‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 239 sur 334 · MO LES PRÉDICANTS PROTESTANTS · texte numérisé non relu

MO LES PRÉDICANTS PROTESTANTS

persécutrice, « la communion du Diable et l'empire de l'Antéchrist », ou entendre les menaces terribles qu'il brandit, au nom de la Parole de Dieu contre les infidèles, les lâches, les tièdes ou les timides. On a vu que dès 1684, il était possédé déjà de la conviction (judaïque d'ailleurs) que toute épreuve est un châtiment. La dragonnade était pour lui, religieusement, une manifestation de Injustice divine contre une Eglise déchue. Devenu pasteur, il ne devait point épargner cette affirmation à ses auditeurs. Un sermon tout entier, sur un texte d'Ezéchiel (IX, i-7) leur rappelait que Dieu détruirait « la Jérusalem mystique et idolâtre ». et que le jugement devait commencer par la maison de Dieu ' . Lors donc que Brousson faisait retentir ses appels (dont Douen a également relevé la puissance) à la repentance, à la prière, à la santijication (comme il disait et écrivait), ce n'était point seulement parce que la vérité éternelle exigeait que l'homme s'arrachât à la superstition et au mensonge, mais parce que le réveil religieux de l'Eglise de France devait être suivi nécessairement de sa libération extérieure et de son triomphe.

Xous ne retoucherons les conclusions de Douen que sur un point. Ce sera pour insister sur le caractère réaliste que revêtent, dans la prédication de Brousson, ses espérances religieuses.

Après avoir sondé les mystères des prophéties à la suite de Jurieu, Brousson s'était convaincu, dès 1688, que la résurrection des Deux Témoins tués par la Bête (Apoc, XI) marquerait le début de la ruine de Babylone. Quand la Bible serait répandue et obéie à nouveau, que des pasteurs (ou à leur défaut des prédicants) se lèveraient pour vivifier les Eglises mortes, que les vrais fidèles se consacreraient entièrement à Dieu, Dieu à son tour, par des catastrophes mystérieuses, qui pourraient s'échelonner dans le temps, écraserait de ses jugements tous les ennemis de sa gloire. La forme proprement apocalyptique de cette attente domine dès lors toute la pensée religieuse du pasteur.

La conquête de l'Angleterre, arrachée pour toujours au catholicisme par Guillaume, était un de ces rétablissements partiels qu'avait escomptés l'interprète des Ecritures. 11 attendait contre la France idolâtre une sentence pareille. En 1090, il ne déterminait plus « le jour ni l'année» de la délivrance, mais il tenait que la Babylone mystique était à la fin de son règne. En 1691, il voyait le signe «des grandes révolutions qui vont arriver

l. N il de la Manne Mystique.

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