LE BAS-LANGUEDOC PENDANT LES NÉGOCIATIONS DE RYSWYK
(Mai-Décembre 1697)
On a vu comment les préliminaires de la paix avaient été accueillis aux Cévennes, et ce que le vieux des VignoUes pensait le 27 mars 1697, du «Lion de Juda», La paix était prochaine, elle apporterait la liberté. Quelques faits cai'actéristiques permettent de constater la répercussion profonde qu'eurent les négociations de Hollande, en 1697, sur les prédicants du Midi et leurs auditeurs.
Moins d'un mois après la mort de Pierre Plan, la nuit du 4 au 5 mai, à une lieue de Lézan où il avait été livré, se réunissait une foule considérable. Un lieutenant du régiment de Montelz s'embusqua, à l'aube du o mai, aux portes de Saint-Hippolyte avec un détachement, et saisit quelques personnes. Le culte avait été célébré sous la pluie, vers Sauve, « dans une enfonsure » du bois du Ranc, entre la Selve et la Veyrière\ par un prédicant de grande taille, assez gros, d'environ 30 ans, vêtu de gris obscur. Quelques jours plus tard, celui-ci vint demander à boire dans une maison du faubourg de l'église, à Saint-Hippolyte, et donna à une femme « six à sept pans de ruban blanc j>^. Ses nombreux auditeurs, parmi lesquels étaient, dit Râville, « tous ceux de Quissac », avaient été dénoncés à Sauve aussi bien qu'à Saint-Hippolyte, mais le capitaine de bourgeoisie d'un côté, pas plus que le lieutenant de l'autre,
1. Les auditeurs venus de Sauve, ne voulurent pas défiler devant la ferme de la Selve, où habitait l'ancien ministre pensionné de Soudorgues, Darvieu. Celui-ci dépose «que les N. C. depuis sa conversion le craignent, le haïssent et lui disent mille injures, et qu'ils n'ont pas osé passer devant chez lui ». De chaque côté de la maison, on constata, en effet, qu'ils avaient fait un détour de toO à 200 pas.
2. Ce n'était pas «le paquetier «, qui était petit, mais plutôt D. Bas.
J92 LES rUKDICANTS PROTESTANTS
n'avaient voulu se hasarder dans la nuit. L'intendant envoya à Aigues-Mortes quelques-uns des trente-huit a fols » arrêtés, dont aucun n'avait avoué '.
Au début de mai, un autre prédicant, noir, petit, bégayant un peu (Olivier ?), prêche à la métairie de Jauvert, dans le bois de Mallebouisse (entre Saint-Paul la Goste et Saint-Sébastien). Quinze arrestations ont lieu à Mialet. Le soir de l'Ascension (15 mai), le môme prédicateur se fait entendre entre Massanes et Cassagnoles". Le 20, Bàville écrit à Fléchier : c( Je ne doute pas qu'il y ait quelque assemblée aux environs de Nîmes, que Brousson ou quelque autre ministre ne soit dans le pays. Il faut éveiller vos espions, et leur promettre de nouvelles récompenses. Nous avons envoyé des garnisons en pure perte à Sauve et à Montpellier (? sic). Voilà une impertinente nation de vouloir s'attirer des peines sans nécessité »^ Sans nécessité. C'est, avec moins de candeur, le mot du Président de Saint- André, en I008 : « Jésus Maria ! qu'est-ce que veut dire aujourd'hui cette jeunesse, qu'ainsi elle se veuille faire brûler à crédit ? » '
Le l*"" juin, Bàville répète : « Brousson est certainement dans le pays, et se prépare à faire beaucoup de désordre ». Brousson était en Hollande, mais le désordre, en effet, s'accentuait.
Lapierre, en 1G97, comme on le verra, resta dans le Haut- Languedoc avec David Gazan. D'Olivier nous ne savons rien. Peut-être est-ce lui qui prêcha le 1'='^ septembre à Saint-Laurent d'Aigouze, dans la métairie de Bonnet ^
De Bas et de Roman, au contraire, nous connaissons assez bien l'activité pendant les mois qui nous occupent.
Bas rédigea plus tard, à la prière d'Antoine Gourt, quelques souvenirs de sa vie% mais il écrivit « à la hâte, étant âgé, et sa
1. Dossier de rassemblée, G. 176. Armand de la Chapelle, II, "288, nomme parmi les condamnés Jeanne INIoulard, de Sainl-Hippolyte, Séj^uin, tailleur d'habits, et sa sœur. Il faut ajouter au moins Louise Gibert,de Saint-Hippolyte (7?u/^ XXXIX» 191). Sauve, Saint-Hippolyte, Durforl, Quissac, payèrent 3,000 livres pour les frais de la procédure, et plus encore pour le logement des troupes, car Sauve, contre 300 1. de frais, dut en débourser 544 pour les dragons.
2. C. 176. Information du 9 et 13 juin à Alais, et G. 181, note des frais du capitaine de bourgeoisie de Mialet.
3. Pap. Coquerel. Rabaut sans doute a lu à tort Montpellier sur l'original. Estce « Saint-Ipolile » (?)
4. Procès de Rebéziès et de Damville, octobre 1338. Crespin, //isL des Martyrs, Ed. de Toulouse, II, 377.