‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 34 sur 334 · Douen, II. Î · texte numérisé non relu

Douen, II. Î

-2. C. 17'.. Dossier Laporte. 11 y a < trois ans et demi ». te H février 1696.

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répondre aux attaques de leurs détracteurs. Paul Colognac avait copié pour son édification et pour sa justification, les premières pages d'un savant traité, qu'il ne peut être un instant question de lui attribuer, et qui. en raison des lectures qu'il suppose, n'est pas non plus l'ouvrage de Brousson. La pièce est intitulée : Justification des pasteurs extraordinaires. Qu'ils peuvent prêcher la Parole de Dieu. L'auteur y allègue, dans îles références inscrites au bas des pages, et que Colognac a transcrites sans les comprendre toujours, Théodoret. Sozomène. Butin, Augustin (De doctrina Christiana), le pape Anastase. Tosta, évèque d'Avila en ses Commentaires sur les Xombres. Tant d'auteurs divers lui servent à établir qu'il n'y a pas lieu d'être surpris « qu'un troupeau sans pasteur élise à la charge du Saint Ministère quelqu'un pour son service, et qu'en vertu de la vocation qu'on reçoit de cette Eglise on s'érige en pasteur»'. Sans peut-être suspecter la vocation de Brousson. d'autres ministres mettaient en doute, à ce qu'il semble, les résultats de ses efibrts. Ceux-ci gardaient les yeux fixés sur le royaume, et attendaient, pour y revenir, que l'heure fût propice. Comme Klie Benoit en 1088, ils demandaient à constater le relèvement des troupeaux apostats avant de leur apporter la Parole de vie. Quelques esprits bouillonnants prenaient à tâche d'exciter le zèle de ces pasteurs attiédis, de répandre les nouvelles favorables, mais sans pour cela montrer l'exemple du sacrifice. C'est sous ce jour que nous croyons pouvoir nous représenter Modenx, l'ancien pasteur de Marsillargues. dont nous avons entendu déjà les éloquentes exclamations. Au printemps de lli'.i:! on colporta à Genève ou à Lausanne une lettre du 18 mars. « écrite par un particulier de Marsillargues. à ses enfants qui étaient dans le pays étranger «. a L'âme toute pâmée de joie et pénétrée de l'amour divin », il y dépeignait les émotions profondes qu'il avait ressenties dans une assemblée tenue le li mars, et où 42 personnes, dont lui-mèine, avaient promis à Dieu de lui être fidèles jusqu'au dernier soupir de leur vie. Il décrivait la façon régulière et traditionnelle dont le culte avait été célébré, puis le service de Sainte-Cène qui l'avait suivi, et protestait que désormais, avee ceux qui s'étaient relevés, « ils

I. Dossier Colognac. C. 173. L'auteur <lil : «Vous n'avez donc pas bien consulte ni L'Ecriture, ni les Pères, ni cos propres docteurs». Le traite est donc dirigé contre les catholiques. Il est possible par conséquent qu'il soit extrait d'un ouvrage de controverse déjà imprime au XVU" siècle, qu'un ami des prédicants leur aurait communiqué.

LETTRES COLPORTEES PAU MODENX lit

iraient grossir leurs Saintes Assemblées quand il devrait leur en coûter les biens et la vie ».

« Apprenez à notre ancien pasteur, M. Modenx, disait-il, que la moitié de son cher troupeau est par la grâce de Dieu, relevé, et que le reste ne tardera pas longtemps. Les Eglises d'Uzès, de Nîmes, de Sommières. etc. ont participé au même bonheur que nous et se sont relevées. Nos ennemis ont beau dire et beau l'aire, l'Esprit divin a eu pitié de nous et s'est emparé de nos âmes. Aussi les plus éclairés de nos adversaires sont déjà confus de leur procédé diabolique, et ils commencent de convenir que la vraie religion doit être persuadée et non forcée »'.

« Cette lettre ayant été lue par plusieurs pasteurs réfugiés, poursuit Antoine Court qui nous l'a conservée, ils la crurent supposée, et écrite dans le dessein de les engager à retourner dans le royaume. » Une seconde lettre fut bientôt connue, dans laquelle l'auteur de la première s'indignait d'une pareille supposition, c Ouoi ! M. Modenx aurait-il aussi mauvaise opinion de moi que de me croire capable d'écrire des choses qui ne fussent pas véritables! J'aimerais mieux être enterré tout vif que d'écrire des faussetés. Ce que j'ai écrit, je l'ai fait L'âme pénétrée d'une grande joye, et en écrivant j'étais couverte (sic) de mes larmes. » Depuis les précédentes nouvelles, quatre prédications avaient eu lieu aux environs de Marsillargues ; après l'une d'elles, 86 personnes avaient abjuré. Ailleurs. 110 étaient revenues à Dieu en une seule réception solennelle. « Après ces choses, mon silence ne serait-il pas criminel? Et si je ne m'en réjouissais, ne serais-je pas coupable ? Oh! si les anges se réjouissent pour la conversion d'un seul pécheur, quelle ne sera pas leur joie pour la conversion d'une si prodigieuse multitude de pécheurs repentants! Lorsqu'on nous reçoit, nous promettons de soull'rir toutes choses et la mort même, si Dieu nous y appelle, plutôt que de sortir jamais plus de l'Eglise du Seigneur » '.

Il est délicat, devant des effusions pieuses, de discuter leur spontanéité. Néanmoins, bien que les deux lettres contiennent îles faits précis, qui répondent à ce que nous constatons par ailleurs de la situation du Bas-Languedoc au moment où elles ont été répandues, bien que leur allégresse en particulier s'accorde avec les transports du baron de Fontarèche, nous ne pouvons

l. Piip. t:,mrt. Wsl.des Martyrs, m 39, pp. 133, lis (I.. Nègre, [>. 71).

•2. ibid. Voir plus haut 1rs phrases qui terminent la Lettre : 'Dans cette Bglise il v eut îles femmes .. ».

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nous défendre d'un soupçon. Les lettres sont conçues comme des documents purement édifiants. Il est étrange qu'un Nouveau Converti de Marsillargues ait pu écrire à sa famille sans tracer un seul mot personnel et direct pour ses proches, et qu'il ait pu dire que « depuis liuitansil n'a pu se trouver dans une assemblée où il y eût des pasteurs 8 puisque au moins Bringuier, Serein et Gazau (La Jeunesse) avaient parcouru cette région. On peut également s'étonner qu'un homme (ou une femme) qui vient de jurer d'être fidèle jusqu'à la mort, et qui y insiste, ne fasse pas la moindre allusion aux dangers qui menacent les réformés de France, et spécialement à la fusillade de Colorgues qui a eu lieu un mois auparavant.

Mais surtout le nom de Modenx est particulièrement suggestif. et sa présence sur la première lettre a bien pu fournir aux pasteurs de Suisse la meilleure raison de leur défiance. Modenx. esprit passionné, mais sans profondeur, avait, en 1088. morigéné à la fois les hésitants et les ardents. 11 s'était lancé successivement contre Jurieu, contre Gaultier, contre M, de Mirmand, contre les pasteurs prêts à partir, et contre ceux qui tardaient encore, et finalement il était demeuré en Suisse, laissant Dubruc, Boisson. Bonnemère, Dautun et Durand passer la frontière sans lui. En 10915, alors que les esprits attendaient anxieusement l'issue de la campagne qui recommençait, on peut penser qu'il voulut servir une bonne cause en montrant dans le royaume le culte régulièrement célébré, les Kglises relevées, les cœurs des protestants armés d'une indomptable résolution, et les ennemis de Dieu alfolés. Il faut noter d'ailleurs un dernier point. La Suisse, après chaque campagne indécise, qui renvoyait a un avenir plus lointain les espérances du retour, s'efforçait de diriger le plus grand nombre possible de réfugiés vers l'Allemagne ou vers l'Irlande, où les appelaient le prince d'Orange ou l'Electeur. Il avait été question, comme on l'a vu, après l'échec de Schomberg dans le Dauphiné, de former de nouvelles colonies pour le printemps de 1093. Or l'un des convois organisés par Berne devait comprendre précisément, entre autres pasteurs, Modenx lui-même '.

I. lue lettre de d'Arzeliers à Mirmand, alors à La Haye (12, î-1 mai 1693). (/'«/». Court. 17. O, 1° 205) au sujet de l'émigration vers l'Irlande, l'ail mention de Modenx avec une troupe de près de 1,300 personnes. «On aura plus de vingt ministres, dont dix reçoivent [en Suisse] de grosses pensions ». « L'Etat [de Berne] esl bien aise d'en être déchargé, car la plu/ittrt avaient envtederester ». Les pastetirs du Bas-Languedoc <pii sonl nommes avec Modenx a ce propos, sont Viala (de Pons), Cauzid (de|ISoissicres), Manuel (dVzès)ct La Roche (La Roche, de Sauve? ou de La ltorlie. de .lunas ?). (Voir De Chambrier, p. 226, où manquent les mois ipie nous avons soulignés).

LKs ASSEMBLÉES ri lil.n il/Es BLAMEES

Pour retarder le départ des bandes formées, le pasteur réfugié 1'. Reboulet, publiait à Zurich, ses a Pensées sur le rétablissement des Réfugiés en France, s Nous sommes invinciblement portés à croire que pour plaider à la t'ois sa propre cause et celle .lises collègues, Modenx a embelli et orné, pour en composer les deux lettres de Marsillargues, des renseignements authentiques qui lui étaient réellement parvenus de son ancienne Eglise1.

Les lettres d'ailleurs ne changèrent point les résolutions arrêtées. Vers mai ou juin. Modenx prit la route de l'Allemagne. L'année d'après, le triste état de sa troupe, qui d'Erlangen avait poursuivi son chemin vers l'Irlande « ne donnait pas un grand désira ceux de Suisse d'entreprendre volontairement de pareils voyages « J. et Modenx ne devait pas revenir à Marsillargues.

Il nous reste enfin, après avoir mentionné les esprits hostiles aux prédicants. ceux qui les secouraient et ceux qui hésitaient devant leurs travaux, à dire un mot des hommes qui tout en applaudissant à leur œuvre, la concevait autrement. Ils auraient voulu, comme l'avait dit autrefois Modenx. que leur zèle fût plus réglé; ils craignaient que les prédicants n'en vinssent à gâter la discipline ou la doctrine elle-même ; à leur avis ils devaient renoncer aux assemblées publiques, trop dangereuses par l'animosité qu'elles entretenaient contre les Nouveaux Convertis, et se borner à la propagande individuelle. Pour s'opposer à cette conception étroite, à laquelle les protestants timorés du royaume acquiesçaient volontiers, Brousson. dans un écrit composé au désert1, avait déjà appelé l'attention de ses frères de France sur la nécessité du culte public. Ses arguments, valables pour les persécutés — et pour les persécuteurs au^si — atteignaient également les pasteurs de la Suisse. L'occasion lui fut bientôt fournie de discuter la question à Nîmes

!. Il faut ajouter que des considérations religieuses pouvaient seules, dèsor. mais, toucher 1rs autorités de la Suisse. Les démarches politiques inspirées par les réfugiés zélateurs étaient interdites, même à Genève. Cabrol avail elé expulsé delà ville (t693) sur les sollicitations du résident de France. Après avoir servi comme «commissaire de guerre» aux ordres de Schomberg, tué à la Marsaille, el avoir l'ail plusieurs voyages en Italie, il se trouvait a la lin de lii'.' '< >.m, ressources, oublie de la Hollande, de l'Angleterre el de la Suisse. (/taU- XXXVII, 176).

2, li'Ar/eliers a Mirmaiul. 17. 27 lévrier 1691. (/'op. Court, 17. (). 217. Sur Modenx ei l'émigration vers l'Irlande voir de Chambrier 221-839, 112. 318, '249. Nous ne savons où mourut Modenx.

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