BROUSSON DANS LES CKVENNES
Ce Brousson soupçonneux, taciturne, enfermé dans ses réflexions, n'est guère celui que nous avons connu. L'état de l'Eglise de France lui inspire de si cruelles angoisses, l'avenir lui paraît si amer, que s'il marche encore par la foi. la volonté obstinée a pris chez lui le pas sur l'enthousiasme. Un sermon qu'il composa dans les Cévennes. avait pour texte la parole de Job : « Quand II me tuerait, f espérerais toujours en lui » *. Il demeurait d'ailleurs attentif aux événements politiques, et il était convaincu, par exemple, qu'une guerre nouvelle éclaterait bientôt. Il assura à Bàville, quelque mois plus tard, que son ferme dessein aurait été de sortir de France dès l'ouverture des hostilités, et sans doute il disait vrai. Mais il continuait à ne pas s'off'usquer de l'idée que la délivrance du protestantisme serait due à une intervention de l'Europe. Lorsque à l'Espérou ou vers Meyrueis, « au point d'entrer dans une petite assemblée », il trouva entre les mains de deux paysans le Projet cV Union des Puissances protestantes, dont nous avons parlé, il n'est pas exact, comme il le prétendit, « qu'il n'ait fait aucun cas de cet écrit, comme étant un papier inutile », car il enferma avec ses manuscrits la copie informe et illisible ".
Nous ne pouvons pas suivre le pasteur dans les Cévennes. ni sur les limites du bas pays où il semble qu'il soit encore redescendu. Il prêcha « au commencement du printemps ». à la Méjanelle, dans le quartier de Saint-Romans de Tousques, mais nous ne connaissons l'assemblée que par une question de Bàville \ Des « quatre dangers eff'royables », auxquels il échappa pendant son séjour dans la région, nous avons mentionné les deux premiers, à Nîmes et à Grimai. Un de ses amis d'Orange a raconté le dernier*. « C'est un espèce de miracle que sa conservation en cette dernière rencontre, car il avait été trahi. On
en octobre 1699, et protestait contre son fils, lequel prétendait obtenir une part de la pension du père. Quesnot avait alors près de 70 ans. Sa femme, Louise Bacuet, dont il disait, en 1698, « ne pouvoir espérer vaincre l'opinicàtreté », était probablement passée de Hollande à Genève, d'où elle était originaire.
1. C'est Brousson qui nous l'apprend (Corbière, p. 318). Le sermon n'est pas dans son dossier.
2. Brousson dit : «A la fin de mars, allant en Rouergue». C'était aux tout premiers jours d'avril.
3. G. 191. Interr. du 2 novembre 1698. « S'il a tenu une assemblée au lieu de la Méjanelle, sur la dame de Laudct [? Lardet? Cardet ?] dans la paroisse de Saint- Romans )'.