‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 37 sur 334 · SO LES PRÉDICANTS PROTESTANTS · texte numérisé non relu

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vait plus à propos d'aller de famille en famille pour instruire le peuple». Brousson alléguait vainement au contraire les ordres de l'Ecriture, la grandeur de la moisson et le petit nombre des ouvriers, montrait un grand peuple qui périssait faute de pasteurs. Il valait mieux, pour lui « que ce pauvre peuple s'exposât à quelque souffrance en ce monde pour être éternellement bienheureux dans le Ciel, que de conserverie l'epos et les avantages de la terre, et d'être éternellement malheureux dans l'enfer»'. A ces arguments Guion opposa sans doute le danger auquel les assemblées publiques exposaient les pasteurs, car Brousson jugea bon de lui dire « que jusqu'à cette heure la Providence l'avait conservé. quoiqu'il eût fait plusieurs assemblées», et de lui parler « de la quantité de gens qui lui étaient atïidés : il lui offrit, en cas qu'il voulut faire comme lui, de lui donner un garçon qui le mènerait partout où il avait accoutumé d'avoir retraite ». Guion [refusa net, et Brousson, là dessus, rompit l'entretien. Guion dit même « qu'il croit que le refus qu'il lui fit, lui donna méfiance de lui ».

Il est cependant probable que le prédicant parla du ministre sans défaveur, car Guion quelques jours plus tard avait trouvé asile dans la ville, chez le protestant Bousset, mangonnier [épicier], vis-à-vis la porte de la Cathédrale. Le (î août, un soldat, passant sur la place, fut accosté par une femme qui lui désigna la maison. Elle y avait vu, dans une chambre, « un homme qu'elle croyait être Brousson, parce qu'il se cachait». Le major Darthaut, prévenu, vint se saisir du ministre. La femme de Bousset fut arrêtée avec lui, en même temps que le marchand de soie Ducamp, coupable d'avoir facilité la correspondance de Guion avec sa femme, le marchand P. Devillas (originaire de Saint-Hippolyte du Fort) qui avait introduit le pasteur chez son voisin Bousset, et la femme d'un facturier de laine, «qui avait suivi partout Guion, pendant son séjour ».

Nous venons de rappeler comment le pasteur se défendit devant Bùville, et de transcrire le récit qu'il lit de sa conférence avec Brousson, dont l'intendant n'avait rien soupçonné2. Deux jours après son premier interrogatoire, le 13 août, Guion fournit encore des réponses enveloppées, où nous retrouvons les idées diverses des pasteurs du refuge, et grâce auxquelles il

). Hclat. des Merveilles, p. .'il (L. Nègre, p. 73. Doueii, II, iiï).

2. l'n arrêt du Conseil du il lévrier 1693 avait conféré à Bàville le droit de juger lui-même dans sa province les ministres rentrés dans le royaume. C. 160.

G L'ION DEVANT BAVILLI-: Kl

pensait émouvoir son juge. Il eut cependant le courage, ensuite, de détendre Brousson.

Son dessein était | en rentrant] s'il était utile à l'Etat, de prêcher l'union, l'obéissance au roi, et la souffrance à ceux de sa religion, comme il l'a prêchée à Berne un mois avant d'en partir, ce qui lui a valu la haine de ses amis. — A lui remontré qu'il est donc venu prêcher ? — A répondu et dénié, mais s'il avait dû prêcher, il aurait prêché ainsi. Il n'a pas prêché, mais fait la prière en présence de son lils. parlant haut. — Qu'a-t-il l'ail avec Brousson ? — Il lui a dit qu'il fallait prêcher la paix et l'obéissance au roi, et il voulait le lui prouver par l'Ecriture. — Brousson n'est-il pas dans le dessein de prêcher la révolte et la sédition ? — Non, il est dans les mêmes sentiments que lui, priant toujours pour la prospérité de S. M.

Guion nous révèle alors comment Vivent était jugé dans le cercle des pasteurs de Suisse, et nous apprend en même temps que jusque là Brousson était resté, pour eux, solidaire du prédicant en compagnie duquel il avait quitté Lausanne.

Il avait pensé que Brousson était mutin et séditieux comme Vivens, et il a trouvé que c'était le contraire ; et qu'il n'a pu convenir avec Brousson de faire des assemblées à la campagne, ce qui causa leur grande altercation qui dura longtemps.

lia ville à son tour, dévoilant la cause de ses poursuites furieuses contre les prédicateurs, remontre à Guion « que Brousson n'est pas moins mutin et séditieux qu'était Vivent, puisqu'ils ont été toujours ensemble à la tète de gens armés ». Bàville et Guion avaient raison tous deux : Brousson avait été séditieux, il avait cessé de l'être. Enfin l'intendant, qui s'intéressait, comme on sait, aux problèmes théologiques, posa une dernière question :

Si Brousson est ministre ? » Et Guion de répondre : « Les uns disent oui. les autres non. Je crois qu'il ne l'est pas ».

La modération du pasteur, ses Gl ans, ses cheveux blancs, ne lui sauvèrent pas la vie. Ses théories sur la propagande individuelle ne trouvèrent pas grâce devant Bàville. plus que l'ardeur des prédicants qui voulaient des assemblées. Il est. probable qu'il fut sollicité de se faire catholique et d'envoyer une supplique au roi, comme son collègue Bastide. Brousson dit qu'il refusa d'abjurer. Le 1G septembre l'intendant, lui appliquant l'ordonnance royale, l'envoyait à la potence, après l'avoir soumis à la torture, et condamnait la femme de Bousset( Marguerite Blanque, 2N ans), à être rasée et enfermée pour le reste de ses jours. La maison du mangonnier fut démolie. Guion fut pendu à Mont-

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pellier non sur l'Esplanade, lieu ordinaire des exécutions, mais sur un des bastions de la citadelle '.

Bàville avait reproché à Guion de n'avoir pas livré Brousson: à quoi l'accusé répliqua « que cela aurait été inutile parce qu'il était persuadé que Brousson changerait de place aussitôt qu'ils se seraient séparés ». Le prédicant passa en effet de Nîmes aux environs d'Uzès.Le 8 août, il prêchait à Lussan un sermon qu'il n'a pas inséré dans son recueil de la Manne Mystique, sur Les Ennemis de la Croix du Christ. Le 27. il le répétait un peu au nord, vers le hameau de la Lèque, devant un auditoire venu de divers villages :. Entre temps il avait prêché le 12 sur L Agneau de Dieu (Jean. VI, 29). le 21 sur La Colombe mystique (Gant. II, 14), et donné la Communion le 24, après un sermon récemment achevé, qui traitait Du Souper mystique de J.-C. arec les fidèles (Apoc. III. 20). Le 28 août, il célébrait encore la Cène après un discours sur Le Refuge des pécheurs repentants (Matth.. XI, 28. 29). Le 8 septembre il répéta son sermon du Souper mystique, que suivit encore la Communion. Le 14 il prêchait sur La confiance du fidèle persécuté (Esaïe, XLI, 14). Enfin le 28 septembre, revenu vers l'endroit où avaient été poursuivis à coups de feu ses auditeurs de Valence, il parlait encore des Ennemis de la Croix 3.

Trois jours plus tard le prédicant Colognac était arrêté à Nîmes.

Le fils de l'ancien de Cros. le jeune prédicant de Boulségure. qui depuis quelques mois s'était consacré au Bas-Languedoc, y avait certainement plusieurs fois rencontré Brousson. Il nous offrira un exemple très frappant de la transformation qui s'était faite sous l'influence de ce dernier dans les pensées et dans les actes des premiers suivants de Vivent.

Au début de septembre. Colognac, que son surnom ordinaire de Dauphiné, imprimé désormais sur le placard de 1092. faisait

1. Brousson crut que Bàville avait montré a Guion la lettre qu'il avait récemment reçue de Brousson lui-même en lui demandant „"il l'approuvait. Rousset fut saisi plus lard. Le ,'i avril 1696 il est confronté avec l'interrogatoire du pasteur. ('.. 17 ;

-2. G. 191. iv 50. (Philippiens. III. 18-21) : «8 août 1693 Lussan. 17' dud. La Lèque, masages [c'est-à-dire mas divers de la plaine du Bouquet]. Pons, Vendras, Grouzet. Rochegude, la Bastide [de Goudargues] ».

:î. Iliid. « in sept Aubuss[argtics].Color[gues],Garr[igues],Montarr en], Poussae ». Pour les autres liâtes voir la Manne Mystique.

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passer parfois pour le dauphinois Roman', était probablement vers Pézenas. Quelques jours après il entrait à Montpellier en même temps que s le Cadet ». qui était de Saint-Hippolyte, et en <[ui nous devons voir celui que Colognac appelle « son homme », c'est-à-dire son compagnon ordinaire2. Avec eux se trouvait David Gazan (La Jeunesse), qui venait de partager avec Brousson l'honneur d'être une l'ois de plus mis à prix. Les trois prédicants, et un boulanger de Montpellier du nom d'Armcntier, «burent ensemble dans la cave de M. Desplans ». Dauphiné prononça ensuite « non pas un sermon, mais une espèce de remontrance », puis Colognac, Gazan et le Cadet partirent pour Mauguio. Arnieutier les y rejoignit, et les accompagna à Saint- Laurent d'Aigouze. et à Marsillargues3.

Dauphiné demeura dans le bourg une quinzaine de jours, suivi d'un jeune homme du Vivarais. Auziard dit la Roche, revenu depuis peu du Piémont et un faiseur de bas de Nîmes, Jacques Lombard, coureur d'assemblées. Le fournier Jean Rey leur donna l'hospitalité : le24 septembre la maison d'un nommé Rrousson s'ouvrait pour une petite assemblée après laquelle Dauphiné s'efforça d'apaiser une querelle de famille. Lombard conduisit le prédicant au moulin de Chrestien. vers le Pont île LuneL ; enfin, il l'amena jusqu'à Nîmes. Colognac, qui séjournait hors des murs entra, cependant dans la ville le soir du 150 septembre, pour y célébrer un culte «: dans une maison en tirant du côté de la citadelle ».

Le lendemain, Jeanne Bony, veuve du Sr Amat. ancien consul de Saint-Jean du Gard, vint encore chercher Dauphiné dans sa retraite des faubourgs, pour le conduire auprès d'un malade. Le prédicant, suivi d' Auziard, pénétra avec elle dans une maison à lui inconnue, située près du fort. Pendant qu'ils montaient les degrés, des soldats apostés les saisirent tous les trois. Les protestants Nimois ne doutèrent pas que la veuve n'eût trahi Colognac '. Le fait cependant n'est pas certain, car elle fut conduite à

t. Lettre d'un officier de la citadelle de Montpellier (ou d*un prisonnier espion?). datée <lu 8 octobre. Dossier Colognac C. 173 : « Dauphin? dit Roman était à Mauguio avec Armentier. . . ».

2. Brousson emploie la même expression en parlant de l'ourlai.

:t. Ils burent ensemble à Marsillargues » dans une maison qui est dans un cul • li- ~:h- pris celle de Valette, où il y a un lil hlanc, et où l'on monte quelques escaliers [marches] ».

i. Cest le moulin Bernard, situé sur le Vidourle, au nord de Marsillargues.

.">. A. Court, Uist. des Martyrs, écril son nom : Bogue. Brousson (Rcl. desMerv., p. 53) sans la nommer dit : « Une femme de mauvaise vie. venue de Saint-Gilles .

Si LBS PRBDIOAWTS I'KOIEsTAMs

Montpellier, y subit au moins un interrogatoire où elle nia être entrée dans la maison pour y entendre prêcher, et fut judiciairement confrontée au prédicant. Le secret que Bàville avait promis aux dénonciateurs, fut par lui gardé en celte circonstance. Il avait été. d'ailleurs, exactement informé, car le 5 octobre, jour où commença à Montpellier le procès de Dauphiné, il tenait également Lombard, de Nîmes, la femme de Rey, de Marsillargues, et le boulanger Armentier, de Montpellier. Ce dernier, enfermé à la citadelle, était surveillé de près1, une perquisition ayant fait découvrir chez lui une liasse de sermons manuscrits de Brousson. qu'Henri Pourtal y avait fait porter l'avant-veille. et qu'il se proposait d'y venir bientôt reprendre. Mais l'intérêt des juges se concentra sur Colognac".

Le prédicant, comme venaient de le faire Etienne et Paul Plan. Gay et Compati, aborda les interrogatoires parfaitement décidé à nier toute la part de violence de sa vie passée, pour ne plus revendiquer que la dignité du ministère pacifique auquel il s'était exclusivement voué depuis la mort de Vivent. Il demeure pour nous hors de doute, non seulement qu'il s'était trouvé embusqué au Col du Mercou avec cinq compagnons pour y attendre Bagars, mais que c'est lui qui, posté au plus bas de la côte, avait tué d'un coup de pistolet le consul qui fuyait. Le témoignage de Valdeyron est formel, et ce dernier n'était animé à l'égard de Golognac d'aucune animosité personnelle. D'ailleurs, comme l'observa Bàville, la déposition de Valdeyron était véritable puisque Dauphiné convint de tout ce qu'elle rapportait, sauf de ce qui touchait au meurtre. Le fait qu'un seul témoin se trouva pour répéter l'aveu de Dauphiné. qu'il avait lui-même tué l'ancien pasteur, s'explique naturellement. Après la mort du persécuteur, ceux qui avaient été de l'affaire

devenue catholique Longtemps avant iôs.'i, qui témoignait une sincère repentance de sa faute. Peut-être s'agit-il de deux femmes différentes. On aura désigné la coupable du nom de la femme arrêtée en même temps que Colognac. Le prédicant Jean Mazcl (G. 170), qui était de Saint-Jean du Gard, parle en 1690 de >;i cousine Bonye, habitant (Jzès ».

1. Il avait la jambe cassée (a la suite sans doute d'un incident de son arrestation).

2. Pour ce qui suit, voir notre discussion avec 1). Benoit. Hall. LV11I, 30o : Le meurtre du consul Louis de Bazars : et l.I\, 142, 170 : Colognac a-l-il tue Bagars ? il nous est impossible, malgré 1*. Benoît, de rien abandonner de nos affirmations. La déposition de Valdeyron est péremptoire, et trop bien élayée par d'autres témoignages pour que nous ne la tenions pas pour la simple vérité.

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voulurent tous d'abord avoir tiré sur lui' ; mais ils se préoccupèrent vite des conséquences Je leur assassinat, et n'en parlèrent plus. Il est possible même que Dauphiué ait pris de bonne heure le parti de taire sa culpabilité. Brousson se borne à dire, et on relèvera la timidité de sa défense, « qu'il n'avait pas ouï dire que Colognac eût été présent à l'action »2. Il ne s'agit donc pas ici. comme le prétend Douen.« d'un choix ;i l'aire entre l'affirmation de Bà ville et celle de Brousson ». Les dépositions sur lesquelles l'intendant s'est appuyé existent encore. L'obstination forcenée que le prédicant mit à nier son meurtre, a sa source dans le changement qui s'était produit en lui au contact de Brousson. Il ne voulut plus être, devant l'intendant, devant les réformés qui connaîtraient ses réponses ou parleraient de sa mort, qu'un prédicateur de l'Evangile mourant pour sa foi persécutée. Tel est le point de vue où il est nécessaire de se placer pour juger ses réponses, où apparaissent clairement, par instants, des paroles qui sont un écho direct de celles du nouveau maître qu'il s'était choisi. Les deux premiers interrogatoires eurent lieu le 5 octobre '.

A dit s'appeler Paul Colognac. du lieu de Gros, ménager, âgé do 23-24 ans, de la religion réformée. — Pourquoi il n'a pas lait abjuration comme les autres ? — Parce qu'il a connu que c'était le plus grand péché qu'il pût faire. — Ce qu'il a l'ait depuis la Conversion générale ? — Il a prié Dieu quand il a trouvé des fidèles. — S'il a tenu des assemblées ? — Oui, toutes les fois qu'il en a trouvé l'occasion, et il y a prêché. — Qui lui a appris à prêcher ? — Dieu lui a appris, étant dans la campagne. — Pourquoi il a prêché, n'étant pas ministre? — Il n'est pas nécessaire d'être ministre, et dans les Actes des Apôtres. Priscille et Achille ont prêché sans avoir de mission. — Pourquoi il a l'ait des assemblées ? — C'est parce que Dieu le commande ; son corps est au roi, mais sa conscience est à Dieu. — A lui remontré que Saint-Paul a dit devant le gouverneur de la Province, pour prouver son innocence, qu'il n'avait pas fait d'assemblées, ce qui marque que c'est un crime de s'assembler contre la volonté du

I. Voir par exemple les paroles que le CadetEspaze a dites a Guillaume Ducros

en lui rapportant le meurtre auquel il a assiste (G. 17 ï. Dossier l'a pus. Dé p. Ducros, 'J oct. 1693) : « Ils tirèrent plusieurs coups a Bagars ».

± Rel. des Aferc., 53, .'il.

3. Le dossier Colognac se trouve G. 173. Voir Bail. \X\. 0'.'. où les interrogatoires de Colognac sont rapportés intégralement (transcrits eu style direct), ou résumés. Les interrogatoires du 3 août, donnés par le Ilull. comme laits par Méjan, conseiller, sont cependant signés par Bàville.

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Prince1. — A dit qu'ils s'assemblaient pour prier... — Si quelqu'un lui a imposé les mains et l'a l'ait ministre? — C'a été le consentement •le ceux qui ont assisté à ses sermons ; Dieu l'a tait ministre. — S'il connaît Brousson ? — Il le connaît, c'est un honnête homme. — S'il n'était pas convenu avec Yivens de ce qu'il avait à l'aire? — Ils étaient convenus de prêcher partout la Parole de Dieu. — S'ils n'étaient pas tous sous la direction de Yivens ? — Ils étaient tous égaux ainsi que les disciples de Jésus-Christ.

Mais les réticences ont déjà commencé : Colognac a prétendu que s'il y avait des hommes armés dans les assemblées, ce n'était pas de son consentement. Il nie avoir vu Brousson depuis plus de dix mois, et La Jeunesse depuis plus de six. Mais il dit connaître « sept ou huit de ceux qui prêchent dans le royaume : Brousson, La Jeunesse, La Bouvière, [Pierre] Plan. La Pierre, La Porte, et plusieurs autres qui exhortent les iidèles. — Qui sont les autres ? — Il connaît Carrière, qui prêche. — Où était son canton pour prêcher? — Il a été de Florac au Yigan et à Uzès. — Si ce n'est pas Brousson qui gouverne? — Non. >•

Ici, Bàville, armé de la longue déposition de Yaldeyron. du 2(5 février 1692, l'interroge avec habileté sur quelques détails de son voyage avec Vivent vers le Vigan (dont Dauphiné reconnaît l'exactitude), pour en venir à l'affaire de Bagars. Le prédicant prétend n'avoir vu le consul que lorsque celui-ci était ministre à Saint-Félix.

Quelques questions sur son récent séjour à Marsillargues ne lui arrachent pas un mot qui puisse compromettre un seul de ceux qui l'ont conduit ou hébergé. « Qui lui a donné de l'argent pour subsister? — Dieu, et les fidèles. Parla prière ils lui demandent ce dont ils ont besoin. — Où sont ses hardes et son linge? — Il en a en plusieurs endroits. — Où? — Il ne le peut dire. » Il nie avoir porté régulièrement des armes (il n'en avait pas lors de son arrestation i a mais seulement quelquefois les pistolets de Yivens, ou un fusil pour tuer quelque gibier, et qui ne lui appartenait même pas ».

Le second interrogatoire, du même jour, fut consacré à l'examen des livres et des papiers saisis sur lui. Son havresac était sans doute resté aux faubourgs de Nimes, mais il était porteur

I. L'objection, empruntée à la réponse de Paul au gouverneur Félix (Actes XXIV, i'2) est remarquable, en ce qifclle montre combien Bàville était renseigné sur les questions théologiques de la « vocation ■> des pasteurs et de la soumission de l'Eglise aux puissances établies.

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«le trois volumes : un Traité du Sacrement de la Sainte-Cène un Sommaire des raisons que rendent ceux qui ne veulent participera la messe, et les Oracles de Dieu. Parmi les manuscrits, dont nous parlerons ailleurs, le juge remarqua une lettre écrite parColognacà l'un de ses coreligionnaires de Cros, le Sr Moynier, et une chanson. La chanson parlait de la « Superbe Babilon » qui quelques années auparavant :

. . . Croyait mètre à sou pouvoir Selon qu'il était son vouloir La France, aussi l'Angleterre.

La lettre à Moynier. écrite de Pézenas, débutait par des protestations contre les « calonies atroces » qui faisaient de Colognac un « murtrier » et l'accusaient de vouloir tuer Moynier lui-même. « A lui remontré, dit le procès- verbal, que ces deux dernières pièces justifient, savoir la Chanson, qu'il est un séditieux parce qu'il y a des choses contre l'Etat, et la Lettre, qu'il est de notoriété publique et de bruit général qu'il est un assassinateur. — A dénié être un séditieux ni assassinateur ».

Le lendemain. Colognac fut confronté aux interrogatoires de Compan, d'Abraham Ducros et de Valdcyron. puis mis en présence d'Anne Baudoin, de Guillaume Ducros (le frère d'Abraham), de Gervais, le valet de Bagars (qui le reconnut pour être venu à lui le dernier, du fond du valat. après avoir tiré sur son maître), et de Carbonnel, l'hôte de l'Asclier, chez qui avaient mangé, le soir même, les auteurs de l'assassinat, et qui le reconnut aussi. Il continua de démentir âprement tout ce qui concernait soit les armes qu'il avait portées, soit sa présence au Col du Mercou. Devant la Veuve Amat. deux de ses auditeurs de Marsillargues, et son compagnon Auziard. il déclara ne vouloir plus signer désormais quoi que ce fût, et ne vouloir plus rien dire : « Il ne veut point exposer ses frères et ses sœurs, et le troupeau que Dieu lui a confié, à des supplices. II a prêché où il s'est trouvé. dans les Cévennes et le Bas-Languedoc ».

Un nouvel interrogatoire du 11 octobre l'ut inutile. Le 12. devant Bàville, les questions reprirent, sur son rôle de prédicateur.

Qui l'a fait prédicant '.' — Dieu et ceux qui l'ont entendu prêcher.— Il a prêché sans mission, quoique la discipline de la B. 1'. B. le défende ? — Il a eu une mission extraordinaire dans un temps extraordinaire connue celui-ci. — Si Brousson ne lui a donné les serinons qu'il prêche ? — 11 prêche ceux de Brousson et les autres. — Si Brous-

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sou ne dirige pas tous les autres prédicants ? — Non, Brousson est un habile homme, mais ils sont tous égaux.

Pais l'intendant revient à Bagars, et les dénégations recommencent : « Il n'était pas présent à l'assassinat ». Colognac fut condamné, après cette dernière réponse, à être roué vif à Marsillargues. après avoir subi à Montpellier la question ordinaire et extraordinaire.

Le 13 au matin, sur le banc de gène, il ne lui échappa ni un nouvel aveu, ni une dénonciation. s Si La Rouvière, la Jeunesse, les Plan, Languedoc, Gay et le Cadet Espaze ne l'ont aidé à faire l'assassinat ? — Qu'il n'en sait, ni n'en veut, ni n'en doit rendre compte ». La torture ne lui mit aux lèvres que le cri: a Mon Dieu aie pitié de moi ! », et il refusa de signer le procèsverbal de question, « prétextant ses meurtrissures, et regardant cette complaisance comme inutile ». L'exécuteur le mit sur une charrette qui fut escortée du capitaine de la garnison, d'un détachement, et de onze archers. On arriva à Marsillargues à deux heures. Le curé du lieu, Vedel, demanda à monter à côté du condamné pour le préparer à la mort, mais Dauphiné ne montra, dit le prêtre, « aucun signe de bon chrétien ». L'échafaud, dressé sur la place publique, était entouré d'une double haie de soldats de bourgeoisie et de dragons du régiment de Montalet. « Le dit Colognac étant monté et déshabillé de ses habits et mis en chemise. [l']exéeuteur lui ayant dit de le pardonner, il aurait répondu qu'il le pardonnait, qu'il pardonnait aussi ses juges et ses ennemis, et le dit exécuteur, l'ayant couché de son long sur la croix de Saint- André et l'ayant attaché, l'aurait roué en ses bras, jambes et tout son corps, ainsi qu'il était porté ». Le cadavre demeura quelque temps sur l'échafaud, puis, détaché et étendu dans la charrette, «il fut apporté au lieu ordonné par Monseigneur l'intendant pour y être exposé » '.

Brousson, qui rapporte que Colognac « lui avait toujours paru fort sage, d'une vie pure et sainte, plein de zèle et de piété », sut qu'on avait laissé le supplicié « en vie, deux ou trois heures après l'avoir rompu ». « Mais, dit-il, durant tout ce temps-là il ne cessa jamais de chanter les louanges de Dieu et de dire les choses du monde les plus saintes et les plus pieuses. On assure

(. Procès-verbal de l'exécution, dans le Dossier Colognac. V ne « Histoire de raul Coulougnac surnommé Dauphiné » lut imprimée a Amsterdam, mais elle n'a pas été retrouvée. (Bull. X, 27J).

MiMtï Tir. COLOGNAC K'.l

qu'on n'avait peut-être jamais fait souffrir à aucun Fidèle, de plus grands tourments que ceux qu'on fit souffrir à ce Serviteur île Dieu, et que jamais on n'avait plus témoigné de constance etde piété qu'il en lit paraître jusqu'au dernier de ses soupirs » '. Colognac avait, dans sa Chanson, déploré d'avance sa propre mort, et tiré aussi de son supplice le seul exemple qu'il pût fournir aux protestants du Languedoc. « Des fidèles qui sont en France », disait-il naïvement, mais avec une force saisissante :

. . .La plus paît ont esté pondus ;

Et les autres ont étandus

Sur les roues les plus infâmes. . .

Mais nous, ne nous étonnons pas, Plutôt endurons le trépas En délaissant tout ce bas monde.

Nos ennemis se lasseront Quand nos soulfrances ils verront Parmy toute la terre ronde.

I. Il, l. des Merv.,p. M. Le dossier de Colognac a été déjà dépouillé par 1). Benoît. (Paul Colognac. Un Martyr cévenol. 1900).

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