PROCÈS DE PAPUS
contre celui d'Olivier. Mais le nom de Rouvière, ou de La Rouvière, figurait sur un certain nombre de lettres saisies sur lui, qui contenaient également des phrases dangereuses. Loys releva les paroles du jeune Papus, de Copenhague, demandant à Clarion des nouvelles de son frère « qui était avec Vivens dans les Cévennes », celles de Clarion, qui engageait son correspondant « à prendre garde à lui » ; et il s'autorisa des 2N petits billets couverts de passages de l'Ecriture, pour conclure du tout qu'il avait affaire à un prédicant. Papus plusieurs fois nia contre l'évidence, prétendit qu'à l'exception de quelques feuilles, tous les papiers dont il était porteur avaient appartenu à un sien frère, mort depuis deux mois dans le lieu du Puy de Septi, proche de Moncuq [vers Bergerac] ; enfin, par une nouvelle maladresse, il signa ses premiers interrogatoires du nom d'Olivier.
Le même jour, l'amie de La Rouvière, Suzanne Buillet, était saisie et interrogée'. Je crois, avait-elle écrit à Papus, dans une lettre du 2 novembre, que celui-ci avait trop soigneusement gardée, «je crois que vous me ferez l'honneurde m'écrire à tout le moins une fois par semaine, pour ne me voir pas privée de toute consolation... Je me repasse tous les moments du jour vos aimables conversations, c'est de quoi je fais toute ma joie, et qui me tarde beaucoup d'en pouvoir profiter une seconde fois d. Le post-scriptum où « elle assurait Monsieur Henry de tous ses respects » était plus compromettant encore. Le juge devina dans cet Henri — et avec raison — l'ancien valet de Brousson. La jeune fille, d'ailleurs, n'en voulut pas convenir, "outint qu'Olivier était un écolier en médecine, et se contenta de fournir quelques détails insignifiants sur les habitants de Montpellier que nommait sa lettre ou celles de Papus. L'instruction fut alors suspendue quelques semaines, pendant lesquelles Bàville décréta de prise de corps tous les correspondants saisissables du prisonnier.
Dès que les réformés de la ville furent informés que les preuves décisives manquaient aux juges contre le jeune prédicant, ils essayèrent de « solliciter pour lui ». Ce fut inutilement. Bàville étudia les papiers saisis, fit venir les hommes dont il avait besoin, et le 5 mars, dès la première question qui lui fut posée, Papus put comprendre qu'il était découvert. L'in-
I. De Clcrraont Lodève, àgèe de ~2i ans, ayant fait abjuration à Notre-Dame de Montpellier, nonobstant laquelle elle fait profession de la lî. 1'. R.
122 LES PRÛDICA.NTS PROTESTANTS
tendant était certain d'avoir devant lui La Rouvière, revenu de Hollande avec Vivent, complice de l'assassinat de Bagars. Le malheureux prédicant. comme Paul Plan et Colognac , avait nié obstinément tout ce qui se l'apportait au meurtre, et même ses relations avec Vivent, quand Bàville, après l'avoir vainement confronté encore avec l'interrogatoire de Valdeyron, le mit enfin en présence de Guillaume Ducros, de Lasalle, qui reconnut l'avoir vu avec Vivent; du valet de Bagars, Gervais, qui retrouva en lui l'un des assassins de son consul, « ayant donné au cadavre des coups de baïonnette, en ayant une à la main dont le manche était rompu », et enfin de Fabre, de Montredon, qui, en affirmant l'identité du prisonnier avec La Rouvière, prit sa revanche de l'insuccès de sa trahison de 16!)2 au Moulin d'Espaze.
Les âmes fidèles que Papus avait consolées, essayèrent encore de le sauver, en niant qu'il eût célébré le moindre culte, et en persistant à l'appeler Olivier ; l'issue du procès n'était pas douteuse1. La Rouvière n'avoua et son surnom et ses rapports avec Vivent que le 8 mars, dans l'interrogatoire dernier, qui précédait le prononcé du jugement, mais il pensa encore que des réticences adouciraient sa peine, et prétendit ne pas s'être embusqué au col du Mercou, étant demeuré avec Vivent à Pomaret. Bàville ne se soucia guère du rôle religieux de Papus. Quelques questions à peine abordèrent ce sujet :
a S'il a été aux assemblées ? — A celles de La Jeunesse, la dernière a été tenue dans un bois des Cévennes dont il ne sait pas le nom. 11 y a un an qu'il l'a quitté. — Comment il a subsisté? — Il avait quelque argent, qu'il a ménagé autant qu'il a pu. — S'il a prêché ? — Non, mais il a l'ait quelquefois la prière. »
Bàville en revient encore à Bagars : «S'il ne savait pas qu'on devait le tuer'.' — 11 le savait, mais il ne pouvait pas l'empêcher. » Et comme l'intendant lui remontre « qu'il devait quitter Vivens puisqu'il faisait faire des assassinats », le prédicant réplique par la phrase que nous avons transcrite ailleurs, où il rappelle que Vivent, la Bible à la main, enseignait que les méchants devaient
I. On interroge If 7 mars : Isabeau Forcade, 50 ans. «Nouvelle convertir. mais elle a toujours promis à Dieu il être de la K. Réformée.! — Jeanne Foureade, femme du nomme Villar, «Nouvelle convertie, mais ne croyant pas à la Religion catholique»: et Jean Paravisol, marchand brodeur. Les amis de La Rouvière, a -Montpellier, sont presque tous unis par des liens de pareille. Ils disent avoir connu Olivier chez liaillette.