BROUSSON DANS LE NORD DB LA FRANCE
bras de la chair ». Il ne possédait plus à La Haye la liberté d'allures dont il avait joui dans le désert, ni l'autorité incontestée que lui avaient accordée les Nouveaux Convertis auxquels il rendait l'Evangile. Devant son auditoire de réfugiés d'élite, dans la chaire d'où devait tomber plus tard la parole majestueuse de Saurin. sous la robe pastorale qu'il revêtit quand le peintre Peter van Bronkhorst fixa son image, en un tableau un peu solennel et apprêté ', l'ancien prédicant fut pris de la nostalgie de la vie missionnaire. Il avait dit plusieurs Ibis en Languedoc, « qu'il espérait que Dieu lui ferait la grâce de l'employer à prêcher sa Parole dans d'autres lieux où elle ferait plus de fruit, et où il en recevrait plus de consolation ». Le refuge ne répondait pas à son attente. Pourquoi ne se tournerait-il pas vers des provinces a lui inconnues ? Après quatre mois de ministère régulier à La Haye, le pasteur, retournant à sa tâche aimée, rentrait en France par Sedan, sans vouloir, suivant sa coutume, recourir pour sa sûreté à une escorte de compagnons armés.
« Je ne saurais, écrivait-il à un ami le 20 septembre [1695] . vous exprimer la joie et la consolation que je sentis à l'entrée, la première fois que je fus obligé de marcher à pied, de nuit et dans les déserts, cela me remettant d'abord dans l'esprit l'idée de mes premières pérégrinations, et des grâces que Dieu m'avait d'abord accordées ».
Brousson allait consacrer près d'une année à visiter les protestants du nord du royaume, traversant successivement la Thiérache, la Picardie, la Champagne, l'Ile de France, la Normandie, le Perche, les rives de la Loire, l'Orléanais et la Beauce, le Nivernais et la Bourgogne3.
1. Le portrait de Brousson par Bronkhorst a été donné en is.'>s au musée de Nîmes par le marquis d'Arbaud Jonques. Nous ne savons d'où celui-ci le tenait, ni par conséquent comment il a été identifié. Brousson, a mi-corps, est presque de face, en perruque châtain cl en robe. Les mains potelées, et 1res tines. répondent au signalement qui lui alliché en Languedoc en 1691. Cependant il faut avouer que L'ensemble représente mal un homme désigné généralement comme « de taille moyenne et assez menue ■>. maigre, avec le ne/ grand, et le visage basané. (Sur le portrait, voir Douen, II, 349 ; Bull. VII, 3).
'. Opusc. p. 249 (Douen. IL ÎS8).
3. Voir Douen. IL 253-369. A notre connaissance, aucun détail nouveau n'a etc. depuis Douen, publié sur ce voyage. Peut-être faut-il rattacher au passage de Brousson dans la Champagne, une enquête touchant des cultes secrets, qui commence en octobre 1698 aux environs de Vitry-lé-François (A. Ile relie. />,i, aments sarleProt. n VilTy-le-François).
Vers l'époque où Brousson reprenait la vie itinérante, deux de ceux qui l'y avaient précédé, pris comme lui du désir de parcourir des contrées nouvelles, avaient quitté leurs quartiers ordinaires du Bas-Languedoc ou des Gévennes.
Lapierre, soupçonné d'avoir prêché le 10 septembre 1094 à Aigremont ', et que nous avons vu à Montpellier au « Synode » tenu à la fin de décembre, était, quelques mois plus tard, dans les montagnes du Castrais. En octobre 1693, leprédicant. qui se donnait pour « un ministre ayant reçu la main d'association de Claude Brousson » (4fi ans. clignant des yeux lorsqu'il parle, perruque châtain, taille médiocre), prêchait dans le bois du Boc de Brèzes, près de Lacaune, devant 200 personnes. Un de ses auditeurs résuma son exhortation, en rapportant sans exactitude le texte qu'il avait choisi : « L'Eternel étendra son bras pour délivrer son peuple et le peuple donnera des cris de joie ». Il était accompagné d'un « proposant », petit de taille, ies yeux noirs, maigre, les cheveux noirs abattus, qui comme lui déclarait être « du côté de Nîmes ». Tous deux censurèrent les protestants de Lacaune d'être allés à l'église, et a les confirmèrent dans leur première religion ». L'assemblée de Lacaune fut dénoncée. Barbara, le subdélégué de Castres, fit emprisonner deux hommes et trois femmes et transmit les procédures à Bàville '.
Lapierre redescendit dans le Bas-Languedoc, après avoir, à ce qu'il semble, séjourné aux environs de Bédarieux. Marc Triol, de Graissessac, qui avait entendu Fulcran Bey en 1085, et assisté comme enfant aux catéchismes que faisait alors le proposant de Nîmes, parla à Antoine Court, en 1732, du passage de « ce certain M. Lapierre», et de l'impression qu'il produisit. « Le malheur du changement était fait », « le mal était déjà pris ». Cependant « il toucha beaucoup, en représentant pourquoi on avait abandonné le bon Dieu, ce qui faisait verser beaucoup de larmes ». Nous savons déjà, par le baron de Fontarêches, avec quelle puissance Lapierre émouvait les cœurs.
Le prédicant n'était plus à Graissessac, quand David Gazan y parut à son tour (1095 ou 1090), pour moissonner où son prédécesseur avait semé. Ce « La Jeunesse », « faisait lever la main, dans les assemblées, de n'aller point à la messe. Bien que la promesse fût difficile à tenir, Triol se rendit le témoignage
1. Le fait est connu par l'interrogatoire de Pierre André (voir plus haut). Il ne reste du dossier que deux pièces. C. 173.
± C. 174. De Robert Labarthe, Hist. du Prot. dans le I/aul Languedoc, dé T685 à Tp8ff, I '2:12. Lapierre n'est pas nommé dans l'enquête.
HUM AN BLBSSÎ 12'.t
que « quoique jeune » [alors], « le bon Dieu lui avait l'ait la grâce de ne pas violer son serment ». Gazan « courait tantôt de çà, tantôt de là, jusques aux environs de Montauban ». Il devait rester dans le Haut-Languedoc jusqu'à la fin de l(i!)7 '.
Les autres prédicants n'avaient pas quitté leurs domaines habituels. Celui de Roman, d'où il ne sortait guère, s'étendait de l'Aigoual au Mont Lozère. Nous l'avons perdu de vue depuis le voyage qu'il fit à Genève après la mort de Vivent, et l'assemblée qu'il tint à Fereirettes l'année suivante (mai lt>!i:5). Il n'a marqué dans sa Relation que les circonstances les plus graves de sa vie, encore avons-nous de la peine à les dater. En 1694 il fut découvert dans un bois du Bougés, aux environs du Mijavol. Un taux frère fit marcher contre lui les deux compagnies de milices du Pont de Montvert avec l'abbé du Chayla, celle de Florac (commandée par le vicomte du Chayla). et une compagnie d'infanterie de Barre, du régiment de Chambonas. Le bois fut investi, mais Roman, prévenu à temps, en était sorti deux heures auparavant. Les soldats, furieux, firent au Mijavol « bien du ravage ».
L'année lu'J4 encore, le prédicant passa par une épreuve plus terrible.
Auprès de la montagne du Bougés, dans une nuit fort obscure, ditil, allant à l'assemblée faire les ('onctions de mon ministère, je reçus un coup de balle à la jambe, proche de la cheville, si bien que mes frères furent obligés de me transporter d'une caverne à l'autre, ce
1. Huit. XI. I. -270. reproduisant Pap. Court 17. F. f 191. Marc Triol, avec sa femme Marguerite Touren, sortit de France avant !t.;is (Rouquette, III. 156) Triol parle d'une assemblée qui se serait tenue chez Jacques Touren, qui n'était pas encore son beau-père, et a la suite de laquelle son père, et cinq autres habitants «le Graissessac furent conduits à Aiguës-Mortes, et déportés en Amérique. La maison fut rasée. Les faits se rapportent évidemment à l'année 16S7, la dernière déportation datant, au plus tard, du début de 1688. Cependant la plume mal* habile de Triol. laisserait croire que. suivant lui. l'assemblée dénoncée aurait eu lieu environ trois années » après l'arrivée dans le quartier du prédicant "La Jeuhesse», lequel aurait été déjà précède de l.apierre. et auparavant encore de Fulcran Rey. La chose parait impossible. Comme les indications de Triol sur le séjour du prédicant .. La Jeunesse d a (iraissessac. concordent avec ce que nous savons par ailleurs des courses de David Gazan en 1695 et 1697, il semble qu'il convienne d'identifier les deux personnages. Il faudrait dire alors soii que la mémoire de Triol lui a l'ait défaut, soit qu'il a prétendu exprimer autre chose que ce qu'il a écrit. Les a trois années env iron > pourraient être comptées, dans ce dernier cas. depuis le passage de Rey.
j Relation Sommaire..., p. -J'.). Le même fait est rapporte par un habitant du l'ont de Montvert </'«/). Court, Hit. f> '.S [reproduit Huit. XXXII, ils), qui le place au 2 février 1697. La date île 1697 parait fausse, car Roman rapporte son aventure avant une autre qui est antérieure a 1695. On pourrait accepter le mois et le quantième, qu'un paysan retient mieux que le millésime. Mais s'agit-il de 1693, ou île 1694 '.'
130 LBS PRHDICANTS PROTESTANTS
qui dura plus de trois mois, parce que mes ennemis faisaient jour et nuit de fort exactes recherches pour m'attraper. Outre la plaie fort dangereuse que j*a vais. Dieu m'affligea d'une lièvre maligne, eu sorte que l'on désespérait de ma guérison. Mais, par le secours du Ciel, je recouvrai ma première saute contre toute espérance. Sitôt que je me sentis un peu de force, je me lis porter d'un lieu à un autre, pour départir à mes frères le pain de vie duquel ils étaient allâmes. Plusieurs, qui m'avaient cru mort, furent fort surpris de me voir, et de joie qu'ils en avaient, je fondais en larmes. J'étais encore tout défait de visage, et ne pouvais m'appuyer sur ma jambe, ce qui m'obligea de prêcher assis pendant fort longtemps. Ma plaie demeura deux ans ouverte et il en sortit vingt et deux esquilles. Cependant j'ai été assez heureux pour ne pas rester boiteux, mais je ne pouvais pas faire une lieue à pied1.
L'anuée suivante, continue-t-il | 1695], je fus découvert dans une maison par un faux frère, qui y lit venir un détachement de soldats. Et quoique personne ne m'eût averti, je sentis néanmoins au même instant un frisson extraordinaire dans tout mon corps, et une telle inquiétude, qu'il me fut impossible de rester là plus longtemps. Ce fut comme un avertissement secret, qui me lit partir sur l'heure, contre le gré de tous les assistants. Et en effet, à peine me fus-je éloigné d'une portée de fusil, qu'en me retournant, je vis, à la faveur de la lune, tous ces soldats qui environnaient déjà la maison'-'.
Le prédicant dauphinois, nommé par les uns Monsieur Roman, désigné par les autres sous ses divers noms de guerre : Le Mercier, Le Marchand, Le Marchandou, auxquels il allait ajouter celui d' Antoine3 , était accompagné le plus souvent de Rey de Massevaque, dit Le Reynet ou Frère David. Celui-ci, qui suivait les prédicants depuis huit ou neuf ans, commençait à prêcher lui-même. Le soir du lundi de Pâques de l'année lblK> (4 avril). Roman, souffrant encore de sa blessure (un de ses auditeurs rapporte qu'il marchait en boitant, n'appuyant que la pointe du pied), célébra un culte au-dessus de Saïgas (près de Vébron), «au Grand Castanet, dans la claie de Claude Lapise». Le valet d'un capitaine au régiment de Castres, en garnison à Vébron, mis en éveil par un mot de l'hôte du Pont de Saïgas, Annibal Thérond, avertit le prieur Ranchin. Quelques jours
1. Hélât. Sommaire, p. ~2lJ. Il est parlé, dans dos informations de 1695, de deux assemblées de Roman, tenues, l'une en 1693 ou 1694 au Bois Noir, sur l'Aigoual, l'autre, sur la tiu de 169'i, « le loii£ d'un ruisseau, entre les Curières et Mijavol (pics île Cassa;; nas)>'. C'est sans doute vers l'époque de la dernière que le prédicant fut blesse. C. 174.
-2. Relat. Sommaire..., p. 31.
:i. D'après un témoignage du 38 janvier 1698. G. 178.
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plus tard, douze prisonniers étaient conduits au fort de Saint- Hippolyte'. Pendant que le procès suivait son cours. Roman passait sur la Gain de l'Hospitalet, revenait le lrr mai prêcher « avec un autre » à L'Aigoual, et se retirait vers Meyrueis. Une assemblée qu'il convoqua près de Campis, au valat des Grallets (2°-mai). put se dissiper avant l'arrivée des soldats de Meyrueis .
Onze nouveaux Cévenols, coupables également d'avoir assisté à un culte interdit, furent bientôt écroués à Saint-IIippolyte. Le soir du 1" mai, le lieutenant de la compagnie bourgeoise de Saint-Germain de Calberte avait vu passer aux Ayres cinq jeunes fdles. qui suivaient la crête de la montagne en se dirigeant vers le Pereyret. Il réunit les consuls de Saint-Germain, une quinzaine de fusiliers, et le valet de l'abbé du Chayla. La troupe partit pour le Serre du Pradel, dans la direction du Ranquet. Au point du jour elle arrêta huit filles de Saint-Prival, de Saint-Frézal, de Frugères (sur la Lozère) ou de Fraissinet de Fourques (vers l'Aigoual) (toutes localités situées à ri. \ cl 0 heures de marche) qui retournaient chez elles, après rassemblée, accompagnées par trois hommes. Le culte, présidé par Pierre Plan, s'était tenu sur les terres de Saint-Martin de Roubaux. au Serre de Lancize, dans une jasse 3. On avait chaule a Miséricorde » [le Psaume 51 J, le prédicant entonnant luimême. 11 avait lu quelques chapitres de l'Apocalypse, et pris son texte dans l'Evangile selon Saint-Jean, pour exhorter ses auditeurs à n'aller point à la messe et à être fermes.
Daudé interrogea au fort les 2:î prisonniers de Saïgas et de Saint-Germain. Quelques-uns furent ensuite conduits à Montpellier, entre autres le tailleur Nogaret, de Saint-Privat. qui avait raconté l'assemblée de Plan sur promesse qu'on lui ferait grâce, et la femme de l'hôte de Saïgas, qui avait hébergé Roman .
Une autre information, parallèle aux deux précédentes, mais dont nous ignorons les détails, concerna une assemblée réunie à la même époque entre Saint-Etienne Yalfrancesque et Saint-
I. C. 171. (voir plus bas). L'assemblée aurai! été vendue par Vernet, de Recoules, après qu'elle fui faite », <lii Gaubert. (Pop. Court. 17. B, VU bis).
■2. C. 175, C. 179. Informations sur les assemblées de Campis cl de Meyrueis.
:î. Dans la jasse de Jacques l.ausc. de Prades (Saint-Martin de Boubaux).
I. Le dossier constitué par Daudé, considérable, porte au dos les mots :« Arligucs <iit Laporte, el Roman ". 11 ne concerne cependant que Roman et Pierre Plan. C. 174.
132 LES TRKD1CAXTS PROTESTANTS
Jean du Gard, aux Poussiens (Poussiels), sur le bord du Gardon de Mialet '. Les accusés comparurent encore devant Daudé.
Le même subdélégué, revenu au Vigan, trouva une fois de plus de la besogne. Laporte la lui avait taillée à Saint-Laurent le Minier (entre Ganges et Le Vigan). Quelques jours après la Pentecôte, (fin mai), le prédicant avait donné la Cène, à dix heures du matin, dans la vaste grotte d'Anjau, au pied du Pic d'Anjau, entre le mas de la Combe et la Font du Carteiral. De ses cent auditeurs, la moitié avaient communié. Plusieurs jurèrent de ne plus retourner à la messe. Le lecteur avait été Montfajon, de Saint-Laurent. Peu de jours après (1er juin, veille de la Fête-Dieu), dans la même baume, une autre assemblée avait été convoquée par le même prédicateur. On s'arrêta, en revenant, « crevant de soif », au mas de la Combe. Les enquêtes commencèrent en juillet. En août, le fort de Saint-Hippolyte recevait son quatrième convoi de prisonniers ~.
Le 2 septembre, Broglie, pour achever les procédures, condamnait aux galères cinq Nouveaux Convertis, trois en raison de l'assemblée de Poussiels, et deux pour celle de la baume d'Anjau J. (Les procès de Saïgas et de Saint-Martin de IJoubaux s'étaient terminés aussi par deux condamnations aux galères '.
Le même jugement du 2 septembre, à la suite d'interrogatoires auxquels avait procédé Bàville lui-même, envoya aux galères perpétuelles Jean Mounier dit Lacroix. Nous ignorons dans quelles circonstances ce dernier fut pris à Nîmes le 10 août. Conduit à Montpellier devant Uroglie et l'intendant, et menacé de la corde, il se défendit « d'être des prédicants », mais reconnut avoir lu l'Ecriture et fait la prière devant ses frères. 11 appela « perversion », la conversion au catholicisme à laquelle l'avaient autrefois forcé les dragons, et persista dans son dire, malgré la colère
1. Le dossier manque. Le jugement du - septembre l'ail .illusion a cette assemblée. Lrs Papiers Farelle ont gardé l'indication du lieu ■ni elle se tint.
i. C. 17V. Assemblée do Suint-Laurent le Minier. Dossier incomplet.
3. Le jugement est C 17V. Les condamnés sont : 1" pour l'assemblée de Poussiels : Jacques Sabatier dit Cadet ou Sbleyrol (corriger Bail, XXXIV, 162] de Saint-Etienne ; Jean Martin, cordonnier, de Saint-Etienne et Henry Bordarié de Saint-Jean du Gard ;2° pour l'assemblée de Laporte : Antoine Fleissières. et Nadal. de Saint-Laurent le Minier (corriger Jlull., ibij.i. Un Jullian, de Saint-Etienne, enfermé aux prisons d'Aigues-Mortes, en sortit le il décembre 1695. La communauté de Saint-Etienne dut payer 300 livres d'amende (Pap. Farelle). Le U septembre, Jean de Saint-Julien Tomeyrolles rencontra pies de Sumène un ancien greffier de Daudé. Tomeyrolles, exaspéré par les récentes affaires de Saint-Laurent, l'injuria violemment et le menaça de son pistolet.
1. Agulhon, de Recoules, et Mejean. de la Roche, condamnes les 15 et -22 juin.