BAS ET ROMAN DANS LES HAUTES-CÉVENNES
intact de Guillaume III. Vers l'époque où la paix de RysAvykfut ofliciellenient publiée dans le Languedoc (début de décembre")*, les prédicants continuaient avec exaltation leurs cultes au Désert.
A la fin de l'automne, Bas, revenu du Rouergue, était vers Saint-Ambroix et Lussan^ La nuit du 23 au 24 novembre, quatre cents protestants se groupaient dans une vaste grange au toit soutenu par des piliers, entre Méjeannes-le-Clap et Rochegude^ Les auditeurs étaient venus de Rochegude, de Méjeannes et de Montclus. Ceux de Rivières manquaient, un régiment de bourgeoisie y étant en campagne ce soir-là. Le prédicant, d'environ 30 ans, vêtu de gris obscur, « les cheveux courts fixés par le bout, lui venant à l'épaule (?) » fut dénoncé sous son surnom de Genevois et sous son nom de Bac (sic) par une de ses auditrices. Bac prêcha, dit-elle, quatre ou cinq heures emnron sans relâche, sauf qu'il se chauffa un moment. (Nous entrevoyons déjà les transports « fanatiques » qui se manifesteront en 1700 dans les mêmes quartiers). Il pria pour le roi, afin que Dieu lui donnât un bon Conseil, et s'il faut en croire le même témoignage, ne parla pas du rétablissement de l'exercice de la religion réformée, ce que nous avons quelque peine à admettre.
Genevois monta alors dans les Hautes-Gévennes. Il rejoignit Roman aux environs de Castagnols et de Vialas, dans une paroisse qu'il connaissait pour y être passé l'année précédente, et où Roman, nous l'avons dit, séjournait très fréquemment*.
Les deux prédicants cheminèrent du Pont de Monvert au bas de la vallée de Vialas, assurés de trouver des retraites depuis Felgeirolles (près de Frugères) jusqu'au Fesc (chez M. de l'Argentière), en passant par les maisons de Travers et du Chaufès. Bas prêcha, quelques jours avant Noël, à Poussiels (chez Teys-
1 . Bàvile, par une ordonnance du 8 décembre, régla la dépense que les communautés durent s'imposer pour les feux de joie allumés à cette occasion.
2. Bas semble être alors passé dans le territoire d'Orange, ou avoir essayé d'y pénétrer, car Brousson tenait de lui un propos que nous rapporterons, et que Bas avait recueilli en octobre 1697, dans le coche dcau qui descendait de Lyon à Avignon (C. 191. Lettre de Brousson à Tévêque de Rodez).
3. La grange d'un nommé Quintard. Informations du 11 décembre. C. 176.
'*. Roman prêche à la fin de novembre au mas desRouviéres (Saint-Maurice de Ventalon). A cette occasion, il est dit «ayant une tache à l'œil». G. 178. Dossier de l'Ass. de Montcuq.
sonnières), au-dessous de l'Espinaz, sur le versant du Collet de Dèze, et revint réunir une assemblée au mas du Martinet, au-dessous de Vialas. Quant à Roman, il célébra la fête chrétienne le soir du 29 décembre, près de Saint-Maurice de Venta- Ion, dans le domaine de Montcuq, en une assemblée qui fit du bruit'.
Le prédicant avait couché la veille à FelgeiroUes, chez le S"^ de Broussous", puis était venu passer la journée aux Urfruts, à un quart de lieue de Montcuq, sur les terres de Richard, consul de Saint-Maurice, dans un petit asile connu de lui depuis longtemps, « parmi de grand rochers, avec des sorties sur le bois de la Fau des Armes ». Le soir, arrivèrent à Montcuq, des communes avoisinantes, de très nombreux Cévenols, . ayant à la main leurs gros bâtons de marche, « nommés tricots y>. Quelques-uns vinrent à cheval. Une troupe de cent hommes monta du Collet de Dèze, où une foire avait eu lieu la veille. On raconta plus tard qu'il s'était réuni cette nuit-là plus de 4,000 personnes, chiflre évidemment exagéré. De fait, Roman, quand il se montra, accompagné de la fille de Richard, pour laquelle il avait une affection particulière', fut en présence d'une foule compacte, resserrée entre la grange de Montcuq et un ruisseau qui bordait le jardin \ Le fusil sur l'épaule, il monta sur un tas de pierres, devant le mur dans lequel était « broché » le pistolet d'un assistant, remit son arme à l'un de ses auditeurs, et au moment de commencer le culte, fut informé qu'un homme suspect était dans l'assemblée, le tisserand Antoine Pons, du Pont de Monvert. L'avertisseur Roméjon marcha sur Pons le pistolet à la main, et le prévint qu'il le tuerait, s'il disait la moindre chose. Pons répondit qu'il était venu pour prier Dieu. Roman l'exhorta au silence, et apprenant qu'il était sur le point de se marier, le pressa de ne pas faire
i. Une déposition apprit que rasseml)lée avait été précédée par cinq autres, tenues dans le même quartier : à Saint-Maurice de Ventalon ; aux Rouvières ; au mas du Martinet, de Sauvage ; au Ijois de la Fau des Armes ; au Gros de Poussiels.
2. Il est fait mention ailleurs de «M. de la Morte» qui, à FelgeiroUes également, hébergeait Roman. Est-ce le même que le S' de Broussous ? ou un parent de celui-ci ?
3. Elle était alors fiancée avec le fils du S"^ de Las Combes.
4. Les chevaux avaient été enfermés dans l'écurie de la grange, au rez-dechaussée. L'un d'eux, mis dans la « fenière » du premier étage, à laquelle on accédait par un talus, tomba dans l'écurie et s'assomma.
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à cette occasion l'abjuration renouvelée que Ton exigeait des Nouveaux Convertis dans certains diocèses.
Le culte s'ouvrit enfin. « Le premier qui avait entonné le Psaume n'ayant su le faire, on cria qu'il fallait faire commencer par un homme de Saint-Privat ; sur quoi le prédicant pria de ne nommer personne. Le dit homme de Saint-Privat commença alors, et on chanta fort bien ». Roman prêcha, conjura son auditoire de ne point aller à la messe, et fit mettre à genoux ceux qui n'y voulaient plus retourner. Il demanda ensuite « que ceux qui voulaientrendre gloire à Dieu s'arrêtassent [restassent]». C'était la formule par laquelle il annonçait que la Cène allait être distribuée. L'action finie, Roman partit, avec la fille de Richard, qui le suivait à cheval, et un conducteur qui tenait la bride.
L'abbé du Chayla fut averti, à Saint-Germain de Calberte, de cette manifestation imposante. Il partit pour Mende, afin d'y solliciter l'envoi de troupes dans les paroisses coupables, et sur un ordre de Bàville, obtint qu'une compagnie de milices de Florac, commandée par le capitaine de Montauran, vint loger au Pont de Montvert. Il arriva lui-même dans le bourg (2o janvier 1693), en même temps que les soldats et le subdélégué de l'intendant, M. de Villaret. Les informations commencèrent trois jours plus tard. Villaret prit pour greffier le S'" de l'Hermet, au service de qui était précisément Antoine Pons, et ce fut ce dernier, qui fournit sur l'assemblée la plupart des détails qui précèdent. Du 28 janvier au 28 février les arrestations se succédèrent, les prisonniers étant enfermés dans les caves de la maison André, où logeait l'abbé du Chayla '.
Les soldats emmenèrent à Montpellier Antoine Servière, de l'Hôpital, Richard et sa femme, Viala de la Sépédelle, et quelques autres '. Le S"" de Broussous, hôte de Roman, était le [)lus menacé de tous les accusés, parce que le plus considérable.
1. Ces prisons uV-laient pas très sûres. Deux jeunes filles, Marguerite et Françoise Moline, do Prat Souteyran (Finiols) s'échappèrent le :28 lévrier « par le toit delà maison ». Le résumé de la procédure, envoyé à Bàville, porte que « l'abbé du Chayla a demeuré cinq semaines à nourrir tous les prisonniers, il y en a eu jusqu'à iî) à la fois ». Marguerite Moline avait été déjà arrêtée le 1" mai 1693, après l'assemblée tenue par Pierre Plan, près de Saint-Germain.
2. C 176. Le dossier ne contient que la procédure faite au Pont de Montvert. Voir pour les suites de rassemblée Bail. XXXII, 220. Pons fut libéré par l'abbé du Chayla à la sollicitation de ses amis, mais en raison aussi de son abondante déposition. Il est surprenant que le procès ne se soit pas terminé par quelques condamnations aux galères.
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Pour avoir, comme il le dit, « conservé une plaque de fusil dans sa maison », mais sans doute aussi pour quelque parole ou quelque geste violent, il avait été une première fois saisi en 1G86, et obligé de servir quatre ans dans le régiment des Gravattes. Bâville l'enferma à la citadelle de Montpellier, d'où il ne devait sortir qu'en 1700 '. Nous ne savons ce qu'il advint de ses compagnons de captivité. Des troupes furent envoyées en pure perte à Saint-Maurice, Saint-Privat, Saint-Frézal, le Pont de Monvert et Grizac. Au bout de huit jours les communautés avaient déboursé de ce chef 2,368 livres. Il en fallut payer en outre 1,500 pour l'érection d'une église.
Le lieu du Pont de Montvert obtint enfin le délogement de la compagnie de Montauran, mais ce fut pour recevoir, quelques mois après, deux compagnies de troupes réglées, qui y furent, comme la précédente, logées en pure perte.
Roman avait pu se soustraire aux poursuites, mais pendant que le procès se déroulait au Pont de Monvert, son « émissaire » de Campis, Pierre Bertrand, enfin arrêté, était interrogé au fort de Saint-Hippolyte, en même temps que Guillaume Cabanel, du Grouzet et Aldebert Vignes, du Villaret. Bertrand fut envoyé aux galères ^
1. C. 179. Dossier de Jean Pierre Martin, S"^ de Broussous. Son procès n'était pas fini en juin 1698. Le S' de l'Argentière, Gervais, fut également arrêté. Il est encore interrogé en novembre 1698.
2. Interrogatoire du "22 janvier 1698, C. 179. La condamnation manque. Bertrand est sur la liste des galériens de la France Protestante.