BROUSSON REVENU DANS I.K CANTON DE IIEKNE 'X
Le 17 décembre I(î!K5. il arrivait à Lausanne, (peut-être avec Henri Pourtal). La Bouvière (Papus) y parvenait aussi vers la même époque. Sans doute; ils avaient fait le voyage ensemble*.
Plus de quatreans s'étaient écoulés, depuis le jour où Brousson, Vivent, Pourtal, La Rouviére et leurs amis avaient quitté la Suisse pour venir en France préparer les voies à la restauration divine du protestantisme. Quand il pensait à la mort de tant de ses compagnons, et à ses propres tribulations, Brousson fléchissait le genou. « Les merveilles que Dieu a faites en ma faveur sont si grandes et en si grand nombre que je ne saurais les exprimer. Elles font le sujet de l'étonnement de nos ennemis et l'admiration de tous les fidèles. Dieu a voulu faire voir, en me conservant si longtemps au milieu des Ilammes, et en m'en délivrant beureusement, ce qu'il sait faire en faveur de ceux qui le craignent et qui mettent en lui leur confiance. Je bénirai sans cesse son saint nom pour tous les bienfaits dont il lui a plu de me combler » ',
Brousson trouva sa récompense dans l'intérêt qu'il éveilla dès son arrivée. Le pasteur Antoine Clarion, ancien ministre do Graissessae, fixé à Lausanne avec sa femme, et qui connaissait particulièrement la femme du prédicant, était déjà « un intime ami et unique confident des voyages » du mari'. Brousson compta bientôt d'autres admirateurs parmi la foule des réfugies. Mais l'élan ne fut pas unanime, et il s'en aperçut.
I. Dans une lettre que Papus écrivit en France,cl dont il garda la minute sur lui (C. 17't. Dossier Papus), se Irouve une « route » (n\t itinéraire), qui nous apprend les étapes de son voyage : Orange, Valence, Saint-Marcellin, Voiron, Saint-Etienne, les Echelles, Chambéry, Marlioz. le Mont d&Sion. — La surveillance s'était relâchée aux frontières. Cabrol, dont nous avons si souvent prononcé le nom, et qui banni île ( ienève était retourné » eu Suisse ». passa en France en lii'.l ;. w Considérant, dit-il, que plusieurs réfugiés allaient et revenaient de Genève à Lyon sans aucun empêchement, uu mois de juillet il se hasarda d'y aller pour lâcher d'y tirer [par les banquiers] de quoi subsister en Suisse. Mais il était « noté » par la Cour <le France. Le prévôt l'arrêta... » Heureusement, dit-il. » comme son
arrêt de mort allait de Paris à Lv Dieu le délivra de sa prison par le moyen
de plusieurs draps de lit ». Cabrol était en Hollande 1e -2 février 10115, et demandait une pension aux Etats-Généraux, en rappelant qu'il avait été aux ordre-, .le MM. de Convenant et Fabrice, el qu'il avait perdu toute sa fortune en secondant des projets approuvés par le prince d'Orange. {Huit. XXXVII, 176).
-'. L. Nègre, p. 77 : Douen, II. 228. Lettre écrite de Lausanne a son cousin Abrenéthée, pasteur a Orbe, du l~i tév. 1694 (Pop, Court, 17, 10.). Brousson venait de (aire un séjour de cinq semaines a Berne.
:t. Voir Huit. XXXVI, i.'ifi. Clarion avait eu son passeport le -' nov. 1685 : « Antoine Clarion, ci devant ministre de (iresses (sic). M11 de Yi/e [Devèzc] son épouse, Antoine et Scipion.ses lils.à^es de quatre ans et demi et \ inut-deux mois. Va en Sin-vr sortant par Genève et passant par Lyon ».
S)4 LES l'RÉDICANTS PROTESTANTS
Il ne se considérait plus comme avocat, mais uniquement comme un fidèle ministre de Jésus-Christ, et son premier souci fut de faire authentiquer sa «vocation» par des corps réguliers. Il avait été, disait-il, appelé au ministère évangélique d'une manière extraordinaire, par une assemblée de fidèles du Languedoc, et consacré là par la prière de Vivent, ministre, autorisé par les pasteurs de la Hollande. Il avait rempli depuis lors toutes les fonctions d'un pasteur. Il ne demandait que la confirmation d'un fait — et offrait seulement, de surabondance , de se soumettre à un examen qui ferait reconnaître sa capacité. Il s'adressa à Berne. Les autorités accueillirent sa requête et recommandèrent à l'Académie de Lausanne de lui donner l'imposition des mains. L'Académie de Lausanne en référa à la Vénérable Compagnie de Genève, dont l'avis fut également favorable. Berne et Genève enfin emportèrent l'assentiment de la majorité des ministres de Lausanne, entre lesquels la discussion fut vive. Brousson eut avec ses collègues de la ville un entretien théologique ; il prêcha devant eux, et reçut d'eux enfin l'imposition des mains, non point à titre de consécration, mais à titre de confirmation, comme le portait sans doute l'acte authentique qui lui l'ut alors remis, et que nous n'avons plus (29 janvier- 29 mars 1094. Cette dernière date marquant sans doute le jour de la dernière cérémonie) '. A ne considérer que les circonstances extérieures, Brousson fut traité, quoi qu'il en dise, comme un proposant ordinaire. Mais l'essentiel était, pour lui. que toute son activité pastorale de France ne fût pas désavouée par les autorités constituées de l'Eglise -. Consacré publiquement à Lausanne, il était désormais pasteur reconnu, et la décision théologique prise à son égard, lui permettait en même temps de déclarer, sans contestation possible, qu'il l'avait été déjà dans le Bas-Languedoc.
L'examen qu'il eut à soutenir touchant sa doctrine, fut sévère. Il avait dû imprimer, pour garantir son impeccable orthodoxie, la Confession de foi raisonnée envoyée par lui en Cour, dès
1. Sur ces événements voir Douen, 11,2-28 et surtout MO (419), qui donne le témoignage de Brousson. Voir aux P. J. la suite des faits reconstituée d'après les documents de Lausanne et Genève. La date du 24 mars, donnée par Douen comme celle de l'imposition des mains, doit être reportée au 21».
2. Le 12 août J71S, les pasteurs de Zurich objecteront au prédicant I'. Corleiz qui vient leur demander de lui imposer les mains, que « par une consécration nouvelle toute son activité antérieure est frappée de nullité ». Corteiz se contentera de répondre «qu'il n'y a pas de danger». (Jaccard, p. 75).