G LES PRÉDICANTS PROTESTANTS
En abandonnant le Dauphiué, le ministre s'était risqué à passer la frontière du territoire d'Orange, De là, il écrivit en Hollande, le 23 janvier, une lettre où il résumait la situation des protestants de France ^ Il pensait, sans nul doute, servir ses frères en dépeignant leur triste sort. Réveillerait-il le cœur sommeillant de leurs protecteurs ? « Depuis la paix publiée à Paris, dit-il, les choses sont dans le même état à l'égard de la religion ». Les prêtres du Vivarais ont résolu de forcer les religionnaires à assister à la messe. Les prisons, les couvents, les galères, retiennent toujours leurs captifs. Quelques troupes régulières ont été congédiées du Languedoc, mais on n'a pas cassé les milices bourgeoises, qui sont tout aussi redoutables pour les réunions du désert. Une assemblée surprise [celle de Montcuq] a donné lieu à des emprisonnements et à des amendes. De nombreux réformés ont été pris aux frontières d'Orange, et la déclaration royale les menace de mort. Il est vrai que plusieurs de ces derniers prisonniers ont été relâchés, et Brousson croit que leur libération est due à l'arrivée à Paris du Comte de Portland, ambassadeur du roi d'Angleterre ; mais la déclaration n'a pas été rapportée. Cette douceur ne sera-t-elle pas suivie de nouvelles duretés ? Et le pasteur, qui va entrer sur les terres où le combat est le plus violent, oppose son propre dévouement à l'inaction des puissances Protestantes :
Il faut pourtant que les fidèles servent Dieu, et quoi qu'il puisse arriver, ils iront chercher la consolation dans les saiutes assemblées. Si leurs frères les abandonnent. Dieu ne les abandonnera point. On leur a fait souffrir de grands maux, des massacres et d'autres martyres horribles, mais le Seigneur les a toujours consolés et fortifiés. Cependant cela n'excusera point devant Dieu ni devant les hommes, ceux qui ne seront point touchés de leurs misères.
Deux jours plus tard, Brousson quittait la ville d'Orange, pour traverser Avignon, et entrer dans le Languedoc par Beaucaire ' .
Le 2 février, Bâville informait Fléchier que six prédicants, Brousson, Olivier et quatre autres, se trouvaient aux environs de Nîmes et d "Uzès ^ Brousson sans doute avait fait avertir ses