RÉALISME APOCALYPTIQUE DE BROUSSON
dans le monde», dans «de grands tremblements de terres dont il avait eu connaissance. En 1693, la bataille de la Hougue est saluée par lui comme un avertissement de Dieu au «roi des Chaldéens mystiques». En 1694, réfugié en Suisse, il attend de Dieu « en faveur des vrais fidèles et de sa propre gloire, des merveilles si éclatantes, qu'on en fera mention de génération en génération, jusques à la fin des siècles». Son espérance conserve ses allures transcendantes : «Les terribles maux dont Dieu va accabler cette nouvelle Babylone, consumeront aussi un grand nombre de fidèles impénitents qui font profession de connaître Dieu, mais qui le désbonorent. » ' En 16!J5. ses Lettres Pastorales sur l'organisation des Eglises, contiennent des expressions analogues : « Ceux qui nous affligent ont bien sujet de craindre que s'ils ne changent de conduite, Dieu ne les frappe encore d'une manière terrible». La mortalité et la famine, dont les Nouveaux Convertis ont souffert comme les catholiques, «sont des châtiments que Dieu redoublera, si les fidèles ne changent de conduite » -. Eu 1096. sortant de France après son voyage missionnaire dans le nord de la France, il écrit de Schafïhouse à l'un de ses amis: «Les plus sages des catholique^ romains reconnaissent bien que les cruautés et les violences qu'on exerce contre tant de milliers d'innocents, attirent des malheurs sur ce royaume ; les inondations, la cherté des vivres, le dérèglement des saisons, tout leur fait peur... Mais un plus terrible lléau encore, ce sont les débordements du vice... Certainement il est bien à craindre que Dieu n'abandonne [femmes et hommes] à leurs dépravations, pour ensuite verser ses plus terribles jugements sur ce royaume ingrat et superbe» *.
Il est incontestable que la catastrophe finale qui devait, pour Brousson. réaliser ses terreurs et ses désirs, fut d'abord par lui très étroitement rattachée aux événements de la guerre européenne. Nous avons même remis en lumière, à cet égard, toute une part de son activité longtemps demeurée secrète. Mais il convient de n'assigner à des prévisons aussi précises que leur exacte place dans son attente religieuse. Même quand il prêtait le secours de son autorité, de son intelligence, et de sa plume, à des projets militaires, il remettait a la volonté souveraine de
i. Lettre aux Elus de Dieu.
2. Eu 1691 déjà, Brousson attendait comme signes précurseurs du jugement «des famines et des pestes ». Douen, II, 363.