Depping, l'.urr. Adm., IV
4. Le Brumel esl appelé Bruman par Douer», [1,353. Le résumé de la procédure
se trouve C. Is2. et pente au lias l'indication : •■ N. C. ramassés. Pour M. de Bàville ».
commença à « prêcher » en 1096, peut être Julien', et sans doute aussi quelques autres, à nous inconnus. « Je ne doute pas, disait Bàville à Fléchier, en lui parlant de Pourtal, que Brousson n'ait formé d'autres disciples. » Ce n'étaient pas uniquement les disciples de Brousson qui devenaient prédicateurs. Ce dernier était déjà absent du Languedoc depuis plus d'un an, quand le souvenir des premiers ouvriers et les exhortations de l'un d'eux, retenu aux prisons d'Aigues-Mortes, avaient lancé un homme de plus dans la moisson.
Le matin du 20 février 1690, un détachement d'Anduze arrêta au Pont de Salendres, vers Saint-Jean, quatre hommes qui revenaient d'une assemblée'. L'un d'eux, Jean Bourguet, de Paussan (près Mialet), dont la femme, à Anduze, avait donné retraite à Gavanon le jour de la mort de Lambert, avoua dans son interrogatoire, qu'il s'était évadé de la Tour de Constance, et prononça à ce propos le nom du nouveau prédicant qui travaillait les Cévennes : Daniel Bas, dit Le Genevois.
Natif, en effet, et citoyen de la ville de Genève, il était fds de Jean Bas, marchand de soie, et de Catherine Hanal (ou Ha val?), celle-ci fille d'un avocat, et apparentée aux syndics Pan et Normandie-le-Vieux. Bas avait appris le métier de joaillier. S'il faut l'en croire, il avait quitté Genève le 19, 29 février 1689, ayant alors 21 ans, pour venir exercer son négoce en France, avec un passeport régulier des magistrats de la ville. Il passa à Lyon, à Brioude où il vendit des pierreries à deux orfèvres, gagna le Quercy, vendit des bagues à Saint-Antonin, poussa à Caussade et à Montauban. Il revenait de là sur Genève, en traversant le Languedoc, lorsqu'à Angle-Boury (à trois lieues de Castres), des soldats l'arrêtèrent comme protestant, le retinrent sur le vu de son passeport genevois, saisirent les 3 à 400 livres de joyaux et d'argent dont il était muni, et le conduisirent à Castres. Le subdélégué Barbara l'envoya à la citadelle de Montpellier, d'où il fut transféré à la Tour de Constance, pour y tenir prison perpétuelle. Bàville lit interroger dans la Tour, le 9 mars 1694, nous ne savons à quelle occasion, le jeune homme qui passait pour « séducteur ou guide » , et ce fut celui-ci qui fournit
1. Si celui-ci n'est pas à cette date passé à Lausanne, comme il en avait eu déjà l'intention eu 1G93. Nous ne retrouvons plus son nom après le « Synode » de décembre 1694.
2. C. 175, Courte information. L'assemblée aurait eu lieu, la nuit, sur les confins de Corbès et de Thoiras. On arrête, avec Bourguet, Guérin, Lapise et Bernard. L'interrogatoire de Bourguet est du 2i février. Les conclusions manquent. Les prisonniers nièrent revenir d'un culte.
bas s'évade de la tour i>e constance 153
les détails qui précèdent*. Peut-ctrc Basn'a-t-il dit qu'une partie de la vérité, et ne s'était-il servi de son métier que pour couvrir en effet sa profession de guide. Un « M. Bas, de Genève, accusé de faire sortir du inonde hors du Royaume », avait été condamné aux galères, à Lyon, en 1687 ou 1688, et conduit à Marseille. C'était probablement le propre père de Daniel2.
Cinq mois après son interrogatoire (août), Bas réussit à s'évader de la Tour de Constance «après avoir fait un trou au mur »(!). en même temps que Bourguet dont nous avons dit le nom, et Turc, de Saint-Paul la Coste '. Bas avait été, dans la Tour, le compagnon de captivité de l'ancien prédicant David Couderc, qui, amputé d'un bras, était impropre au service des galères1. Si Bas n'était pas déjà tout au moins un «demi-prédicant», il faut croire que Couderc lui inspira le désir de prêcher dans les Cévennes, qu'il avait lui-même parcourues. Echappé à sa prison, il ne prit pas la route de Genève, Il se dirigea vers les montagnes protestantes, alla joindre à Saint-André de Lancize la famille, en particulier les frères de Couderc, et prit rang sans doute dès la même année 1(594. parmi les prédicateurs. « Pour témoigner à Dieu sa reconnaissance, et pour consoler ces affligés, et les engager à mettre leur entière confiance en Dieu », il parcourut dès lors le pays en faisant de continuelles assemblées. Il avait victorieusement discuté dans ses prisons avec l'abbé Robert, de Montpellier, et le jésuite Romeville. Ses connaissances bibliques, sa prudence, son sang-froid, firent de lui un digne compagnon de Lapierre, Olivier, La Jeunesse et Roman5.
1. Pièce isolée, C. 173. Dans un Mémoire de sa main [Pap. Court. 17. lï. 109) Bas parle de sa captivité « d'environ sept années à Montpellier et à la Tour de Constance ». Il aurait donc été arrêté en 1687 ou 1688 ?
3. La Fr. Prot. (2e édition) donne dans la liste des galériens l'indication suivante: < Jean Bas. condamné par le présidial île Lyon le 17 mars 1687 ». Les Mémoires de Faucher, Bull. XXX, .'iâ3, obligeraient à dater la condamnation du début de l'année 1688.
3. Les évasions de la Tour- de Constance n'ont pas été si fréquentes, que celleci ait pu demeurer inconnue. Bourguet cependant et Bas affirment formellement que c'est bien de cette tour qu'il s'agit. Peut-être devons-nous penser que Bas et ses deux compagnons s'échappèrent seulement de la basse-cour qui entourait la colossale bâtisse. En 1730 les prisonnières avaient le droit de s'y promener. (Bail. XXII, 137).
4. Ceci, et ce qui suit, d'après le Mémoire que Bas écrivit plus tard pour Ant. Court.
5. Bas eut comme compagnon un jeune homme de Saint-Rome de Tarn, en Rouergue, nommé Crebassac, 11 ne dit pas s'il le rencontra avant son voyage en Rouergue, dont nous parlerons plus loin.