‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 77 sur 334 · BROUSSON RENTRE EN FRANCE · texte numérisé non relu

BROUSSON RENTRE EN FRANCE

pars et solides principes de l'Evangile, il portait, soigneusement recopiées de sa main, trois Lettres Pastorales sur la restauration de l'Eglise. Nous les étudierons ailleurs. Qu'il suflise de dire ici qu'il y préconisait la création régulière, dans chaque Eglise, d'assemblées mutuelles d'édification, puis la formation d'un corps d'Anciens, enfin l'établissement de prédicateurs qui administreraient les sacrements. Une consultation à la fois ecclésiastique et juridique sur les baptêmes et les mariages, couronnait le tout.

Brousson apportait maintenant à un peuple auquel les défenseurs politiques menaçaient de faire défaut, des procédés raisonnes de résistance et de rétablissement. Huit ans auparavant, il avait laissé se débattre dans des discussions didactiques les pasteurs réfugiés, pour accourir au secours des âmes qui se mouraient. En 1697, abandonnant Comités rivaux, diplomates subtils, princes oublieux et égoïstes, il quitta les Pays-Bas, pour aller poursuivre au Poitou une œuvre religieuse qui lui importait plus que tout le reste. « La piété seule du peuple, avait-il écrit, peut toucher la miséricorde de Dieu. Il faut donc continuer comme les premiers chrétiens à l'invoquer de nuit, dans les cavernes et dans les déserts, pour émouvoir sa pitié par un culte vraiment pur » '.

Une de ces intuitions irrésistibles qui saisissent l'être tout entier, où l'homme religieux reconnaît sans hésiter la main de Dieu, qui tout à la fois entraîne et rassure, le lançait dans la fournaise, l'arrachant à nouveau à son fils et à sa femme. Le 20 août, il écrivait à celle-ci, qui n'avait pas vu son troisième départ sans une déchirante angoisse, une lettre analogue à celle qu'il lui avait adressée lors de sa première arrivée aux Cévennes, aux cotés de Vivent :

Je suis fort en peine de vous, ma chère femme, sachant que vous avez si peu de force d'esprit pour supporter les épreuves par lesquelles il plaît à Dieu de vous faire passer. Vous n'avez pas considéré comme vous deviez les grâces qu'il m'a faites et celles qu'il vous a faites en même temps. . . Vous résistez toujours en quelque manière à la vocation de Dieu, et par là vous vous opposez en quelque sorte aux intérêts de sa gloire, à l'avancement de son règne, au salut et à la consolation de son peuple désolé, à mon devoir, et à mon propre salut. . .

\. L. Nègret '-M. 'Lettre Pastorale sur les anciens).

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