PAPUS A LAUSANNE
11 me semble, Monsieur, que je vous fais trop attendre ers bonnes nouvelles que je puis vous donner de votre pieuse famille. M. votre père et M"e votre mère sont hors de France depuis près de deux ans, à la sollicitation de la reine de Danemarck. Ils sont aussi demeurés à Copenhague où l'on les envoya, et de là, ils ont mandé à votre frère et à votre sœur de les aller joindre, ce qui a été fait, et ils sont présentement tous ensemble à Copenhague, où la reine de Danemarck fait avoir soin d'eux. Pour votre frère qui était prisonnier, Dieu l'avait pris à lui 15 mois avant que M. votre père et M" votre mère sortissent de France. Vous devez vous réjouir île ce (pie Dieu l'avait choisi pour son glorieux martyr, car l'on peut dire qu'il est mort du grand froid que l'on lui lit souffrir en le conduisant de Blaye à Bordeaux presque tout nu. et ne voulant pas souffrir que l'on lui donnât des habits. Aussi mourut-il dès que l'on lui lit voir du l'eu.
.le VOUS écris ces particularités, croyant vous faire plaisir, comme vous m'en ferez beaucoup si vous m'écrivez, de me mander tout ce qu'il y a de particulier dans la mort de M. Yivens et dans ce qui vous est arrivé en France. Je ne manquerai pas d'envoyer par la première poste votre lettre à vos parents '•.
Le père de celui qui était devenu La Rouvicre. ne tarda pas. dans sa joie, à répondre de Copenhague à son fils.
Pour M. Papus de la Verdaugie, chez Monsieur Clarion, ministre réfugié à Lausanne1'.
Vous pourrez juger, mon cher lils. île la grande joie que nous avons eue d'apprendre de vos nouvelles, quand vous saurez que nous n'en attendions plus, croyant fermement que vous fussiez mort, après avoir demeuré cinq ou six ans sans rien apprendre de vous. Loué soit Dieu, de ce qu'il vous a conservé dans de si grands dangers, en vous employant heureusement à son œuvre.
I Dossier Papus, C. 174. La lettre est publiée déjà en partie dans 1). Benoît. L'Eglise sons la Croix. -> édition, p. 61. Nous Pavons divisée en paragraphes en rajeunissant l'orthographe. I.a lettre se termine ainsi : <■ Je lais vos compliments à M. Hivasson et aux autres réfugiés, qui vous en font aussi beaucoup. M. Vernejoul n'est plus iei. il est ministre a Hambourg. M. île Pirate] est eu Irlande avec sa Camille et mon fils aîné. J?aî les autres trois avec moi et ma mère aussi qui vous embrassent tous, et ma cousine De Pichol qui est aussi voire parente, qui vous embrasse. Nous VOUS souhaitons Ions mille bénédictions, et moi qui suis véritablement, Monsieur, votre 1res humble et très obéissante servante. R[achel] île Garrigue Malurin (sic). Vous m'obligerez île l'aire bien îles compliments de ma pari a M. Merlal, ministre a Lausanne : j'espère qu'il n'aura pas tout a l'ait oublié M. Malurin ni sa Kachrl ■>.
->. Dossier Papus, C. ITi. (I). Itenoit. p 63, en a publié un fragment). La lettre devait être remise a Papus par M'1 Dabyac, réfugiée a Lausanne, comme le Misent les dernières lignes.
100 LES PRKDICANTS PROTESTANTS
]I le faut bénir de votre délivrance aussi bien que de la nôtre, y ayant [nés de deux ans que nous sommes hors de prison et envoyés en ce pays ci par ordre du roi pour avoir voulu demeurer lidèles à notre Dieu. Quand nous avons été ici, votre mère et moi (car pour votre frère Lalbn, il est mort confesseur dans la maison de ville de Bordeaux, avant que nous en partissions), nous avons eu la consolation de faire venir votre frère et votre sœur qui étaient en Hollande, et nous sommes ensemble. Votre frère tâche de subsister par le moyen de la perruque, et l'on nous donne à nous de quoi subsister doucement. 11 ne nous manque que vous pour être tous réunis. J'espère donc que vous ne nous refuserez pas cette satisfaction, car nous le désirons beaucoup, surtout votre mère et moi. qui étant vieux et incommodés comme nous sommes, serions fort consolés de vous avoir auprès de nous. Et nous voudrions bien être en état de vous pouvoir envoyer de quoi faire le voyage, mais cela surpasse nos forces. Les lieux par où l'on passe en venant, fournissent d'ordinaire à cela. Pour ici, nous espérons qu'avec laide de Dieu vous pourrez y subsister avec nous pendant un temps assez considérable pour donner le loisir à trouver d'autres moyens. Dieu qui est magnifique en moyens, ne manquera pas de nous en susciter quelqu'un. Ainsi ne nous refusez pas cette consolation.
Mademoiselle Dabyac, qui est sieur de Mons' de les Junie (sic) qui loge ici avec nous, vous fera tenir notre lettre, et vous donnera le moyen de nous faire tenir votre réponse, que je vous prie de nous faire au plus tôt, et de nous avertir du temps de votre départ pour nous venir joindre, priant Dieu qu'il vous conduise et qu'il vous comble, mon très cher [lils] de ses plus précieuses bénédictions. Voire mère, votre frère et votre sœur vous font les mêmes souhaits, en vous assurant de leurs amitiés, et moi qui suis votre bon père,
La Verdaugie1 qui te prie d'assurer cette demoiselle qui te donnera la présente, qui est la sieur de Monsieur les Juuies. de nos obéissances.
A Copenhague en Danemark ce 18, ~S janvier 169t.
Cette touchante lettre ne l'ut pas remise à son destinataire en temps voulu. (Peut-être Mademoiselle Dabyac, à qui elle était adressée, avait-elle quitté Lausanne). Le 3 avril, le jeune Papus écrivit de Copenhague à Clarion lui-même, pour lui demander ce qu'était devenu son frère et si la lettre l'avait atteint '-. La Rouvière, de son côté, vers la même date, étonné, lui aussi, de ne rien recevoir, écrivit une seconde l'ois à son père, et par la
1 Les mots qui suivent, jusqu'à obéissance, comme aussi la suscription placée au haut de la lettre, sont de la main du jeune frère de Papus.
H. La lettre est au Dossier Papus.