des Mer,-., p. 49 (Douen, II
POUSSIELGLESSE .M
La jeune femme, dont nous avons déjà transcrit le nom, était fille de François Daudé, du mas de Maliestre (près de Lasalle). Mariée à un Poussielgue, de La Baume (paroisse de Peyroles, près de Saint-Jean du Gard) elle était déjà veuve en novembre 1691, quand les enquêtes de Daudé révélèrent qu'elle avait assisté dans la grotte de Houville à une assemblée de Vivent, auquel d'ailleurs elle avait, en 1G8!>. offert l'hospitalité à La Baume'. Décrétée de prise de corps, elle <t prit les bois » en même temps que Fabre. de Montredon, dont elle était la cousine germaine. Nous l'avons vue à Nîmes avec Gavanon, à l'euzière de Falguerolles avec Dumasse et les prédicants. qui l'appelaient « ma sœu r», et c'est pour la conduire encore à Nimes que Gavanon venait de risquer sa vie à Anduze. La cousine de Fabre était notée comme prédicante en octobre 1G!)2, car Daudé, qui instruitalorsleprocès de l'assemblée de la Cani de Monoblet, dirige une information s contre la Vérune et autres qui ont assisté aux assemblées faites par la nommée Poussielguesse » \ Devant l'audace criminelle de cette femme, qui priait Dieu et exhortait ses frères, La Vérune, dont pourtant la tète était mise à prix, était passé, ce jour-là. au second plan *.
La maison natale de Poussielguesse, le mas de Maliestre, situé près du chemin de Lasalle à Saint-Hippolyte, était surveillée depuis longtemps. François Daudé et sa femme, malgré leurs cinq mois de détention au fort de Saint-Hippolyte, avaient rouvert leur demeure aux prédicants. Le mari, la femme et leur plus jeune fille s'étaient risqués à porter des vivres à Vivent dans la cerclièred'Olivet. Dès les premières dénonciations d'Anne Baudoin, Daudé prit le chemin de Montpellier, d'où il passa en Suisse'. Les deux femmes restées au pays, conservèrent les traditions de la maison : le fils Puech, de Glaveirolles qui surveillait
1. Le Mém. de Régis au début de 1690, l'avait déjà signalée à Bàville comme une auxiliaire de Vivent.
S, Ecrit eu tête d'un interrogatoire de Fabre, de Montredon du S octobre 1693.
3. Nous pouvons nous tain' une idée exacte de l'instruction biblique et du langage de ces predicantes par les relations que Blanche Gamond el Jeanne Terrasson nous ont laissées île leurs tribulations en France, particulièrement aux prisons de Valence. Un juge de Grenoble dit à Bl. Gamond : « Il est impossible qu'une fille parle comme vous, car vous répondez comme un ministre ». Deux héroïnes..., p. 83. Voir des prières, pp. 65, 85, 107, 236; de la controverse, p. i76: et un sermon véritable, p. 363.
4. Un Pierre Jallaguière de Maliestre est déjà noté comme fugitif de Lasalle, en
ses voisines, sut que Gay avait été reçu chez elles (mars 1692). C'est chez elles aussi que le prédicant devait être pris.
Le 17 décembre, à six heures du matin, un détachement de neuf soldats de Villevieille, de la garnison de Lasalle, entoure le mas de Maliestre. Sur la porte, le lieutenant se heurte à Gay lui-même qu'avaient averti les aboiements du « chien de parc » (le chien de berger). Gay, sans armes, essaye vainement d'écarter l'officier qui l'a d'abord saisi par la cravate et lui appuie la pointe de l'épée à l'estomac. Dans diverses chambres sont arrêtés sans résistance : Compan qui suivait Gay, la femme de Daudé, sa fille, et la femme de Pierre Soulier, le rentier du mas. Deux a abresacs » trouvés sous le chevet du lit où avaient couché les deux fugitifs, et qui contenaient chacun une écrit oire, des livres défendus et des manuscrits, les désignaient assez pour ce qu'ils étaient ; mais, sans attendre de paraître devant un juge, ils déclarèrent au lieutenant qu'ils voulaient mourir de la religion protestante, qu'ils étaient prédicants, et qu'ils faisaient des assemblées « tous les jours, quand ils ne seraient que quatre de leurs frères ».
Les prisonniers furent emmenés à Saint-Hippolyte '. Seule, devant le subdélégué Daudé. la femme Soulier nia obstinément avoir vu les prédicants, affirmant que « si elle avait voulu avoir commerce avec ces sortes de gens, elle ne se serait point mariée ». La femme de François Daudé ne cacha pas ses convictions. Elle avait sans doute « confessé et communié à l'église de Lasalle » mais elle n'était point convertie pour cela. >c Elle ne sait à quoi Dieu l'a décrétée ; tant qu'elle sera en prison elle ne peut s'expliquer, mais pourtant elle ne peut trouver son salut dans la religion catholique, et n'en veut pas être, et prie Dieu de lui faire la grâce de mieux faire à l'avenir qu'elle n'a fait dans le passé ». Sa fille dit de même. « Elle ne veut plus retourner à l'église, Dieu ne veut pas qu'elle y aille ». En vain le subdélégué lui remontre qu'elle encourt la peine des relaps, et que les assemblées sont convoquées par des scélérats, elle répond « qu'elle ne va pas aux assemblées, qu'elle irait si elle en savait [connaissait], et que Dieu le veut ainsi et non autrement; mais que pour aller à l'église, elle ne veut plus y aller »■
Les deux prédicants nièrent avoir eu part aux meurtres des Cévennes. Gay ne savait plus rien de l'affaire de Gautier, ni de
1. C. 11-2. Dossier Gay et Corapan. Les interrogatoires îles prédicants sont du 21 décembre.
GAY ET COMPAN 53
l'assassinat de Bazars. Compan ne voulut se reconnaître aucune complicité dans l'attentat dirigé contre le vicaire de Soudorgues '. Il semble bien cependant que Gay avait guidé dans la montagne les assassins de Gautier après la mort de celui-ci, et que Compan, s'il n'était pour rien dans la blessure du vicaire, avait plus tard, de nuit, lâché un coup de pistolet contre sa fenêtre. Mais les deux hommes n'étaient plus occupés que de leur œuvre d'exhortation. Les réponses qu'ils fournirent à cet égard offrent des détails typiques sur le développement progressif des prédicateurs extraordinaires, et nous en transcrirons une partie ailleurs.
Antoine Compan, qui a assisté plusieurs fois à la messe « de quoi il est bien repentant», est fugitif depuis le mois d'octobre 1690 ' . « Ne trouvant pas son salut dans l'Eglise catholique, il l'a cherché avec les prédicants, aux assemblées. C'est obéir à Dieu ». Il s'est joint successivement aux Plan, à Lapierre, (le fusil, l'épée et le pistolet qu'il portait alors appartenaient à Lapierre lui-même). A la mort de Vivent il est demeuré seul quelques mois et en mai l(i!)^ a uni son sort à celui de Gay.
Pierre Gay, de Sumène « fugitif [depuis 1686] pour avoir prié Dieu aux assemblées » et qui a assisté à toutes celles où il a pu être, n'a jamais eu. non plus que Compan, d'armes à lui. Celles qu'il a pu porter appartenaient à Vivent, qu'il a suivi de Lasalle au Vigan. Il a accompagné Dauphiné, La Jeunesse, et quelquefois Lapierre, et il a fait la prière devant Brousson et presque tous les autres prédicants '.
Compan et lui «ont fait autant d'assemblées qu'ils ont pu, les plus fortes n'étant pas de plus de 40 ou 45 personnes ». Compan lisait la Bible, des sermons, des prières. Gay chantait les Psaumes, et prononçait des prières et des exhortations, bien qu'il ne sût ni lire, ni écrire. Les livres et les papiers contenus dans les deux havresacs saisis étaient donc à Compan. Il y avait là des copies de sa main, un sermon de Lapierre écrit par celuici, d'autres manuscrits dont Compan déclara ne pas connaître
1. Le vicaire, interrosé sur les circonstances où il a été blessé « l'ait sa déposition sans espoir d'aucune réparation ni récompense, à quoi il renoncepar exprès, et n'aurait déposé sans l'obéissance qu'il doit a la justice ».