C. 173. Dossier Bastide
-2. C. 279. « 30 octobre [1685], M. Raymond Bastide, oi-devant ministre de Florac, cl 1)"' Anne de Bénézet sa femme. En Suisse, par Genève et Lyon ». Bastide, lors de la condamnation du temple de Florac (80 août 1685. Bull. XXVI, oiS) avait été interdit, avec défense de résider à six lieues aux environs. Sa femme, à cetle époque, avait séjourne cinq mois chez Cabanis, de Cendras (dans la précédente
tombé malade d'un accès de goutte. « Son regret de quitter le royaume et sa famille lui augmentèrent son mal, et il se détermina de ne pas sortir, d'autant qu'il ne pouvait plus sortir 'comme l'exigeait l'édit], dans la quinzaine ». Et comme Bàville lui représente que les pasteurs qui n'ont pas abjuré sont punis de mort s'ils demeurent en France, il répond d'une manière plausible que c'est précisément cet article qui l'a confiné chez lui. Son seul dessein était, « s'il avait à mourir, de mourir dans son lit consolé par sa famille, ou d'attendre que le roi permit l'exercice de leur première religion ». Tandis qu'il vivait ainsi enfermé, avec sa femme, sa fille et son plus jeune garçon, ses trois autres fils étaient soldats. Deux sans doute servaient en France, mais le troisième était dans les troupes du prince d'Orange.
L'intendant en référa à la Cour. L'ordre lui vint (17 novembre) de faire le procès au ministre, et le 23 janvier 1093, Bastide fut condamné à la potence. Il avait protesté à Bàville que i son temps se passait à lire les auteurs catholiques, et qu'il avait porté ses enfants à communier à l'église ». Une supplique qu'il adressa au roi, promettant de vivre désormais dans la communion romaine, lui valut en février la remise de sa peine. Les ministres extraordinaires apparaissaient une fois de plus comme seuls capables de sauver la foi réformée.
Depuis que les Basses-Gévennes étaient fermées aux prédicants, il ne restait plus à ceux qui survivaient encore, qu'à se consacrer aux protestants de l'Aigoual ou de la Lozère, ou au contraire aux N. G. du bas pays. C'est dans la région des hautes vallées des Gardons, ou bien dans les plaines de Montpellier, de Nîmes, dans les garrigues d'Uzès, que se déroulera désormais la lutte de l'intendant contre les prédicateurs du désert.
Pour l'heure, il faut nous borner, en ce qui concerne les Hautes-Cévennes, à une simple mention. Roman, après avoir séjourné quelque temps en Suisse, était revenu dans ses montagnes. En mai(?) 1693, il prêchait dans le paillier de Sabatier, à P'ereyrettes (entre Florac et Vébron) '.
A Nîmes. Gavanon, assuré d'être roué si les soldats mettaient enfin la main sur lui, prit dès l'hiver la résolution de quitter la France, i S'étant fait, dit-il, deux assemblées dans la ville, l'une
paroisse de son mari). Bastide y avait laissé sa robe pastorale et des sermons manuscrits. On retrouva a Alais les livres et les papiers du pasteur dans deux grosses tonnes ; un sac de papiers et délivres tut saisi dans sa cachette.
1. C. 171. Dossier Laporte et Roman. Déposition du 10 mai IC'Jj. On dit «il y a deux ans ».
BROUSSON a LUSSAN :;"
que M. Lapierre fit le sermon, et l'autre La Jeunesse, il se ramassa une dizaine d'écus que l'on me bailla pour me conduire. Et le mois de mars étant venu de l'année Hi!M) [lire : 1693], j'allai à Marsillargues, et M"" Danglas me fit mettre dans une recrue que son neveu M. Périer faisait, qui était lieutenant de M. Fargon son oncle, dans le régiment de la marine qui était alors frontière des vallées du Piémont '. Arrivé à La Pérouse, je ne fis que traverser la rivière [au prix d'une désertion] pour aller rejoindre M. Arnaud, ministre vaudois, qui s'informa de tout ce qui était arrivé à M. Vivons... Peu de jours après, il me mena à Turin, où il me fit mettre dans le régiment de Mylord Duc de Schomberg pour être chantre et pour dire la prière ». L'ancien compagnon de Vivent devait se retirer plus tard en Suisse, où Antoine Court, curieux de l'histoire des premiers prédicants, dont il avait lui-même continué glorieusement l'œuvre, lui fit mettre par écrit ses souvenirs.
Pendant que La Jeunesse et Lapierre prêchaient à Nîmes, Brousson était, malgré l'hiver, aux environs d'Uzès. Le 7 décembre 1692, il donnait la Cène près de Lussan, après avoir prononcé son sermon sur le Pain de Vie2. C'est dans ce quartier (ju'il faut placer « les déserts » où, d'après lui, il ordonna et rédigea les premières sections de ses Remarques sur le Nouveau Testament d'Amelote. Convaincu, depuis l'examen minutieux qu'il avait fait à Nîmes de cette traduction catholique, qu'on y avait falsifié plus de deux cents passages importants, Brousson. en les relevant soigneusement, travaillait à l'apologie du protestantisme opprimé. Douen a relevé ce que les théories du prédicant o firent ici d'insuffisant. Ses affirmations touchant « l'inutilité des anciens manuscrits grecs » et « la divinité » du texte grec hâtivement transcrit par Erasme, font sourire aujourd'hui les chrétiens cultivés. Mais la puissance de Brousson ne lui venait pas de sa théologie. Elle était attachée à sa foi, et celle-ci se manifesta doublement en cette circonstance, dans la simplicité d'abord avec laquelle il adressa ses Remarques 3 à la
1. Les levées exlraordiiiaires nécessitées par une guerre prolongée empêchaient qu'on fût très scrupuleux sur la situation légale des soldats. On a vu que Lagarde et Abraham Ducros, fugitifs tous deux, avaient pu s'enrôler sans difliculté.
2. C. 191. n' 64 : « 7 décembre 1692, Lussan et Vaurargues [Valérargues], Seynes, Eujabian [Le Chabian], etc ».
3. Sur les Remarques, voir Douen, II, 206, -221. La Requête fut imprimée en 1697 en tête du volume des Remarques. Brousson en gardait une copie dans ses papiers, elle se trouve encore dans son dossier, C. 191. Voir L. Nègre, p. 66.
Cour, et ensuite dans l'énergie éloquente de la Requête qui leur servait de préface.
Si Brousson s'y présentait dès le début comme ayant recours encore avec une humilité profonde, tant en son nom qu'au nom de ses frères « à la clémence, à l'équité et à la piété » du roi, s'il disait à Louis XIY que Dieu l'avait couvert de vertus héroïques, et s élevé à un si haut degré de gloire et de puissance qu'il était devenu l'objet de l'étonnement et de l'admiration de tout le monde », il ne prenait acte de ses sentiments respectueux que pour éclater en justes plaintes.
Dieu veut que vous gouverniez son peuple avec douceur et équité . . . Cependant, Sire, nous avons la douleur de voir que sous le règne de Votre Majesté nous sommes abandonnés à des juges suspects et passionnés et à des troupes violentes et cruelles. . . On nous pille, on nous enlève nos enfants, on nous accable de maux, on nous disperse par toute la terre, et on conlisque tous nos biens comme si nous étions chargés de crimes, et lorsque nous voulons rendre à Dieu les hommages religieux qui lui sont dus, on nous condamne aux galères, on nous fait pendre, on nous massacre inhumainement. Dieu nous ordonne de nous assembler au nom de son Fils Jésus Christ, pour l'adorer en esprit et en vérité, pour invoquer unanimement son saint nom, pour célébrer sa gloire par le chant de ses louanges immortelles, pour méditer sa Parole et pour participer aux sacrements de son alliance. . . ; La Parole de Dieu est expresse sur ce sujet. . . et cependant Votre Majesté nous le défend. Dieu le veut et Votre Majesté ne le veut point. A qui devons-nous obéir ? Que Votre Majesté, s'il lui plaît, le juge elle-même.
Brousson ose faire retentir alors les menaces des prophètes :
Ce grand Dieu écoute nos cris et nos gémissements ; notre voix monte jusqu'à lui, notre sang crie devant son trône comme celui d'Abel, il connaît notre douleur, il voit du palais de sa gloire la dure serviture sous laquelle nous gémissons jour et nuit dans votre royaume; c'est pour cela, Sire, que sa colère est embrasée contre vos Etats, et qu'il consume continuellement votre peuple.
Et le prédicant rappelle, dans un passage que nous avons déjà transcrit, la bataille navale de la Hougue, juste vengeance de Dieu contre un royaume « devenu d'une fa^on particulière la nouvelle Chaldée ».
Les trois premières sections des Remarques1 , avec la Requête, signée « du dernier jour de l'an 1692 », furent adres-