‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 66 sur 334 · CHAPITRE X LES PRÉLIMINAIRES DE LA PAIX DE RYSWYK · texte numérisé non relu

CHAPITRE X LES PRÉLIMINAIRES DE LA PAIX DE RYSWYK

(Juin 1696 — Avril 1697)

L'incertitude douloureuse où se débattaient les Nouveaux Convertis du Languedoc, allait bientôt faire place à une immense espérance, que devait suivre un abattement effroyable. Quelques mois encore, et les événements politiques dicteront à Bâville des mesures de la dernière gravité, avant de provoquer chez ses administrés la crise d'où sortira la révolte Camisarde. Il nous reste à relever, jusqu'à cette époque, les traces des prédicants, dans une énumération monotone de leurs assemblées, que l'intendant poursuit avec un énervement croissant.

Pendant que Pourtal était aux prisons de Montpellier. Bàville avait eu avis d'un culte tenu dans la région d'Uzès, non plus cette fois près de la ville, mais au nord, en un canton de garrigues désolées. La nuit du 3 au 4 juin, vers la métairie de Vaurargues (aux limites de Belvézet. Seynes et Aygalliersj, la Cène avait été distribuée. Le lieu de la réunion, d'accès extrêmement difficile, marque par un grand feu allumé sur le coteau qui le dominait, avait été soigneusement noté par un espion, qui de loin avait entendu les Psaumes, la voix du prédicateur et la parole : « Prenez ceci en mémoire de moi »'. Il ne put cependant dénoncer aucun des assistants, mais seulement un berger, qui lui aurait tlit le jour précédent : « Le bois ne sera pas seul ce soir, il y viendra un grand nombre de chasseurs ».

Le 7 juin, on saisit à Cournonterral, à l'ouest de Montpellier, quelques personnes qui revenaient d'une assemblée réunie vers Cournonsec, au terroir de Lamalle. Deux jours après, veille de

1. Monté sur un petit rocher du Bois Mouret. C. 174. L'information lit connaître qu'aux l'êtes de Pâques, près de la forêt de Belvézet, une autre assemblée avait eu lieu autour d'un grand l'eu, l'n berger, couché dans le devois du duc d'I'zès avait entendu chanter les Psaumes

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la Pentecôte, nouvelle assemblée, découverte au couchant de la montagne appelée le Grand Pioch. L'information s'étend ; on apprend qu'à la même heure une autre se serait tenue tlans la grotte de Bioge. à une demi-lieue de Cournonterrral. On voit dans la grotte des pierres disposées en l'orme de bancs, on y retrouve un verre contenant encore quelques gouttes de vin. Des arrestations nouvelles sont opérées ; une femme enfin fournit des détails sensationnels : le prédicateur de la grotte était Pierre Plan, celui de la garrigue Broussou lui-même ; Foulquier, de Cournonterral. était à côté de Brousson qui lui a parlé à l'oreille ; il a quêté à l'assemblée, et Bégis, de Saint- Laurent d'Aigouze, a mis un écu dans son chapeau'. Bà ville a des doutes sur la véracité de la femme : il ne sait <c si elle ne veut pas se faire valoir en uommant Brousson », mais il écrit à Fléchier son exaspération2. « Il est certain que cet homme me tourmente plus que jamais. Il a écrit des lettres, fait des instructions que j'ai interceptées, il a parcouru tout le royaume, il a été absent de cette province depuis trois ans. il peut y être revenu t. Brousson était alors au nord de la Loire. Son ancien compagnon La Jeunesse était loin, lui aussi, du Bas-Languedoc, bien que l'intendant affirmât, dans cette même lettre, qu'il y « agissait ». Les espions, dans leur désir de toucher les primes promises, inventaient ce qu'ils ne savaient pas découvrira

Vers la fin de juin, les dragons du Vigan, conduits par un traître du mas de la Combe (Le Vigan), manquèrent surprendre des réformés réunis dans la claie de Daudé. de la Cam (Roquedur). Le soir du 12 juillet, dans les mêmes quartiers, une femme qui revenait du moulin de Coularou, rencontre « à la croix où

I. C. 175. I.a grotte de Bioge est a i kil. 500 de Cournonterral, au nord, on tirant vers l'ouest. Le 25 juin 1696, Bâville ordonna aux Maire el Consuls de Cournonterral d'en faire combler l'entrée avec de grosses pierres. Bn 1719, le conseil de la communauté, ayant appris que la grotte avait été ouverte., depuis quelque temps»,

et jugeant qu'on pourrait y faire des assemblées, ordonna de la fermer une seconde fois. En 1S.S7. enfin, le maire île Cournonterral. pour faciliter l'accès de la grotte aux visiteurs, lit briser les rochers qui en obstruaient l'entrée (Renseignements de .M. le pasleur Pont). Le Grand Pioch. à ï kil. 500 de Cournonterral a vol d'oiseau. est un des sommets que recouvre le bois communal. I.a tradition rapporte que les protestants y ont souvent célèbre le culte. I.a plus élevée des grottes qu'on y trouve s'appelle encore en patois .. Lou Temple ».

i. Pap. Coquercl (Uouen, II. 2C8). H juillet 10%.

3. Dans la même lettre, lîâville informe l'evcque qu'il a envoyé à la foire [de Beaucaire] un homme, a qui il a donné le portrait de Brousson el des autres prédicants.

Ton pose les morts (?) », une amie qui la conduit vers Campis1, dans la claie d'Arboux. Trente personnes sont là, qui écoutent prêcher «le Frère David». Pour entrer dans la claie, qui appartient à un suspect, elles ont enfoncé la porte et rompu des barres de fer.

La nuit du o au 6 août, près de la métairie de Juston, entre Aubussargues et Servies, un inconnu prêche encore. Dix personnes, dont huit femmes, sont conduites à Montpellier. Leur procès n'était pas achevé le 19 septembre 2.

Au nord de l'Aigoual, le subdélégué Daudé s'efforçait de surveiller Roman. Le Marchandou avait, aux environs de Meyrueis, de bons amis. Le jour de la Saint-Jean (24 juin). Roman devant prêcher au valat de Gravies, dans le bois des Oubrets, Pierre Bertrand, de Campis, son conducteur, s'empressa de convoquer un certain Poujol, du hameau voisin de Pourcarès. Poujol déclina violemment l'invitation, et traita l'avertisseur de misérable, qui ferait périr tout le lieu. Bertrand se borna à lui répondre « qu'il s'en laissât! 11 lui faisait trop d'honneur de l'avertir! Désormais, il ne lui parlerait de sa vie! » Le soir même, les soldats de Meyrueis arrêtèrent quelques personnes à leur retour du culte3. Une information fut ouverte par Daudé, qui recueillit de la bouche de Poujol d'utiles renseignements. La maison de Bertrand était le refuge ordinaire de Roman, de Frère David et de Plan. Les prédicantsy faisaient blanchir leur linge. Une cache y protégeait des armes et des sermons. Bertrand, de l'aveu de son père, vivait maritalement avec Marie Garteirade, de Ferussae, qu'il avait épousée, sans autre cérémonie que la bénédiction nuptiale prononcée par Roman en présence de sept témoins *.

Tandis que Daudé notait ces détails6, Bertrand se présenta chez Poujol, qui venait de se marier, mais en passant, lui, de-

1. Hameau entre Le Vigan et Roquedur. Ne pas confondre avec le Campis des environs de .Meyrueis. C. 171.

2. Informations de Laraac. jujre d'Czès. le G août. ('.. 171.

3. Tenu le long du Serre de Pierremoula par-dessus Vadrech [le versant sud] de Campis. Roman avait baptisé à rassemblée un enfant, qui d'ailleurs fut porté presque immédiatement au curé, pour recevoir un second baptême.

4. Pendant la cérémonie «tout le monde pleurait». C'est la seule mention que nous ayons retrouvée d'un mariage béni par un prédicant. Roman avait déjà bapti.se chez Bertrand un enfant de Campis, en présence du Frère David. La marraine, de Massevaque, avait amené un agneau, dont elle lit cadeau aux deux prédicateurs.

5. 9 août. C. 175. Assemblées de Campis. (Informations des 13 juillet et 'J aoùl).

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