LES NOUVELLES DRAGONNADES — BROUSSON DANS LE BAS -LANGUEDOC
(Novembre ifig- — Février 1698)
La conclusion de la paix n'allait apporter aux Nouveaux Convertis du Languedoc qu'une aggravation de leurs misères. Déchargée du souci de la guerre extérieure, la Cour tourna son attention sur la situation douloureuse où se trouvait le royaume. La question des protestants était de celles qui nécessitaient une solution. Ledit de 1685 s'était trouvé impuissant à catholiciser le pays. Les déclarations qui l'avaient suivi n'avaient jamais pu être rigoureusement ou unanimement appliquées. L'œuvre demeurait en suspens. En quel esprit devait-elle être poursuivie? Avant que la guerre eût cessé, Mme de Maintenon avait donné par écrit (1697), son avis sur un Mémoire qui concernait les Huguenots, et dont les conclusions proposaient la confirmation de l'édit révocatoire, dans sa lettre seulement : l'interdiction rigoureuse, par conséquent, de tout culte public, mais la conservation (en vertu du dernier article), pour les protestants isolés, « de la liberté de conscience, et de la sûreté de leurs personnes et de leurs biens»1. Mme de Maintenon jugea qu'un changement de cette nature produirait beaucoup de mauvais eflets et point de bons. Les N. C. bien disposés, retomberaient dans leurs anciennes erreurs ; les protestants intraitables constitueraient une faction dangereuse. Enfin «. le Roi lui-même, quittant une entreprise sur laquelle il a permis qu'on lui donnât tant de louanges, et dans laquelle ses ennemis ont toujours prédit qu'il succomberait, il semble que cela intéresserait sa réputation».
1 Bull. XXXIX, .'!'.):!. v.h. Read date le mémoire <le 1697. L;i guerre en effet dure encore (pp. 403, 405).
208 LES rRÉDICANTS PROTESTANTS
Sollicité dans sa foi catholique, dans son absolutisme et dans son orgueil, Louis XIV ne pouvait point céder. On le vit bien à Ryswyk. Lorsque, après un long silence, il consentit, sur les nouvelles instances du médiateur, à donner une réponse au Mémoire des Plénipotentiaires protestants, tout était fini à La Haye'. Le chef de l'ambassade française avait déjà quitté la ville. Les deux envoyés qui restaient, se firent un plaisir de répéter au nom de leur maître, qu'il était si peu disposé au rétablissement de la R. Réformée qu'il ne consentirait pas même à la rentrée des fugitifs. Il ne voyait en ceux-ci que des rebelles, dignes d'être traités avec toute rigueur. Une déclaration du 10 février 1098, réponse directe aux dernières démarches, permit à ceux qui avaient quitté le royaume pour cause de religion et contre les défenses du roi, d'y rentrer dans les six mois — à la charge qu'ils fissent abjuration, dans les huit jours qui suivraient leur arrivée.
Mais les âmes religieuses n'acceptent pas la défaite. La paix olllcielle n'avait rien accordé? Les réformés du Midi n'en affirmèrent que plus fort l'existence d'articles secrets, qui bientôt leur garantiraient la liberté de la conscience. Ils parlèrent d'une nouvelle guerre, qui ne manquerait pas de mettre aux prises, une fois de plus, la France catholique et la Réforme européenne, et humilierait définitivement, pour la réduire à l'impuissance, l'odieuse Rabylone. Les moindres apparences fournirent à cet espoir tenace un point d'appui. Une îles conséquences immédiates du traité de paix, le rétablissement du protestantisme à Orange, fut envisagée, dans le Languedoc, comme une première victoire dont il lui était possible de bénéficier.
Le petit territoire où Louis XIV, au mépris de la paix de Nimègue, était entré en 1GS2, et où la dragonnade avait sévi avec plus de cruauté qu'en Languedoc, avait été rendu en 1697 à Guillaume III. Louis XIV, pour ne pas créer par cette restitution, un foyer d'hérésie où viendraient s'entretenir dans leur révolte des sujets insoumis, avait exigé de Guillaume l'engagement que dans la principauté il ne donnerait point asile aux N. C. du royaume. Par une déclaration (23 novembre 1697), dont le clergé attendait un effet plus efficace, il interdit à tous ses sujets, sous peine de mort, d'aller s'établir à Orange, d'y faire aucun exercice de la R. P. R., ni d'y envoyer leurs enfants. Les seuls voyages de commerce restaient autorisés.
i. Rrcit de Jurien : Bull. XL. 3S0 ; XVI, 315.