‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 27 sur 334 · BROUSSON A LA MONTAGNE DU BOUQUET · texte numérisé non relu

BROUSSON A LA MONTAGNE DU BOUQUET

trois femmes furent saisies, leur guide poursuivi à coups de feu. Le prieur de Valence fit huit prisonnières. Une quarantaine de personnes furent menées à Uzès1. Un homme, Guillaume Barjeton, de Nimes, avait les jambes encore mouillées pour avoir traversé le Gardon '.

Le 27 mars, sept des prisonniers, dont N. Sr Jean Despérandieu, David l'Evesque. Sr de Montaren. Salomon du Ban, Sr de la Crouzette étaient envoyés aux galères par Broglie\ Quant aux femmes, dont l'une au moins, une dame de Nimes (Mme de Codognan '?), avait comme Barjeton passé le Gardon à gué et mouillé le bas de sa robe, nous n'avons pas leurs noms. Brousson dit qu'elles furent enfermées au donjon de Carcassonne4.

Les enquêtes d'Uzès firent connaître l'assemblée del'Escalette, en raison de laquelle devaient être prononcées par contumace (13 juin) huit autres condamnations aux galères. L'une au moins fut plus tard exécutée contre An t. Souchon, tisserand d'Uzès. qui avait conduit Lapierre5.

Brousson poussa vers la Montagne du Bouquet. Broglie, informé de sa retraite, saisit l'occasion des pluies du printemps pour faire inspecter les cavernes de la région par seize compagnies de bourgeoisie des communautés environnantes. Le prédicant, sur ses gardes, dut abandonner ses asiles et se réfugier dans les bois. Deux jours il demeura sous les averses. « Mais le troisième jour, la pluie fut très forte, dit-il, et comme il fut contraint de passer cette nuit-là sous un rocher, il y fut toujours dans une posture extrêmement gênée, n'ayant pu de toute la nuit ni se tenir debout, ni se coucher, ni étendre tant soit peu

1. Le lieutenant Sedargues arriva à l'hôtellerie du Pont do Serviers avec un jeune homme et une jeune lille de Foissac qu'il avait arrêtés avec ses trois soldats. Aimeras, son parent, qui était la avec deux amis l'engagea à les relâcher. Il répondit qu'il l'arrêterait lui-même s'il savait qu'il vint de l'assemblée.

■2. Les interrogatoires de liillon. et de Hieu. marchand d'Uzès ("-!3, 25 février) servirent au procès de Brousson et se trouvenl dans son dossier C 191. Quelques autres sont épars C 173.

3. G. 191. Jugements. Sur David Lévéque co-seignour de Montaren, voir Historique de la Commune et du Château de Montaren. Paris, 190°3 p. 15.

'.. Armand de la Chapelle dit : à la Tour de Constance.

5. Le Sf Gabriel Rossel de Konlareche, S' d'Aubarne, par jugement définitif du 31 janvier 1695 (C. 174) en lut quitte pour trois mois d'exil loin d'Uzès el lui livres d'amende pour l'hôpital. La sentence dvi 13 juin se trouve C. 173 (Bull. XXXIV, 1X9). Vn interrogatoire de Souchon (C. 173) est du 17 sept. 1693. Sur la vie errante de Fontaréches a celte époque, sa prise, ses excuses auprès de l'evéque d'Uzès et ses démarches auprès de Iiâvillealin d'obtenir sa grâce, xoir Bull. LX. 335 el suiv.

02 LES PRÉMCANTS PROTESTANTS

ses jambes. » Le jour venu, il proposa au fidèle qui l'accompagnait d'aller jusqu'au prochain village pour s'y sécher, mais ils étaient à peine entrés dans le bois, qu'ils entendirent un détachement qui s'avançait. Les deux hommes revinrent sur leurs pas pour se réfugier contre leur rocher, et virent défiler, sur le sentier, plus de cent soldats qu'ils eurent le temps de compter. Les officiers de ces quatre compagnies conféraient entre eux pour savoir où ils chercheraient encore Brousson. Il n'était éloigné que d'un jet de pierre, au milieu de quelques rochers connus des soldats, qui étaient tous du pays, et qui avaient même des chiens avec eux. « Il se mit à genoux pour prier Dieu, et Dieu frappa d'aveuglement ses ennemis et les dissipa. »

« Brousson nous a lui-même raconté, dit l'auteur inconnu de l'« Abrégé» de sa vie', que souvent, dans de pareilles occasions, le zèle du peuple était si grand que, sans savoir où il était, on apportait des vivres qu'on laissait à tout hasard dans les bois et par les chemins, en les couvrant de quelques feuilles, dans l'espérance que la Providence lui faisant rencontrer de ces provisions, on l'empêcherait de mourir de faim».

Ces dangers effroyables ne le troublaient pas. Le 12 mars, ayant achevé de rédiger la Quatrième section de ses Remarques sur le N. T. d'Amelote, il adressa en Cour son manuscrit, avec une nouvelle Requête que nous ne connaissons pas, et qu'il suppliait très humblement le secrétaire d'Etat, avec la courtoisie la plus parfaite, de vouloir bien présenter au roi. signant le billet d'envoi de tous ses titres : « Claude Brousson, serviteur de Dieu et de N.-S. J.-C. et par sa grâce, fidèle ministre de sa parole s s.

Le 14 avril, il achevait d'écrire, en vue de l'envoyer au roi. l'explication d'un songe étrange dont celui-ci, quatre ans aupararavant, avait demandé le sens3. Le prédicant, qui disait de luimême que Dieu parfois l'étonnait par des songes et le troublait par des visions, ne doutait pas (pas plus que Louis XIV d'ailleurs i qu'un rêve bizarre ne contint une révélation divine. Le

). Bibl. du Prol.

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