‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 217 sur 334 · LA PREDICATION · texte numérisé non relu

LA PREDICATION

§ 1. — Caractères généraux.

La Discipline du Désert occupe sa place dans la suite des conceptions ecclésiastiques du protestantisme. La prédication des ministres extraordinaires — à part certains traits de celle de Brousson — n'offre au contraire aucun intérêt spécial pour l'histoire de la doctrine réformée. Loin de vouloir innover sur le terrain des croyances, ils n'ambitionnent que le maintien d'un héritage sacré. La valeur littéraire de leurs sermons, médiocre en somme chez Brousson, est nulle chez ses compagnons, dont le langage est incorrect, parfois même barbare. Nous ne jugerons qu'avec le cœur des paroles rudes, au travers desquelles des cœurs passionnés se laissent voir, et sans doute on voudra bien leur reconnaître, avec nous, l'attrait des choses vraies, et la puissance des convictions entières. Les prédicants nous révéleront aussi, en même temps que leur piété, la solidité de l'éducation qu'ils ont reçue de leur Eglise, l'attention avec laquelle ils ont écouté leurs anciens pasteurs, l'application qu'ils ont mise à les remplacer.

Le talent des prédicateurs de la première heure consista à donner corps à L'indignation du peuple protestant, en rappelant les condamnations que la Bible prononce contre les idolâtres et les apostats. L'Eglise romaine est abominable. Ceux qui ont abjuré ont commis un grand crime. Qu'ils se repentent sincèrement, et Dieu, dont les compassions sont infinies, aura pitié de son peuple et le sauvera. Le sermon ébauché n'est guère que la répétition continuelle de ces quelques affirmations, illustrées par des paroles de l'Ecriture, et par les exemples qu'elle fournit, de châtiments exercés par Dieu contre les infidèles. L'àpreté et la vigueur de l'Ancien Testament, convenaient particulièrement

à l'effort qui s'imposait alors. Il suflit de relire quelques chapitres des Prophètes dans la version du temps, qui datait du xvif siècle, avec ses obscurités, ses cahotements de verset en verset, pour comprendre le parti que tiraient de ces oracles mystérieux des âmes embrasées.

Avant de parler d'une restauration prochaine de l'Eglise, les prédicants allèrent au plus pressé. Ils paraissent, au début, avoir insisté beaucoup plus sur la nécessité de sortir de Rome, que sur la certitude du triomphe de la vraie foi. A Cros, Angely « exhorte ceux de l'assemblée à n'aller point à la inesse, et de mourir plutôt que de quitter leur religion «'. Vidal, à Yalesta- Iières t exhorte les assistants à n'aller point à la messe, qu'il fallait plutôt mourir que de fléchir le genou devant Baal»\ Bonfils tient le même langage : a il cite plusieurs passages de l'Ecriture, exhortant de perdre plutôt leur vie et leurs biens que de professer la Religion romaine »3. Plus tard, on nous le représente, prêchant « qu'il fallait plutôt mourir que d'avoir un pied à la messe et un pied au temple », et répétant plusieurs fois « qu'il faut sortir de Babylone »*. Faucher déclare « qu'il ne faut plus se confesser, ni communier, ni aller à la messe, ayant dit par plusieurs fois que ceux qui s'étaient communies avaient pris le Bazalic » '.

Mais les protestants furent bientôt stimulés au courage et à l'espérance. Faucher, dans la même assemblée, allirme qu'il faut avoir bon espoir, c que dans peu de jours tous les prêtres seraient massacrés, et la Religion réformée plus florissante que jamais. Lequel discours, dit un témoin, fut si fort exagéré par celui qui prêchait, que presque tous ceux de l'assemblée ne firent que pleurer et gémir pendant tout le temps de la prédication ».

Les serments prêles à haute voix et d'un seul élan, les larmes dont il nous est ici parlé, montrent assez comment de leur indignation les premiers prédicants avaient fait de l'éloquence.

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