Bull. LI, p. 411 {avec fac-similé
:j. « Interprétation du songe de Louis XIV imprimé dans le Mercure Galant et dans la Gazette de France du onzième de novembre 1689 ». Douen, II. 216, fc43. Douen n'a connu qu'une édition de 1706. Lu pièce à été imprimée en I6'Ji, et se trouve avec deux autres dans un recueil intitulé Pièces Pieuses, chacune des trois ayant sa pagination propre (Collection Louis r'uzierj. Klle porte à la fin la date : 14 avril 1693.
EXPLICATION ni' SONGE HF. LOUIS XIV 63
rêve du roi, qui lui avait été suggéré par ses préoccupations relatives à la guerre étrangère (une fumée sortant de la terre, qui se transforme en une armée d'hommes semblables à des forgerons, décidés à la bataille et que la terre engloutit) et par les distractions de la Cour (une forêt pleine de cerfs, devant lesquels le roi crie : Tue! tue! caria chasse est belle!) fournissait à Brousson une occasion d'accorder ses souvenirs bibliques (la fumée du puits de l'abîme) avec ses douloureuses expériences de prédicateur traqué '.
Le prédicant comptait fermement sur la défaite des armées royales. La désolation du Bas-Languedoc Fanerait dans ses espérances. 11 voyait entraîner à l'armée, sous menace de mort. les recrues désignées par les autorités. Des provinces, disait-il, au roi, étaient même entièrement dépourvues déjeunes hommes. « En quelques endroits même, on ne trouve plus de bergers ni de gens pour cultiver la terre... On fait déjà marcher par force les hommes mariés, même ceux qui sont chargés de plusieurs enfants. C'est aussi par ce moyen que les milices et le prodigieux nombre de vos recrues, ajoute-t-il, ne sont presque composés que de gens qui vont à la guerre en pleurant et en gémissant ; au lieu que vos ennemis n'ont que de bons hommes, qui les servent avec une ardeur extrême ».
Au lendemain du jour où il achevait son Interprétation du songe, il mettait au net une Lettre de consolation et d'instruction aux fidèles persécutés, dont bien des phrases rappellent la Lettre sur V impénitence, mais qui, adressée aux fidèles, et non pas dirigée contre les tièdes, est pleine d'onction et de foi2.
1. P. 18. « V. M. ii été informée que dans votre Royaume les fidèles s'assemblaient avec un grand zèle dans les bois et dans les déserts pour s'y repaître de la Parole de Dieu... et au lieu d'être touchée de leur misère et de leur piété, Bile n erie aux chasseurs qui entouraient lu forêt : Tue, tue. car lu chasse est belle, c'est-à-dire elle a plusieurs lois donné ordre a ses troupes, on dans le Poitou, ou dans le Vivarais, ou dans les Cevcnncs. ou dans le Bas-Languedoc ou ailleurs, de tirer sur le Troupeau des désolés dont il est parlé dans le Psaume JO. v. 8 et suivants... El maintenant les chasseurs courent continuellement les bois avec une Fureur inconcevable. Ils désolent inèiiie les villes et les villages... C'est pour cela. Sire, que le Ciel est tout en feu contre V. M. C'est pour cela que vos troupes qui ont été employées pour désoler l'héritage du Seigneur, qui sont souillées du sang des fidèles, et qui avec des blasphèmes horribles leur ont fait souffrir une infinité de maux et de misères, sonl noires devant Dieu comme des forgerons. VA c'est pour cela que Dieu commande maintenant à la terre d'ouvrir la bouche pour les engloutir ».
± Signée : du Disert i5 aeril. Opusc. p. Si. (Doueu. II, 19'.)). Une copie datée du « 20 de juillet 1993 (sic) », etqui n'esl pis de la main de Brousson.se trouve C. 181
avec quelques pièces analogues. Nous ne sivinb d'où elle provient.
64 LES l'RKDICANTS PROTESTANTS
Brousson leur montre la persécution redoublant contre les assemblées, la ruse s' ajoutant à la violence, selon les prédictions des prophètes, l'Eglise de Dieu délivrée en plusieurs endroits de l'Europe où elle était opprimée, mais le salut tardant encore en France à cause de ceux qui persévèrent dans leur mauvais train. Mais il attend tout de l'avenir : « Ceux qui nous affligent sont maintenant dans la joie et dans la prospérité, et nous sommes dans l'allliction et la misère. Mais au milieu de nos calamités, nous sommes bien plus heureux qu'eux. Dieu nous regarde comme son plus précieux joyau, comme les objets de son amour et de ses compassions. Mais sa colère s'embrasera bientôt contre ceux qui nous oppriment ». Un appel pressant est adressé aux cœurs pieux. Qu'ils sanctifient le jour du dimanche par un double culte de famille, qu'ils ne délaissent point les assemblées publiques où Dieu est glorifié d'une façon particulière ! '
Epuisé par ses derniers efforts, Brousson, laissant les environs d'Uzès, revint prendre quelque repos à Nîmes. Il y fut témoin des mêmes manifestations de zèle qui l'avaient accueilli dans la garrigue deux mois auparavant. Il distribua la Cène dans la ville les 8 et 24 mai'2. La plus célèbre des nouvelles prédicantes des Basses-Cévennes (sans doute Poussielguesse) l'y rejoignit en juin, et tint chaque jour, durant un mois, quatre ou cinq assemblées de 30, 40 et 50 personnes chacune, « jusqu'à ce que, étant accablée de fatigue, et la foule la suivant dans les rues, elle fut obligée de sortir de la ville » \
Ailleurs les autres compagnons agissaient, depuis le printemps, avec le même éclat. Nous avons nommé au début de 1693, à côté de Brousson, Lapierre et David Gazan (La Jeunesse); nous connaissons Paul Colognac (Dauphiné), Papus (La Bouvière), Pierre Plan, Laporte, Roman, Pourtal (Henri), Carrière (ce dernier désigné expressément par Colognac comme « prêchant »), Julien (La Pose) et Olivier. Nous ne pourrons
1. Peut-être faut-il dater de l'été de 1693 une Lettre aux fidèles persécutés à l'occasion des Sainte* Assemblées, a-.se/ courte, ou Brousson piaule la nécessité du culte
public (Opusc. 194). Il est possible cependant qu'elle ail êlê écrite en Hollande en 1696 ou 1697.
2. C. 11*1. Sermon sur le Pain de Vie : « 8 may, Nîmes ». Sermon sur La communion du Sang de Christ (I Cor.. X. 15, 17) : « Niuics, 24 mai HVJ3 ».
3. Itcl. des .Verp., p. 50. Les cultes de Poussielguesse consistaient •■ en de fort belles prières de demi-heure ou trois quarts d'heure dans lesquelles elle faisait entrer a propos un grand nombre de passages bibliques ».
DM PRÉDICAH1 A MAKSILLARr.l'E- 05
plus désormais suivre d'aussi près que par le passé les prédicants dans leurs courses ; les arrestations sont moins fréquentes, les enquêtes moins vastes. Pendant l'été d'ailleurs, alors que les régiments levés dans un suprême effort en novembre Ui(.>2 étaient massés aux frontières. Bâvilie manqua de soldats. Quelques miliciens, à ce qu'il semble, furent même employés à grossir les troupes régulières.
Mais la Cour entendait que la répression fût d'autant plus sévère qu'elle avait moins souvent lieu de s'exercer. On mandait de Montpellier à Paris, le 23 mars, que les intendants avaient reçu l'ordre de faire un exemple des plus attacliés à leur ancienne religion. (La fusillade de Valence était peut-être déjà l'un des résultats de la nouvelle consigne i. Le jour de Pâques, disait-on [22 mars], les Nouveaux Convertis s'étaient assemblés en Vivarais, à Nîmes, à Uzès. A Saint-Hippolyte ils auraient célébré la Cène, malgré le gouverneur du Fort, au nombre de 800 hommes, avec un commandant, et le gouverneur, n'ayant pas de soldats, aurait permis aux paysans de pendre tous ceux qui leur tomberaient sous la main, surtout Le commandant1. Quelques jours plus tard, on savait qu'il ne s'était agi que d'un mouvement religieux pacifique. La ferveur des réformés d l zès s'était répandue en effet en d'autres Eglises.
A Marsillargues, le 6 mars, un prédicant prononça un sermon qui avait été composé par Brousson sur ces paroles du Cantique des Cantiques : J'étais endormie, mais mon cœur veillait, et voici la voix de mon bien- aimé i/ui heurtait (Gant. V, t). Quarante-deux personnes abjurèrent la religion romaine, et 250 prirent la Cène. Quelque temps après, dans une nouvelle assemblée. 80 Nouveaux Convertis s revinrent encore à la paix de l'Eglise ». « 11 y eut des femmes, disait une lettre, qui se sont dérobées de leurs maris pour se faire recevoir, des maris qui ont agi rde même à l'égard de leurs femmes, et lorsqu'on fait quelques assemblées de nuit, le monde est tout de feu et de zèle pour y aller »".
1. Bull. XXXIX. :;7.ï. Correspondance parisienne de In Gazettte de Harlem.
2. Pap. Court. Histoire des Martyrs (n 39), pp. 125, u-i. d'après deux lettres datées de Marsillargues, dont la première .1 été publiée par L. Nègre, p. 71. Nous dirons plus loin ce que nous pensons de ces deux documents qui nous paraissent reposer >ur des faits exacts. Dauphiné semble avoir présidé une assemblée à Marsillargues vers Piques (33 mars). •• Dans la vigne de Dumas, ou dix a douze personnes chaulèrent les Psaumes ». I.e sermon de lîrousson esl le s île la Manne Mystique. On a vu déjà que lîrousson distribuait aux autres prédicants soit des
L"élan ne fut pas moins vif aux environs de Sommières'. Une assemblée fut surprise le 1er juin près de Garrigues et de Campagne, dans la maison d'un nommé Garonne. Un soldat, voyant une femme qui se réfugiait chez elle, lui tira un coup de fusil. La malheureuse tomba, se releva, essaya à nouveau d'ouvrir sa porte, mais l'homme accourut et lui écrasa la tète à coups de crosse. « Elle véquit encore deux jours, et durant tout ce temps-là elle consola toujours son mari et sa famille, et dit des choses si pieuses que tout le monde fondait en larmes». « Quelques jours après sa mort. M. l'Intendant de Bà ville, étant à Sommières, fit venir le soldat et., se contenta de lui demander si la femme avait laissé des enfants, et ce scélérat lui ayant répondu qu'elle en avait laissé plusieurs, même des fils qui étaient déjà grands, il lui dit : « Tant pis pour toi, ces enfants pourraient bien venger la mort de leur mère, tu dois y prendre garde » *, Malgré les informations commencées, une nouvelle assemblée se tint la nuit du 20 au 21 juin à Gongénies, que quelques kilomètres seulement séparaient de Campagne. Une nouvelle information fut menée rapidement, et deux sentences de Broglie. des 22 et 2G juin, envoyèrent aux galères sept réformés. La maison de Garonne fut rasée3.
Quelques semaines plus tard, une femme disait à Nîmes que « cinq ministres (c'est ainsi qu'on commençait à appeler les prédicants) avaient mangé ensemble dans la ville, Brousson étant de la partie, lequel n'avait pris qu'un peu de pain et un verre
copies, soit les minutes tle ses propres sermons. Il semble même, autant qu'on en peut juger par les quelques cas où la vérification est possible, qu'il s'abstenait lui-même de les prêcher après qu'il les avait remis à l'un de ses compagnons. Or, d'après les dates dont il fait suivre, dans son volume, sa méditation sur les paroles de la Sulamite, il l'aurait t'ait entendre pour la dernière fuis le 13 septembre lii'.' '. Il est donc fort plausible que Dauphiné (ou un autre) ait prononcé le sermon eu question à Marsillargues le ti mars 1603. Le 5 mars, les deux consuls de Marsillargues assemblent la communauté. « sur le bruit qu'il y a beaucoup de prédicateurs qui courent d'un lieu à un autre ■■. On prend des mesures pour empêcher qu'aucun prédicant n'entre dans la ville. (Pap. Fraissmet).
1. La première lettre de Marsillargues constate le fail (L. Nègre, p. 71).