‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 126 sur 346 · DANGER COURU PAR IJROUSSOX · texte numérisé non relu

DANGER COURU PAR IJROUSSOX

un petit baril de vin et un gigot de mouton, dont ils vécurent encore le lendemain, se retirant chaque soir dans la nouvelle caverne qu'ils avaient découverte '. Le matin du jeudi (Î3 avril), un homme de la troupe cherclui, et trouva dans le bois, un sabotier, AyraL originaire du village de l'Espcrou, « fort honnête homme ». Il lui demanda, au nom de Brousson, s'il savait un moyen pour eux de passer dans la vallée de Valleraugue, en évitant les soldats. Ayral, qui avait vu se poster les dragons, jugea la chose impossible. Tous les passages étaient gardés par des détachements de douze ou quinze hommes, et fort rapprochés. Quant au sommet de la montagne (le Serre de la Luzette), il le montra, de l'orée du bois, infranchissable, couvert de deux pieds de neige, et encadré de deux corps de garde.

Le compagnon des prédicants observa attentivement la situation de ces deux derniers postes, reçut d'Ayral, qui était allé les lui chercher à l'Espérou, à une lieue de là, un pain, du fromage et deux bouteilles de vin, et retourna rejoindre Brousson. A la nuit tombante, il conduisit les huit hommes à travers le bois jusqu'au point dangereux. L'obscurité venue, il entra le premier dans la neige, sans être aperçu des sentinelles, au passage qu'il s'était proposé ; les autres suivirent sa trace, et tous se retrouvèrent sains et saufs de l'autre côté de l'Espérou, dans le bois de Randavel.

Sur la pente septentrionale de la Luzette, quelques compagnons maintenant connaissaient les lieux. On plaça Brousson et Olivier au premier gîte, Bas et Crebassac descendirent plus près de Valleraugue, et comme ils n'avaient pas dormi dans des lits depuis sept nuits, « ils furent bien aises de se reposer ». Mais à peine étendus. Bas et son compagnon sont réveillés par un ami de la maison, qui donne avis qu'un détachement de 200 hommes est sorti de Valleraugue à l'entrée de la nuit, et se dirige vers le quartier. Il faut repartir, aller avertir Brousson. Ce dernier, prudemment, avant de quitter la demeure où il vient de loger, demande une petite provision de pain, et la troupe va s'enfermer dans une bergerie fort écartée, où l'on mettait les brebis dans la belle saison. Elle demeure là trois jours encore (4, 5 et 6 avril). Le troisième jour, le même compagnon qui avait usé de la complaisance d'Ayral, va le retrouver, apprend de lui que les soldats se sont retirés, qu'il n'y a plus rien à craindre. Il le prie d'aller leur faire préparer à souper au village

1. Elle était, dit la Relation, à une demi-lieue de la maison de Grimai.

de l'Espéroxi, redescend porter à ses amis Theureuse nouvelle, se transporte au village avec les pi'édicants, et le lendemain, enfin, après ces dix jours de souffrance et d'émotions, la troupe se sépare.

Brousson essaya vainement de retenir Bas en France, en lui proposant de l'emmener avec lui jusqu'au Poitou. Bas refusa. Suivi de Crebassac et de quelques autres, il prit le chemin de Genève, où tous arrivèrent sans encombre, les Cévenols abandonnant une terre trop douloureuse, Daniel Bas rentrant dans sa patrie, après avoir connu en France la captivité de la Tour de Constance, et la vie mouvementée du désert.

L'intolérable déception sous laquelle succombaient, dans les Cévennes, Bas et ses amis, atteignit aussi les protestants du Haut-Languedoc .

Les cultes de Lapierre et de Gazan s'étaient continués, en 1697, aux environs de Castres. Vaguement connus des autorités de la région, ils ne donnèrent pas lieu, d'abord, à des poursuites. Des personnages notoii'es, comme le marquis de Malauze ou le marquis de Saint-Amans, ne voulaient pas que des enquêtes incessantes « fissent déserter leurs terres ». Des évêques, même, qui possédaient du bien autour de Saint-Amans, n'étaient point trop désireux de voir emprisonner leurs fei'miers nouveaux catholiques. Mais Barbara, l'homme de Bàville à Castres, qui se vantait auprès de l'intendant « de l'exactitude avec laquelle il avait toujours eu l'honneur de lui rendre ses petits services », ne se croyait pas autorisé « à excepter qui que ce fût » de sa surveillance ni de sa sévérité. Il réussit, non sans beaucoup de peine, à découvrir quelques assemblées, et le 30 octobre il envoyait à Montpellier trois procédures, dont un Mémoire des Papiers Court complète les maigres indications.

Le 30 juin et le 20 (ou le 21) juillet, La Jeunesse (connu de certains religionnaires sous son vrai nom de Gazan) avait prêché sur les terres de Saint-Amans, dans une grange de la métairie de Las Fargues, et dans la métairie de Combelagarde. Il se disait <c ministre », baptisait les enfants, et donna la Cène aux deux cultes. Le soir du 10 août, et du 14 août, au Roc des Peiroulets, dans le bois de Montagnol*, un autre prédicateur, vêtu de bure grise, âgé d'environ 40 ans (c'était Lapierre), auquel des femmes de Vabre étaient venues « faire présent de six chemises en toile de Rouen », avait prononcé une exhortation sur

1. Sur les terres de Castelnau de Brassac, et à la vue de Vabre.

ClicliL' (le la S(jc. (IHist. du Vvt)\.

Au-Di:ssrs d'Aulas

La liante Vallci' <hi Coiuloulous

(Voir p. 2-2',)

Cliclié de la Soc. d'Hist. du Prot.

Au-dessus d'Aulas Le Pont de Grimai (Voir p. 2'2'i)

LAPIERUE ET GAZAN DANS LE IIAUT-LANGU£DOC 229

Esaïe, LUI, 11.12. Dans son discours, il avait déclare que ceux qui étaient entrés à Téglise, ou y avaient porté leurs enfants, ne seraient admis à la Table Sainte, dressée devant lui, qu'après une réparation publique de leur faute. La nuit du 23 au 2G septembre enfin, le même « M. Lapierre, de Lasalle », prêchait à la grange Galibert, sous le village de Galmon, dans la plaine de Mazamet. 87 personnes «qui n'avaient point fait abjuration», prirent la Cène.

Bâville, pour faire entendre son ultimatum du 18 novembre, à Castres comme dans les Cévennes et dans le Bas-Languedoc, condamna huit des communautés coupables à o,300 livres d'amende, prononça par contumace seize condamnations à la potence, et envoya le 18 décembre quatre hommes aux galères*.

Le 29 décembre, une autre assemblée se réunissait à Saint- Amans Villemagne ^

Il semble que Lapierre soit alors une dernière fois revenu dans le Bas-Languedoc. Quant à Gazan, il ploya, comme Daniel Bas. Dès les premiers jours de février 1698, il était en Suisse ^

Brousson et Olivier, qui ne voulaient pas céder, « prirent la route du Rouergue », comme le dit la Relation circonstanciée de l'un des compagnons qui suivit Bas à Genève. Mais s'ils s'acheminèrent vers Millau, ce fut sans doute pour s'arrêter aux environs de Meyrueis, car Brousson, peu après, était encore dans les Cévennes.

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