‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 41 sur 334 · Voir Douen. 11. liï, l'acte dressé a cette occasion · texte numérisé non relu

Voir Douen. 11. liï, l'acte dressé a cette occasion

LA RELATION Klis MERVEIIXES 97

L'animosïté de Merlat le poursuivit jusque dans la Hollande, où quelques pasteurs, ennemis des nouveautés mal réglées, ne le considéraient pas sans méfiance, et faisaient des enquêtes sur lui. Brousson se défendit vertement, par la plume et par la parole, si bien que l'Académie de Lausanne intervint pour réconcilier les deux adversaires'.

Dans le ministre Merlat se personnifiaient, selon Brousson, toutes les objections des liommes qui « depuis quelques années s'efforçaient d'anéantir l'efficace du Saint-Esprit dans les fidèles ». La meilleure réponse à fournir aux incrédules, était de placer sous leurs yeux les résultats de l'activité pratique des prédicants de France. Brousson publia en 1G94 son Interprétation du songe de Louis XIV, sa Requête à Dieu ou Prière générale des fidèles persécutés, et aussi, nous l'avons dit, sa Confession de Foi raisonnée de ceux qui prêchent en France dans les déserts2. Mais l'ouvrage qu'il lança comme la plus éclatante justification de sa conduite et des travaux de ses compagnons, fut la Relation sommaire des merveilles que Dieu fait en France, dans les Céeennes et dans le Ras-Languedoc, pour l'instruction et la consolation de son Eglise désolée'. Ce petit livre in-18, de 03 pages, dont nous avons déjà rapporté ou discuté tant de fragments, était comme un hymne à l'honneur des humbles serviteurs par lesquels Dieu avait fait son œuvre dans le midi du royaume. A la fois d'une habilité extrême dans ce qu'il cache (Brousson ne voulait point ressusciter la querelle de l'Avis aux Réfugiés) et d'une incomparable puissance dans ce

1. Sur les détails connus du conllit : le sermon de Brousson à Rotterdam (en août): la lettre de Merlat du S septembre, et la Défense (imprimé) de Claude Hrousson, voir Douen. II, 23i, Vil, 443. Quelques notes de N. Weiss, prises sur les Registres de l'Académie de Lausanne nous apprennent que le 12 janvier 1695 on y reçut des lettres de Brousson qui se plaignait de Merlat. On désapprouve à la fois la virulence de Brousson et les attaques de Merlat. l'ne réeoneiliaton sera tentée. Le 7 mars, nouvelles lettres de Brousson à Merlat. Il est décide que Merlat écrira a Brousson. Le 2V mai. Merlat écrit a Brousson au nom du Sénat académique.

2. Les trois pièces furent réunies, la même année, en un volume intitule Pièces Pieuses.

3. .. où il est parlé de ceux que Dieu y a extraordinairement suscite; en ee dernier temps pour y prêcher l'Evangile, et du martyre qu'un grand nombre de ces fidèles serviteurs de Dieu y ont déjà souffert. Par Claude Brousson autrefois Avocat an Parlement de Toulouse el maintenant par la grâce du Seigneur, fidèle Ministre de sa Parole, qui durant plusieurs années a aussi prêché l'Evangile sous la croix dans ces pais là. — Si ceux-ci se taisent les pierres mêmes crieront. Luc. 19, 10 [figure représentant une face d'auge encadrée de ses deux ailes ouvertes]. L'an MDCLXXXXIV.

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qu'il montre, il ne donnait point, à vrai dire, de la première Eglise du désert uu tableau absolument fidèle, mais une image idéalisée, transfigurée par lepinceaud'une ardenteet saine piété. Les plus petits des prédicants y avaient leur place, et Brousson, en chantant leur gloire, affirmait aussi la sienne, sans jactance, mais fièrement. Il ne passait point sous silence le retour piteux de Dubruc. le seul pasteur régulier de 108!) ; et en racontant la discussion qu'il avait soutenue contre Guion dans la garrigue de Nîmes et la mort de celui-ci, il transcrivait le témoignage que le ministre prisonnier avait su lui rendre, à lui Brousson, que certains collègues de Guion. moins courageux que ce dernier, persistaient toujours à méconnaître.

Les dernières pages de la Relation des Merveilles (oii Brousson donnait les raisons de son départ du Languedoc), et sa Lettre aux Elus de Dieu, indiquaient nettement qu'il était sorti du royaume idolâtre, bien résolu à n'y rentrer qu'après la terrible chute de la puissance catholique. La Bouvière au contraire, qui l'avait accompagné à Lausanne, ne le suivit pas en Hollande, et ne tarda pas à repasser la frontière.

A peine arrivé en Suisse, le jeune homme s'était hâté d'écrire à ses anciens pasteurs d'Arnheim, Gabriel Mathurin et de Vernejoul1, en leur envoyant à tout hasard une lettre pour ses parents. Il pensait que ceux-ci auraient pu, depuis son départ de la Hollande, passer de Bergerac à Arnheim. pour y rejoindre la sœur et le frère qu'il y avait laissés trois ans auparavant. De Vernejoul était parti pour Hambourg, et ce fut la femme de Mathurin qui répondit pour son mari, en adressant sa lettre au pasteur Clarion « pour remettre s'il lui plaît à M. Papeus (sic) de la Yerdaugie ».

A Arnheim ce '2 janvier, vieux style [fi janvier 1694].

Je souhaite rais bien, Monsieur, que mon pauvre mari pût répondre à votre bonne et obligeante lettre, mais la divine Providence l'ayant appelé à retourner en Fiance pour prêcher sous la croix, elle a permis qu'il y ait été pris. Il partit d'ici le 35 d'août 1689 et fut pris prisonnier à Paris le 11) avril L690, où il est encore sans que j'aie jamais eu la consolation de recevoir uu de ses billets. Je bénis Dieu, Monsieur, de ce que vous ave/, eu un meilleur sort et que vous n'avez point été enveloppé dans la triste destinée du bon M. Yivens. Sa mort nous aurait beaucoup plus affligés si nous ne savions bien que toute mort îles bien aimés de l'Eternel est précieuse à ses yeux.

I. Sur Mathurin, voir Douen, I. Î19, et depuis, Bull. XX XI. -':!7. Sur Daniel de Vernejoul, voir I>. Benoît, L'Evangèliste, janvier-mars 1883.

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