C. 17-2. Dossier Couderc
3 C. 172. Dossier Gouderc.
par l'abbé du Chayla en personne se fait ouvrir la porte'. Couderc lâche deux coups de pistolet. Un coup de baïonnette le jette à terre. La lampe est éteinte, les assistants s'enfuient, l'abbé et les soldats font deux prisonniers qu'ils ramènent avec le blessé à Saint-Germain. Couderc reconnut comme lui appartenant deux pistolets, un couteau à deux pointes, une épée, et aussi des livres : la Bible et le Psautier, Vingt Sermons de Daillé, l'Abrégé des controverses et la Persévérance des saints de Drelincourt, les Saintes prières de Jacques Merlin. Des manuscrits, dont aucun ne nous est parvenu, nous intéresseraient davantage : un recueil de paroles bibliques, un cahier de prières, huit cahiers de sermons, « plusieurs chansons sur le chant de divers Psaumes » et une Relation fidèle du martyre de J.-P. Boisson proposant dit Lalemant et de Jean Dombres. Son bagage comprenait enfin, chose inattendue, un « Livret d'arithmétique ». Couderc prétendit n'avoir écrit de sa main que deux noms que portait ce dernier volume. « tout le reste lui ayant été baillé en diverses fois par Vivens pour son instruction et celle des fidèles qui voudraient en profiter ».
Couderc ne voulut pas se dire ministre, «n'en étant pas capable ». Mais il ne nia pas avoir prêché. « Il portait des armes pour se défendre, et il lui semblait que N. S. Jésus-Christ lui commandait de prêcher et de professer sa religion ». C'est à ceci que se borna sa profession de foi. Sommé de découvrir les retraites des compagnons dont la liste lui fut lue sur le récent placard, il déclara simplement avoir vu dans un bois du Vivarais Roman, et au Bas-Languedoc Laporte, qu'il avait accompagnés. Quant à Vivent, dont il parle comme s'il ignorait sa mort, il proclama avec un certain orgueil i qu'il allait souvent le visiter dans des bois ou des cavernes », et il reconnut s'être trouvé avec lui aux bois de Salièges et de Rampon lors de l'« attroupement» de 1689.
Le prédicant, grièvement blessé, fut conduit au fort d'Alais, où il fallut lui amputer le bras. Bàville, comme le porte une note du dossier, se contenta de l'envoyer à Aiguës-Mortes. Bastide apprit plus tard à Court que Couderc, à la fin de la guerre des Camisards, avait pu sortir de sa prison sur les instances de son frère Salomon, l'un des chefs des révoltés, lequel « l'avait demandé aux Puissances ». Il serait mort avant d'avoir atteint les fron-
1. Le quartier était surveillé. Le 19 août 1691 un aide-major du régiment du Chayla avait arrêté à Vieljouves un fugitif, Jacques Privât, de Blannaves, porteur de livres prohibés et de sermons manuscrits. C. 171.
GAVANON ET LA IlOUVIIiHE 13
Hères de Suisse'. Nous verrons que Couderc pendant sa captivité d'Aigues-Mortes, forma pour les Cévennes un prédicant inespéré.
Gavanon et La Rouvière, les deux compagnons de Vivent, avaient, on s'en souvient. quitté leur maître avant l'investissement de la baume de Carnoulès. Ils furent interrompus dans leur travail d'aménagement de la grotte supérieure de Panso par le premier coup de feu tiré au fond du ravin. Laissant vivres et outils, ils se glissèrent en hâte « tout le long de la hauteur de la montagne », d'où ils voyaient en dessous d'eux les soldats amassés. Une marche éperdue les mena jusqu'à Monoblet, sous les chênes verts du mas de Pascalou. où la famille Combes, depuis six ans, faisait métier Je recevoir les fugitifs. « Le mère fit d'abord monter à cheval un de ses garçons pour aller à Anduze savoir ce qui se passerait. Mais il n'y fut pas plus tôt arrivé qu'il apprit par des personnes bien intentionnées... la triste nouvelle de la mort de M. Yivens». La Rouvière et Gavanon informés à leur tour, allèrent avertir Brousson, retiré alors dans la cerclière du mas des Combes (vers Lasalle). Tandis que les deux jeunes gens demeuraient dans le quartier, Brousson descendit immédiatement au pays bas, à Calvisson et Nîmes. C'est de là qu'il envoya quelques semaines plus tard son fidèle Henri à Rieumal et au mas des Combes (début d'avril) pour savoir les conséquences des poursuites engagées, et porter ses consolations au fils Puech dont le père avait été condamné aux galères2.
Vers le mois de mai, les diverses troupes des prédicants reprirent leur activité comme par le passé. Ni la mort de Vivent et de Masbernard, ni l'arrestation de Couderc. ne les réduisirent au silence. La Jeunesse qui s'était trouvé en février à la Bécède de Bonpérier (Saint-Marcel de Foufoulhouse) alla à Nimes. Dauphiné descendit vers Sommières et Montpellier. Gay et Compan, se séparant, l'un de La Jeunesse, l'autre de Lapierre, s'associèrent pour parcourir seuls les Basses-Cévennes3.
1. Pap. Court, 17, B, 18'.). Brousson place à tort L'arrestation de Couderc avant la mort de Vivent (Rel. des Aferc., p. 31). Salomon Couderc était de Vieljouves, Un troisième frère, Jacques, devint Camisard sous le nom de Lafleur, ou I.atlt'urette. Nous ne savons si Pierre Barrafort el Charles Saunier, arrêtés avec le prédicant furent condamnés.
2. Relations de Gavanon (Pap. Court, 17, B, el 17, B.). Interrog. de Puech tils. du mas de Claveirolles (Lasalle). C. 17-2.
3. En mars. Gay apparaît seul a Claveirolles, ou il vient contribuer au déplaisirs du Bis Puech.
14 LES rRÉDICAXTS PROTESTANTS
Les trois frères Plan étaient restés autour de l'Aigoual. Ils furent surpris le 1er juin, après une assemblée, près du hameau de Figueyrolles, au-dessus de la rive gauche de l'Hérault, à trois kilomètres en aval de Valleraugue. Jean Avid, lieutenant de la compagnie de milices de Valleraugue, rencontré au Mazel par le consul du lieu et averti par lui du culte, réunit seize soldats de la paroisse de La Rouvière, les joignit à ceux qui lui vinrent de Valleraugue même, et à dis heures du soir investit la jasse qui lui avait été signalée comme la retraite des suspects1. Deux hommes d'abord s'en échappent2. Paul Plan parait à la porte de la bergerie et crie : « Qui va là ? i> — « Ami ! » répond le lieutenant. Le prédicant répond par un coup de fusil et s'enfuit à son tour. L'oflicier et le tambour La Violette ripostent, et se lancent après lui. Plan, que les coups de feu ont manqué, se retourne vers le tambour : « Attends ! attends ! dit-il, il ne faut mourir qu'une fois ! » Mais c'est en vain qu'il décharge son pistolet. La Violette l'abat d'une nouvelle balle. Il se relève, retombe, et les soldats le saisissent.
La jasse est cernée. On menace les assiégés d'y mettre le feu s'ils ne se rendent. Mais elle ne renferme plus qu'Etienne Plan, qui demande quartier. Les soldats trouvent dans la bergerie des vivres, un pistolet chargé et un canon de fusil, une lampe, un manteau qui fermait une petite fenêtre regardant vers le chemin royal de Bonpérier, enfin une Bible, un Psautier, et quelques feuillets d'écriture.
Le lendemain, à Valleraugue, Daudé, venu du Vigan, demandait à Valdeyron et au cadet Ducros (amenés du fort de Saint- Hippolyte) et à Gervais, ancien valet de Bagars, de répéter ce qu'ils savaient du meurtre du consul de Lasalle. Valdeyron chargea sans scrupule ses anciens compagnons3. Paul Plan avait su le projet, Etienne avait été de l'entreprise ; il avait
1. C. l'i. Dossier Etienne et Paul Plan. C'était la jasse de Jeanjean. de Figueyrolles. Gaubert (Pop. Court. 17. B. 174 bis), prétend que les prédicants furent livrés par Jean Tourneille (?) de Taleyrac. ■ Une femme de Valleraugue. Sanguinédessc [fém. de Sanguinéde]. contribua â les vendre. Le mari étant au lit. entendit ce qu"on [elle] disait».
t. Sans doute Pierre Plan, et Rey de Massevaque.
3. Mais il tint à s'innocenter lui-même. Dans cette déposition du 2 juin, corrigeant son témoignage du 26 février, il prétend connaître les circonstances du guet-apens du Mercou par Cévennes, qui aurait été de l'affaire, au lieu que lui, Valdeyron, serait resté à Pomaret avec Vivent. La substitution tardive, par Valdeyron, du nom de Cévennes au sien propre, s'explique par la crainte qu'il éprouve de voir s'évanouir les promesses qui lui ont été faites à Alais.