LA NOUVELLE GÉNÉRATION HUGUENOTE 2J
Mais tandis que la noblesse et la bourgeoisie, et la grande masse aussi, lassées, désespérées, donnaient de la sorte le spectacle de nouvelles « Conversions générales », le peuple fidèle, que les prédicants avaient dressé à la résistance, se cabra avec plus de colère sous la menace et sous les coups. On vient de lire les paroles d'une femme de Lasalle. Au Pont de Montvert, pendant les enquêtes qui suivirent l'assemblée de Montcuq, une jeune fille, Marguerite Moline, de Finiels, déclara « qu'elle était et voulait être huguenote, dans laquelle religion elle était née, et que si elle avait assisté à la messe, c'était sans connaissance, et pour passer son temps ». Sa sœur Françoise avait dit de même. Or elles avaient, l'une 25, l'autre 18 ans. L'édit de Nantes était révoqué depuis plus de douze années. Des réponses de ce genre montraient aux évêques et à Bàville combien leur œuvre était demeurée superficielle et vaine, en certaines régions du moins. La nouvelle génération y ressemblait à l'ancienne. Elle nourrissait seulement plus de répugnance à l'égard de l'Eglise romaine et une haine qui devenait féroce, contre ses représentants attitrés.
Ce fut au moment où sévissait ce mélange de persécution violente et de discours persuasifs, et où se manifestaient en même temps cette recrudescence de zèle et cette nouvelle apostasie, que Brousson reparut dans le Bas-Languedoc.
Nîmes, qui est du début do 1608. « Le g-ouverneur de S;iint-Hippolylc ayant fait assembler les principaux du lieu, après les avoir exhortés ])ar des raisons de soldat et de goinfre à aller à la messe, ces pauvres gens ne disant mot, ce Gouverneur leur dit : Parlez-moi, et dites quelque raison ! Un de la troupe lui dit : Hé bien, Monsieur, puisque vous voulez que nous parlions, je vous dis de la part de tous ceux qui sont ici présents, que nous n'irons jamais à votre messe, ni nous ni nos enfants. Faites de nous ce que vous voudrez, c'est une résolution prise. Le Gouverneur répartit : Vous êtes de misérables gens. Allez à la messe, portez y vos Psaumes, lisez les tant que vous en soyez las, faites en votre particulier tous vos actes de dévotion. Par ce moyen vous vous moquerez du roi, de ses déclarations, de M. l'Intendant, de moi, et de M. le Curé que voilà, que vous envoyerez, sivousle voulez, à tous les diables! Tout beau, Monsieur, dit le Curé, j'aime mieux qu'ils y aillent que moi. . . Dans la tin [de cette lettre] il y a que ces pauvres gens s'étant retirés, on les a condamnés à de grosses amendes. . . »
La 3>= Lettre Pastorale de Basnagc, datée du 13 février 16i).S, imprime une lettre écrite du Languedoc, antérieure à celle que nous venons de citer : « On nous fait appréhender qu'on va nous presser sans garder aucunes mesures. Le peuple [catholique] et les Puissances tiennent ce langage». La lettre ajoute, en faisant allusion certainement à YAvis aux Protestants, de Brousson : « On dit qu'on doit nous demander de quelle religion nous sommes. Nous avons un formulaire de la réponse que nous devons faire, mais il est à craindre que nous ne soyons surpris » (p. 23).