessaire de résumer ici ses vues. Il les devait, en somme, aux prédicants du Languedoc-, qui lui avaient montré la voie, et elles sont, dans le domaine ecclésiastique, l'aboutissement et la conclusion logiques de l'activité des premiers pasteurs extraordinaires1.
A la fin de 1695, ou au début de 1696, dans la Normandie probablement, où son passage était accueilli avec joie, Brousson écrivit deux Lettres Pastorales oii il exposait l'essentiel de la Discipline nouvelle2.
« Je voudrais, dit-il dans la première, avec sa coutumière naïveté, pouvoir partager ma personne en un grand nombre de parties, pour vous donner continuellement à tous, les consolations que vous souhaitez. Mais ceci n'étant pas possible, j'ai cru ne pouvoir mieux faire que de vous marquer. . . ce que vous devez faire vous-mêmes pour votre commune édification. . . G est que vous devez rétablir vos exercices de piété » *. Tel est en effet, la tâche essentielle. « Vous pourriez bien être visités de temps en temps par quelques pasteurs, mais. . . vous seriez peutêtre repus de la Parole de Dieu une ou deux fois seulement, et après cela vous seriez abandonnés les années entières à une famine spirituelle et mortelle ». Or, c'est du rétablissement de la Jérusalem du Dieu vivant que dépend l'avenir. « Si nous faisons notre devoir envers Dieu, ce grand Dieu qui tient le cœur des
I. Brousson, dos 1694. « à cause des contradictions qu'il avait souffert touchant son ministère >\ avait prêché un sermon spécial, et compose un Trait,' sur la vocation extraordinaire, qui sont perdus tous deux. Douen, II, 120.
i. Douen, II, iùi. Les Lettres Pastorales disent toutes deux : « Il y a déjà plus de dix ans que l'Eglise de Dieu est désolée dans ce royaume ».
3. <r Lettre Pastorale à l'Eglise de Dieu qui est sous la Croix: I. Sur les mutuelles assemblées : II. Sur l'établissement des Anciens ». C. 191. Manuscrit de la main de Brousson (non coté par Piuon). Analysée rapidement dans L. Nègre, pp. 90 et 02. C'est nous qui soulignons.
388 LES PRÉDISANTS PROTESTANTS
rois en sa main, ne manquera point de fléchir, en notre faveur, celui île notre grand Prince ».
Chacun doit bien servir Dieu dans sa maison. . . car chaque famille est une petite Eglise où Dieu veut être servi chaque jour à certaines heures, mais il veut encore que tous les lidèles de chaque lieu et de chaque quartier s'assemblent pour lui rendre les hommages religieux qui lui sont dus. Le mot d'Eglise, qui est grec, signilie une assemblée convoquée pour servir Dieu et pour entendre sa Parole.
Les Assemblées sont donc nécessaires, poursuit Brousson :
1. Atin que tout le peuple soit nourri de la Parole de Dieu. que surtout les enfants, les jeunes gens et les idiots [les simples], soient instruits dans la voie du Seigneur. 2. Alin que chaque lidèle donne gloire à Dieu en présence de tout le peuple (Psaume XXII. 23, 36)... 3. Afin qu'ils adorent tous ensemble sa souveraine majesté, qu'ils invoquent tous ensemble sou saint nom, qu'ils implorent unanimement sa miséricorde, et qu'ils joignent leurs cœurs et leurs voix pour célébrer sa gloire par le chant de ses louanges immortelles, i. Alin. . . que le zèle des uns enflamme celui des autres, ."">. Afin qu'on établisse un bon ordre dans l'Eglise. 6. Afin que les mariages soient bénis et les enfants baptisés, et que la Cène du Seigneur soit distribuée. 7. Alin. en un mot, que l'Eglise soit participante des grAces que Dieu distribue par le moyen du culte public, car l'assemblée «les lidèles est son tabernacle mystique, où il se trouve d'une façon particulière, par l'efficace de son Saint-Esprit. (Eph. IL 22: Màtth. XVIII, 20).
Brousson se borne ici à reprendre rapidement les arguments d'une Lettre antérieure1, et à en recopier mot pour mot une autre". Sa conviction était faite depuis longtemps. Lorsque, sur les instances de Papus, Clarion écrivait (1694) une lettre de reproches aux profanes qui délaissaient les assemblées du Languedoc, il excitait simplement le courage de chrétiens timides. Lorsque Roman défendait à Genève (1697) la légitimité des cultes du Désert, il mettait en avant les nécessités pratiques de l'apostolat, et s'innocentait du crime de sédition. Brousson prend la question de plus haut. Il tient les assemblées pour la seule manifestation authentique de la vie de l'Eglise, celle de laquelle dépend l'avenir :
En uu mot, vous devez, obéir à l'Eternel votre Dieu, qui vous ordonne de le servir dans vos mutuelles assemblées, de peur qu'il ne
t. Lu nécessité des Saintes Assemblées... (août 1692).
j. Lettre aux fidèles persécutés à l'occasion des Saintes Assemblées (de- 1692 ou 1693) « Ipnsc, p. 196).