Et non l'ouvrage entier. Voir Bull. LI, '*li
LAI'IERRB A UZÈS 59
sées par Brousson à un secrétaire d'Etat, sans doute par le courrier d'Uzès. A peine le paquet était-il fermé et envoyé, que le prédicant apprit qu'il était accusé de la mort de Lambert. Il reprit la plume pour tracer la lettre qu'on a lue plus haut. Les représailles sanglantes, il le sentait, même les mieux justifiées, nuisaient à la cause dont il était le plus célèbre défenseur. Pendant que Brousson prêchait dans le bois de Serviers, à quelques kilomètres d'Uzès, où il demeura tout un mois, Lapierre, qui était venu à son tour dans une région nouvelle pour lui, s'approcha davantage de la ville. Pierre Gorteiz, le compagnon d'Antoine Court, parlait plus tard de ce dernier prédicant comme d'un homme « qui avait fait des progrès considérables dans les études»'. Nous savons l'impression qu'il produisit alors sur un gentilhomme d'Uzès. La nuit du 17 au 18 janvier il prêcha vers 11 heures du soir, au mas de l'Escalette, « dans une maison de plaisir [appartenant au Sr Chappelier] où les honnêtes gens de la ville avaient coutume d'aller ». Le baron de Fontarèches (Rossel d'Aubarne, 51 ans), que la curiosité, peut-être plus que la piété, avait poussé a aller l'entendre, fut si violemment ému de ses appels à la repentance et à la fidélité, « qu'efi'rayé et suspendu, il tomba dans un évanouissement qui faillit le faire mourir ». Le lendemain, tout tremblant encore, il écrivait sur son livre de raison ces exclamations entrecoupées :
Laus deo religio. Gloire à Dieu. La nuit du samedi au dimanche 17e au 18e janvier 1693 j'ai vu un homme de bien et en compagnie. Tantum religio potuit suadere bonorum à Uzès. Da igitur juvamentum, Domine misericors, per Christum dominiun nostrum redemptorem lilium tuuni. Amen. Amen.
Tant est grand le nombre des gens de bien qui ont été persuadés par la religion à Uzès.
Donne-nous donc ton secours, ô maître miséricordieux, au nom du Christ notre Seigneur, notre Rédempteur, ton Fils. Amen, encore Amen -'.
1. E. Hugues, Jlist. de la restauration du Prot. en France... Antoine Court. Paris. 1875, I, p. 439.
-2. Bull. LX, 335, 338; C. 174. Iuterr. de Rossel d'Aubarne :il janv. 1693. Les premiers mois latins peuvent se traduire : ci La religion est une louange à Dieu ". Peutêtre faut-il y voir deux exclamai ions : « Louange a Dieu!», «Religion!». Les deux phrases latines qui suivent sont traduites par le baron lui-même dans ses deux derniers alinéas. On remarquera que le baron, en écrivant la contre-partie de la fameuse phrase de Lucrèce (Tantum religio potuit suadere malorum : Tant la religion peut persuader de maux) a commis un contresens. Il traduit : « le nombre des gens de bien », au lieu de : « le nombre des biens ».
00 LES PRÉDICAXTS PROTESTANTS
Une flamme de zèle, qui inquiéta Brousson par sa violence inconsidérée, passa sur la contrée. Les autorités s"alïolèrent. les fusillades reprirent. Un mois exactement après la réunion de l'Escalette, la nuit du 17 au 18 février, Brousson, après avoir expressément recommandé de ne convoquer à son culte que les réformés les plus proches, se trouva en face d'une foule qu'il évalue à 4,000 personnes, et qui était venue, dit-il, de 35 villes ou villages. De fait, le manuscrit du sermon qu'il prêcha cette nuit-là. sur le Pain de Vie, porte, écrits de sa main, avec la date de l'assemblée, 33 noms de localités diverses ' . Dans l'après-midi, une cinquantaine de Nimois avaient passé le Gardon à Moussac ; à la nuit, la Dame de Garrigues fut rencontrée à Aubussargues ; des groupes de 27 personnes à la fois vinrent d'Uzès. Entre Saint- Maurice de Gazevieille et Valence, les auditeurs s'entassèrent dans une vieille grange sans toit, appartenant au Sr de Lussan, et dans une bergerie attenante, «dont le mur était percé de petits arceaux sous lesquels on se baissait pour passer». On chanta le Psaume 6. La prédication fut interrompue par un coup de feu qu'une sentinelle tira du côté de Valence. L'auditoire se dispersa mais sans tumulte. Un médecin d'Uzès, Gabriel Billon, s'approcha de Brousson, et se nomma comme le fils d'un ancien régent de Nîmes, chez qui le prédicant avait été en pension dans son enfance. «Il ne fallait pas venir si loin, dit Brousson, je m'approcherai de vous, et d'Uzès. Je suis malade et j'ai besoin de vous ».
Un groupe considérable des assistants s'en retourna vers Uzès par Valence, et s'engagea dans le bois de Colorgues. Mais à Masgaliard étaient embusqués les soldats de M. de Gondin d'Arcy 2, qui tirèrent presque à bout portant sur une bande qui refusa de s'arrêter. Un paysan, Laurent Roure, tomba mort. Des blessés s'échappèrent3. A la fontaine du Fayet (Figaret?)
1. C. 191, n- 5t. n 17 février 1693. Valence, Brignon, Saint-Maurice [de Cazevieille], Graviers, Lascours, Moussac. Saint-Cézaire [de Gauzignan], Saint-Etienne [de
Lolm], Saint-Jean [de Ceyrargues], Saint-Hippolyte [de Caton], Brueys, riujabiaii [Le Chabian], Margna [Marignac], Aigualliers, Foussargues, Labaume, Foi>sae. Saint-Dézéri, Colorgues, Aubessargues. [Les] Gardyos. Saint-Cha[p]tes, Servies, Uzès, Nîmes, Allez [Alais], Venebres [Vezenobres], Marti[g]nargues. Yeuzet [Euzet], Montarene, Paillargues, Aureillac, Saintes-Ouilles [Sainte-Kulalie] ».
2. Que Brousson [Relat. des Merveilles, p. 56, Douen. II, 11-2) appelle « un fameux apostat, nomme Datais ». Le mas Galiard est sans doute le mas Gailard: actuellement la Gaïlarde.
:i. Armand delà Chapelle. II. -2S7, d'après des notes d'Ant. Court, indique deux morts : « André Roure. et Souleyrol, de Coulorgucs ».