Publiée dans les Opuscules^ p
300 LES PRKOICANTS PROTESTANTS
soit, pour le moins, de trois heures ». Ces cultes dominicaux ne comportaient pas une Liturgie différente des assemblées de la semaine. Au dimanche, seulement, était renvoyée la lecture d'une ou deux sections du Catéchisme a d'une manière posée, afin que chacun y fasse bien réflexion », la lecture aussi des Commandements de Dieu, empreinte de la même gravité, celle d'un ou deux Psaumes en prose de la Sainte Bible, comme étant très propre pour entretenir et augmenter la piété. Une liste de divers chapitres de l'Ecriture, ou de Psaumes tendant à l'instruction, la sanctification, l'humiliation ou la consolation des fidèles, accompagnait le tout. Pour les jeûnes enfin, dont la date demeurait à la discrétion de l'Eglise ou de la famille, Brousson avait préparé une série de prières, de chants, ou de lectures, qui ne comprenait pas moins de lOo strophes de Psaumes et de 37 chapitres de la Bible (tous choisis daus l'Ancien Testament). Il est vrai qu'il déclarait « qu'il y avait même en cela plus de matière qu'il n'en fallait pour un jour déjeune ». L'originalité de l'exercice ainsi proposé, consistait dans la lecture (faite et écoutée à genoux) des Psaumes 51, 74, 09, 70 et 71, 143 et 102, en prose. « en changeant le singulier au pluriel, c'est-à-dire en disant nous au lieu de moi: O Dieu, aie pitié de nous selon ta gratuité ; selon la grandeur de tes compassions efface nos forfaits, etc. ». Chacune des lectures ainsi modifiées devait s'achever par quelques mots de piété, suivis de l'Oraison Dominicale. A cette Liturgie des jours de jeûne, Brousson emprunte les principaux éléments du culte qui doit accompagner la désignation des anciens'. « Béunis dans un esprit de paix, de chasteté, d'humilité, même avec jeûne, s'il se peut », les chefs de famille, après s'être abaissés devant Dieu, écouteront les instructions de l'Ecriture, relatives aux ministres de l'Eglise2. Une prière spéciale demandera à Dieu d'inspirer lui-même le choix des personnes les plus propres pour gouverner le troupeau désolé. L'élection aura lieu ensuite. Avant de recueillir les voix, il conviendra de laisser chacun libre de proposer les hommes qu'il jugera les plus dignes. Brousson rappelle que dans le Nouveau Testament, le mot original que l'Eglise a traduit par « ancien ». signifie en réalité « le plus ancien », et conseille, en conséquence, d'investir de la charge sacrée, des personnes âgées. Les diacres peuvent être plus jeunes. L'élection achevée,
l. Nous revenons ici à lit Lettre Pastorale mentionnée plus haut. ■2. I. Tlmothée, Ml : IV. 7 à lii ; Tite, I, Il ; 1. Pierre, IV.
LETTRE SUR LES SACREMENTS Ml
l'un des anciens, par une prière, dont Brousson propose encore les termes, demandera pour ses collègues et pour lui-même, l'assistance de l'Esprit de Dieu.
Le corps des anciens, une fois élu, ne se recrutera point luimême, comme l'exigeait l'ancienne Discipline. Brousson rappelle la mondanité et la tiédeur des derniers Consistoires réguliers, pour attribuer leur décadence aux conditions défectueuses selon lesquelles leurs membres étaient élus, i Tous les chefs de famille n'ont pas moins le droit de choisir les nouveaux que les premiers, et l'un n'est pas moins important que l'autre ». Lorsque l'Eglise, d'ailleurs, aura fait choix de « bons anciens », il ne faudra point les changer sans une grande nécessité.
ce Chaque Eglise, écrit le ministre au bas de ses instructions, est exhortée à communiquer cette Lettre aux Eglises voisines, et à en faire des copies exactes et lisibles. Il est nécessaire qu'elle soit lue de temps en temps dans l'assemblée des fidèles, jusqu'à ce que les avis qu'elle contient aient été suivis. »
Une seconde Lettre Pastorale, annoncée dans la première, et plus importante encore, concernait le Poiwoir d'administrer les sacrements1. » Depuis plus de dix ans, les enfants demeurent sans baptême, ou sont consacrés aux idoles, et tout le peuple est privé de la Cène du Seigneur, qui est le sceau de la rémission de nos péchés et le gage de notre salut. « Ce n'est pas ainsi que le peuple de Dieu doit vivre. Si Dieu permettait que son Eglise fût encore persécutée durant 20 ou 30 années comme dans le siècle passé, faudrait-il qu'elle demeurât toujours dans ce désordre ? Non sans doute ! Il faut, dans le besoin, recourir aux moyens que Dieu nous donne pour pourvoir à notre éducation. »
L'article 31 de la Confession de foi déclare d'abord que les pasteurs et anciens doivent être établis par élection, « c'est-àdire choisis par l'assemblée des fidèles ». En ce point il est conforme à l'enseignement apostolique (Actes, XV. 23). Il légitime ensuite le ministère extraordinaire, et la Bible lui donne également raison.
Lorsque les pasteurs de l'Eglise d'Israël et de Juda furent tombés dans l'idolâtrie, Dieu suscita extraordinairement les Prophètes... Lorsque les pasteurs de l'Eglise judaïque furent devenus mondaius
1, C. 191. De la main de Brousson, coin- :i->, par Pinon : Lettre d'un serviteur de Dieu à l'Eglise de Dieu qui est sous la Croix. Sur le poucoir d'administrer les sacremens. Publiée in-extenso. L. Nègre, p. 177.
391 LES PRKDICANÏS PROTESTANTS
et profanes. Dieu suscita les Apôtres, Apollos, les fidèles dispersés, et plusieurs autres. La plupart des Réformateurs, en France, à Genève, en Suisse et en Hollande, n'avaient aucune vocation ordinaire. Enfin, ces derniers temps.... lorsque la plupart des pasteurs n'ont pas eu assez de zèle pour l'avancement du règne de Dieu, Dieu a extraordinairement suscité un grand nombre de fidèles serviteurs dont plusieurs ont été des personnes viles et méprisables aux veux de la chair, mais qui ont travaillé avec un grand fruit. Lors donc cjue Dieu scelle le ministère extraordinaire de ces nou veaux pasteurs par l'efficace qu'il leur donne, lorsque leur ministère est accompagné d'uue vie pure et sans reproche, que le peuple en est édifié, qu'il l'approuve, et qu'il consent et souhaite même que ces nouceaux pasteurs lui administrent les sacrements, il n'y a point de doute qu'ils ne puissent le faire. C'est ce qui a toujours été pratiquédans la partie méridionale de la France depuis la désolation de nos Eglises, ce qui est un grand sujet de consolation pour tous les fidèles de l'Europe.
Quel caractère essentiel pourrait bien manquer en effet à la vocation de ces hommes? C'est Dieu, d'abord, qui les pousse comme des ouvriers dans sa moisson (Luc, X, 7), qui fait crier les pierres lorsque les ministres ordinaires de sa Parole se sont tus (Luc, XIX, 40), qui baille sa vigne à d'autres lorsque les vignerons ne s'acquittent pas de leur devoir (Marc, XII. !•). D'autre part, ils ont été choisis par l'assemblée des fidèles, conformément aux exigences bibliques. Non seulement le livre des Actes (VI. 1) mais le livre des Nombres (VIII, 10), et celui d'Ezécbiel (XXXIII, -) prouvent péremptoirement que c'est la réunion des fidèles qui donne la vocation à ceux qui doivent faire le service divin dans l'Eglise.
Objectera-t-on que les pasteurs ainsi établis n'ont pas reçu ['imposition des mains par le ministère d'autres pasteurs? Mais répond lirousson, confirmant nettement ce que nous avons déjà essayé de deviner de sa pensée, l'imposition des mains n'est qu'une « installation » dans une cbarge que l'Eglise a déjà conférée. Puis, si elle est un signe visible de la descente du Saint- Esprit sur le pasteur, « la grâce céleste n'y est pas non plus tellement attachée, que Dieu ne puisse la communiquer sans son moyen ». Ni les douze apôtres, ni les soixante et dix disciples envoyés par Jésus, ni Apollos et les fidèles du chapitre VIII des Actes, ni les Prophètes de l'Ancienne Alliance, ni la plupart des Réformateurs, n'ont reçu l'imposition des mains des hommes. « Mais la main du Seigneur était sur eux ; c'est là la bonne imposition des mains >•.