‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 132 sur 346 · LA FRANCE RUINÉE · texte numérisé non relu

LA FRANCE RUINÉE

correspondants différents, car il était convaincu que dans le royaume les lettres étaient intei'ceptées souvent, « pour qu'on ne sût point à l'étranger ce qui s'y passait ». Il était surpris aussi de ne rien recevoir de Hollande, et ignorait le sort de ses premiers envois.

Le 28 avril, il résume encore une fois les impressions ([u'il a ressenties depuis sa rentrée en France ' :

Plus j'avance dans ce Royaume, et plus j'y trouve de la misère et de la désolatiou. Le peuple y est abattu et conslerué, les villes presque ruinées par le défaut du commerce, et les chemins pleins de pauvres, qui suivent les passants plus d'une demi-lieue ; en un mot tout le monde se ressent de la longueur de la guerre. J'ai trouvé beaucoup de personnes qui avouent ingénument que les affaires qui sont survenues au sujet de la religion ont jelé le royaume dans l'état où nous le voyons. Cependant il ny a nulle apparence que les choses s'y rétablissent, surtout s'il en faut juger par ce qui se passe du côté de Paris [?]. Mais dans les provinces méridionales, on y paraît résolu à tout souffrir, plutôt que d'adhérer au culte de la Religion Romaine.

Brousson parle ensuite de son passage à Orange ', des dangers auxquels il a pu échapper, et termine par quelques mots qui témoignent, contrairement à la phrase pessimiste qui précède, qu'il espérait encore un revirement de l'opinion publique en France :

Je remarque de plus en plus que Dieu se prépare. . . une grande moisson parmi les Catholiques Romains, qui se désabusent des superstitions les plus grossières, et qui écoutent les raisons et les gémissements de nos pauvres frères. Il importe. Monsieur, qu'il viennent beaucoup d'écrits de vos quartiers, ceux que je répands sans cesse et dont on fait des copies partout, ne suffisant pas à l'avidité qu'on témoigne. Dieu veuille avancer son œuvre, et la grande gloire de son nom, et se faire un peuple nouveau, pour annoncer ses divines louanges ...

La lettre écrite, Brousson ne voulut pas la confier à la poste de Nîmes, où il croyait que ses correspondances étaient surveillées. Il la fît porter vers le Rouergue, d'où elle parvint en

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