Opu.Si-.. p. -2Si. (Doucn, II
LE PREMIER COMITÉ DE HOLLANDE I2;i
plus importantes que ce (pie je pourrais l'aire dans celui où VOUS êtes, j'irais m'exposer encore avec vous et avec tous nos antres frères el collègues, à la misère, aux fatigues et aux dangers, pour la consolation du peuple de Dieu, nonobstant les infirmités corporelles que nies fatigues précédentes m'ont attirées.
Brousson ne considérait pas l'impression de ses sermons du désert, qu'il réunit en 1C03 dans les trois volumes de la Manne Mystique1, comme l'essentiel de son oeuvre eu Hollande. S'il avait quitté le Languedoc pour les Pays-Bas, c'est qu'il savait que dans les régions de « l'Aquilon » se décidait alors l'avenir des Eglises réformées de France.
Un comité de réfugiés notables, où figuraient, entre autres. Klie Benoit et Jurieu, s'était secrètement organisé le 18 mars 1H!I4. après les premières propositions de paix que Louis XIV avait fait présenter aux Alliés par le roi de Danemarck \ Il s'agissait de négocier l'introduction, dans le traité final, d'une clause qui assurerait la liberté de conscience aux protestants du royaume.
Le roi d'Angleterre répondit à plusieurs mémoires rédigés par Jurieu et par Benoit, en demandant d'abord qu'un silence absolu fût gardé sur des démarches de ce genre. Il renouvela sans doute ses promesses de 1691, mais ce ne fut pas sans laisser entrevoir les complications croissantes de la politique européenne, et par suite les dillicultés que rencontrerait, malgré ses propres désirs, la réalisation des espérances évangéliques. Les princes d'Allemagne, d'autre part, dans leur luthéranisme obstiné, continuaient à séparer la cause de leur Eglise de celle des calvinistes français.
Brousson mit tout son zèle à aplanir les obstacles. Depuis la mort de Vivent il n'avait rien fait pour assurer dans le Languedoc les succès militaires des Alliés; mais il n'avait aucunement renoncé à poursuivre diplomatiquement le triomphe d'une coalition étrangère que Dieu, à ses yeux, avait suscitée comme l'instrument de ses vengeances. Nous le trouvons eu Angleterre, en avril IG95, en relations avec Gaultier et une douzaine
l. Voir Douen, II. '.'.i, le titre complet de l'ouvrage.
J. Voir plus loin les références touchant les Comités de Hollande. Les propositions du roi oui été sans doute connues en Languedoc Le roi informe Noaillcs s le juin 1693 qu'il va les présenter. (Mt-m. de Noailles, p. '■■').
de pasteurs réfugiés '. Il insère à la fin de V Avertissement de la
Manne Mystique un nouvel appel aux fidèles de la Confession d'Augsbourg, afin qu'ils soient touchés des misères de leurs frères persécutés dans le royaume, ou dispersés en exil. Enfin il accepte de devenir à La Haye, dans la première Eglise wallonne du pays, au centre même de la vie politique de la Hollande. « ministre des nobles », ou « ministre de la société ». chargé des prédications du dimanche soir'.
Néanmoins c'était en France qu'était demeuré son cœur. Si douloureuses qu'eussent été ses dernières expériences de prédicant, il persistait à penser que le salut de l'Eglise, en définitive, viendrait d'elle-même. Si Dieu, justement irrité de l'endurcissement incroyable d'un peuple qu'il avait cependant châtié en raison de ses péchés, tardait à manifester sa miséricorde envers lui, n'était-il pas nécessaire avant tout de réveiller des âmes assoupies ? Et puisque, d'autre part, les pasteurs réguliers paraissaient abandonner à jamais leurs anciens troupeaux, ne convenait-il pas de susciter partout le ministère extraordinaire des prédicants V De cette dernière considération devaient sortir diverses Lettres Pastorales que nous mentionnerons plus loin. Si la composition en doit être reportée à 1696, on peut affirmer que dès 1093, après sa discussion avec Merlat. Brousson était fixé sur les divers points qu'elles traitent.
Le nouveau pasteur de La Haye se sentit bientôt mal à l'aise en son nouvel exil. Il était toujours suspecté par quelques ministres, en raison de ses explications mystiques de la Bible. « trop poussées ou exagérées ». et de « quelque chose d'exorbitant ». qui les choquait dans sa polémique contre Borne. Ses livres étaient longuement examinés avant de pouvoir paraître3. Il souffrait de la modération à demi résignée où il voyait les uns se complaire, ou des espérances purement politiques des autres, « qui ne comptaient que sur les moyens humains et le
1. Uoucn, II. -215. Le révérend Quick, qui causa avec Brousson » cinq bonnes heures ■•. ■• crut se trouver en compagnie de ces puritains de l'ancienne Eglise... dont la conversation roulait tout le jour sur Dieu et sur le ciel. Il se serait plutôt privé de sa nourriture quotidienne que de la lecture des Saintes Ecritures. 11 semblait être un ange sous forme humaine, et n'était satisfait d'aller au ciel qu'a la condition d'y pouvoir conduire avec lui. ses amis, ses compatriotes el étrangers ».
■2. Bull. Egl. Wall.. II, 56.
:i. Brousson écrivit des Considérations sur l'examen des livres de religion, pour se plaindre de la procédure usitée a cel égard dans les Eglises de la Hollande. Voir Douen, II. Ï46.