I Hois, XVII, 10. C. 17:î. Dossier Guion
i. L. Nègre, p. 16'.). (D'après C. 191). Les signalements îles deux predicants, sur le nouveau placard, sont à peu prés pareils a ceux de l'affiche de mars lfiW. Brousson seulement y est dit « maigre », ce qui s'explique par sa récente maladie.
:t. Opate., p. HH. (Douen, II, ils. voir aussi Jlull. VII, a).
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nettement apocalyptique. Il parle des châtiments qui menacent la France infidèle dans les termes où les prophètes clamaient dans Jérusalem la venue «du jour de la vengeance».
Permettez-moi, Monseigneur, déclarait-il d'emblée, de représenter à Votre Grandeur avec une humilité profonde, et dans la nécessité d'une légitime défense, que je ne puis pas vous reconnaître pour mon juge, parce que depuis l'abolition des Edits. . . nous sommes privés de nos juges légitimes, et traités non en personnes libres mais en esclaves. Et en effet, on dispose de nos biens, de nos enfants, et de nos vies comme si nous étions tels, quoi qu'un ne paie pas les tailles et les impôts pour être traité de la sorte.
Brousson énumère alors les crimes qui ont accompagné et suivi la Révocation, et tire de l'excès même du mal ses raisons d'espérer.
On nous Fait souffrir tous les maux, toutes les calamités, tous les tourments et tous les martyres dont les nations qui ne connaissent pas Dieu pourraient jamais nous accabler. Or par toutes ces choses on offense si visiblement la justice de Dieu, et on fait si évidemment la guerre à ce grand Dieu lui-même, qui est jaloux de sa gloire, qui est un Dieu puissant et terrible, et qui du palais de sa sainteté entend les cris et les gémissements de ceux qui soutirent pour sou saint nom, qu'il est impossible de douter qu'il n'accable de tous ses iléaux ceux qui oppriment ainsi son peuple et qui font de si grands outrages à sa majesté souveraine. . . On veut abolir la Réformation, et on ne considère pas que c'est l'ouvrage de Dieu que tous les hommes du inonde ne sauraient détruire. . . Je l'ai dit plusieurs fois, Monseigneur, et je le dis encore. Que la Cour cherche tous les expédients que la plus fine politique saurait inventer; elle n'en trouvera point de plus assuré pour le salut, le repos et la prospérité de tout le peuple, comme aussi pour le salut, la gloire et la puissance du roi, que d'achever la Réformation que Dieu a commencée dans ce royaume. Plus on s'y roidira contre Dieu, plus on y verra de funestes marques de sa colère. Plus le mal y sera long, plus se trouveront effroyables les jugements que Dieu y aura déployés et les brèches qu'il y aura faites. Et après tout cela encore on ouvrira les yeux, on achèvera de secouer le joug de Rome et du grand oppresseur de la liberté chrétienne ; on abolira les idoles et on se réformera entièrement selon la Parole de Dieu. . .
Mon dessein n'est pas, continuait-il, de causer des troubles. Votre Grandeur est assez informée que je ne fais de mal à personne, que je fais mes assemblées sans armes et comme un agneau, au milieu d'une inlinité d'ennemis armés et furieux qui cherchent continuelle-
LETTRE l>H BROUSSON A II. PICTBT 6»
nient ma vie'.... C'est pourquoi je supplie très humblement V. Grandeur de cesser enfin de persécuter on innocent et un fidèle serviteur <ie Dieu qui ne peut se dispenser <le s'acquitter <les devoirs de son ministère, et à qui vous avez pourtant déjà l'ait souffrir des misères et des calamités qui n'ont point d'exemple.
L'âme brûlante; et pieuse du prédicant en appelait enfin îles ordonnances de l'intendant, « devant le Tribunal de Dieu, Roi des rois, le souverain juge du inonde, et un juste juge ».
Quelques jours plus tard (22 juillet), revenu à son œuvre de missionnaire, il écrivait au professeur l'ictet (celui-là même auquel deux ans plus tôt il avait l'ait parvenir l'écrit séditieux destiné à Schomberg), une lettre de dix pages où il était uniquement question de publications nouvelles, qu'il jugeait utiles à son action. 11 envoyait au théologien genevois les deux dernières parties de ses Lettres aux Catholiques Romains, et le priait d'en proposer l'impression à l'éditeur qui avait déjà l'ait paraître les trois premières. Il annonçait aussi qu'il avait encore « deux ouvrages fort importants pour l'édification publique et l'avancement du règne de Dieu », les Remarques sur le iY. T. d'Amelote, et «une vingtaine de sermons composés au désert, dans des fatigues, des misères et des dangers qui n'avaient pas d'exemple encore, comme on pourrait le voir dans l'Epître qui les précéderait»2. Avec une simplicité, d'où toute vanité vulgaire est exclue, Brousson expose de quel intérêt sont ses Remarques, mais il insiste surtout sur les mérites de ses sermons, auxquels il attribue le renouveau religieux des Eglises désolées.
« Une infinité de copies de ces serinons, écrites à la main, ont été répandues de côté et d'autres, et Dieu, qui les a accompagnées de l'efficace de sa grâce, s'en est servi aussi bien que des soins continuels des autres fidèles serviteurs que son esprit a suscités extraordinairement dans cette province, pour réveiller partout le zèle du peuple, de sorte que ce pauvre peuple soupire continuellement après le rétablissement du service public qui a
t. L'information touchant l'assemblée de Valence avait révélé cependant qu'il s'y était trouvé quelques gens armés, en particulier un homme ayant un pistolet à la ceinture. Il est très probable que Brousson, dans la Foule, neles avait pas vus.
- Brousson « I ■ i dans sa lettre à Bàville que depuis longtemps il a achevé d'envoyer à la Cour ses Lettres aux catholiques romains', qu'il a expédie aussi ses Remarques sur le .Y. T. <f .ImWu/e. et aussi dix-sept de ses sermons. « afin que la Cour vit qu'il ne prêche que la pure Parole de Dieu et qu'il exhorte seulement le peuple à se convertir ». Brousson envoya également à la Cour, en 1693, sa Réfutation des erreurs contenues dans If catéchisme catholique fait i>ar te jésuite Cavisias. (Douen, II, 150).
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été interdit en France depuis huit ans, y ayant parmi ce même peuple un grand nombre de fidèles dont la constance et la piété nous remplissent de consolation » '.
Aux sermons de Brousson, à son activité, au dévouement de ses compagnons, il faut ajouter, comme un facteur important du mouvement nouveau, l'état déplorable où se trouvait alors le royaume. Ecrasée sous les impôts, épuisée par les levées de troupes, ruinée en de certaines régions par le départ des industriels ou des commerçants réformés, la France dut subir encore la famine. La récolte de 1602 avait été mauvaise, celle de 1693 fut pire ". «On périssait de misère au bruit des Te Deuni ». Fénelon, dans la lettre célèbre qu'il écrivit alors pour soulager sa conscience et celle des « gens de bien » ', peignait la France entière « comme un grand hôpital désolé, et sans provision ». Le pays ne poursuivait qu'avec effort une guerre qui durait depuis cinq ans. Les alliés ligués contre le roi avaient été défaits k Fleuras (1690), à Steinkerque (1(»92), ils allaient l'être encore en Flandre, à Nerwinden (29 juillet lt>93) et en Piémont, k la Marsaille. où Schomberg devait périr (4 octobre), mais les armées ennemies se reformaient toujours. Où étaient les premières campagnes du règne, qui avaient donné k Louis XIV presque sans bataille la Flandre et la Franche-Comté ? La déroute k La Hougue de la (lotte française jusque là maîtresse de la mer, l'invasion du Dauphiné k travers une frontière encore inviolée, étaient des événements graves. Brousson n'était que l'écho de la voix populaire quand il montrait k son prince tous les autres peuples soulevés « afin qu'ils engloutissent ses grandes armées et qu'ils dévorent ses Etats ».
Les protestants français, d'ailleurs, comme l'avait constaté Yauban dans son premier Mémoire, qu'il avait vainement repris en 1(>92 avec de nouvelles observations '. appelaient toujours de leurs prières la victoire de Guillaume d'Orange. Bien qu'ils fussent demeurés silencieux devant la proclamation de Schomberg k Embrun, le maréchal se persuadait que la guerre, qu'il importait de terminer, ne prendrait lin que lors-
1. La lettre a été publiée intégralement. L. Nègre, p. 170. d'après les Pap. (lourt, 17, A.
2. On a prétendu qu'il mourut a Paris, en 1693, 96,000 personnes.
'A. Mais «pu semble bien n'avoir jamais été présenléc directement an roi. Voir Bail. XXXIX. 114. I.a lettre est de 109'. ou 169S.