‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 136 sur 346 · Pap. Court, d", B, iUbis · texte numérisé non relu

Pap. Court, d", B, iUbis

3. Lettre partie d'Orang-e le 22 juin 1698. C'est celle qui rapporte la descente de Brousson dans un puits. Opusc, 328.

4. L'abbé du Chayla et le clergé des Cévennes, p. 30. (Voir ce que nous avons déjà écrit à ce sujet: Bull. LVII, 201).

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prendre — c'est de ne jamais avoir envisagé la question protestante d'un autre point de vue que celui de l'homme de loi. II n'a eu qu'un atroce mépris pour cette « plaisante nation», pour ces « fols », qui s'exposaient à des peines certaines en allant écouter des prêches au désert, et cela, dit-il, en un mot qui le peint tout entier, et qui est définitif : « sans nécessité ». Il les condamnait par devoir de magistrat, et pour établir une unité religieuse que le roi commandait. Mais il aurait mieux aimé « lire une Ode d'Horace » avec Flécliier. Disons maintenant, pour y insister, qu'il ne voulait point que les Nouveaux Convertis fussent forcés ou inquiétés au delà de ce que les ordonnances exigaient strictement. Il jugeait les accusés dans les formes ; et il se plaignit plus d'une fois du zèle intempestif — et intéressé — de certains prêtres des Gé venues, et des missionnaires en particulier.

Il n'aimait point ces derniers, il le fait entendre à mots couverts'. Leurs prédications avaient été fort utiles, mais il aurait préféré « de bons curés », capables de monter eux-mêmes en chaire, et de prendre enfin « le même ascendant et la môme autorité, que les ministres avaient sur les esprits et les cœurs des religionnaires, dont ils faisaient tout ce qu'ils voulaient ». Ceux-là étaient rares. Il aurait fallu « de bons séminaires pour les instruire, et les rendre tçls qu'ils devaient être ».

En attendant des temps meilleurs, l'intendant se servait cependant des missionnaires, et en particulier de l'abbé du Chayla, leur inspecteur dans le diocèse de Mende\ Il est diflîcile de préciser les pouvoirs administratifs que cet archiprètre, revenu en 1686 dans les Cévennes, des missions (étrangères, celles-là) du Siam, avait reçus de Bà ville. Il procède à la recherche des biens des anciens Consistoires, il afferme les terres des fugitifs, il préside aux délibérations des communautés relatives à la surveillance des assemblées, il interroge des suspects, il conduit lui-même le détachement qui arrête le prédicant Couderc et rédige le procès-verbal de capture, il entretient, dans sa maison du Pont de Monvert, aux frais des N. C, les prisonniers de l'assemblée de Montcuq. Bàville l'a fait en 1693 inspecteur des

1. Dans son Mémoire (de 1697 ou 1698) sur la Province du Languedoc (voir Ch \V eiss, Hist. des Réf. protestants, II, 40-2).

2. François de Langlade du Clieyla, seigneur de Saint-Préjet d'Allier, d'une famille noble de Gévaudan. Son neveu, le vicomte du Chayla, était capitaine de milices a Florac. Voir sur l'abbé le début des récits consacrés à la guerre des Camisards, et Bull. LVII, 208, LVIII, 2i3.

chemins des Gévennes. Les Puissances reconnaissent que ses soins et sa vigilance n'ont pas peu contribué à empêcher l'insurrection du pays en IGOO et en 1602.

Les protestants, qui voient sa main partout, lui reprochent non seulement sa sévérité, mais sa cupidité. En 1090, après l'assemblée de l'Espinaz, plusieurs personnes se sont mises à couvert des poursuites, en lui donnant de l'argent. La Baume, conseiller au présidial de Nîmes, qui parle très froidement de lui, tout en louant son zèle et son dévouement au roi, mentionne sans observation que les religionnaircs « l'accusaient d'être intéressé et de profiter de l'autorité qu'on lui avait confiée pour s'enrichir »',

Les Cévenols de la haute montagne l'abhorraient. Ils avaient failli déjà lui faire expier son àpreté au gain et son zèle catholique. Un habitant du Pompidou rapporta à Ant. Court que larchiprêtre, revenant de Valleraugue, avait été rencontré sur la Cam de l'Hospitalet [en 1G89] par Roman, Olivier [Jean Mazel] et Quet, alors accompagnés de 150 (?) hommes armés. « On délibéra de se défaire de lui, puis on y renonça, l'abbé ayant promis de cesser ses persécutions ». Un autre jour, arrêté du côté de Barre, la vie lui aurait été laissée, sous les mêmes promesses. Il aurait été, une troisième fois encore, pris puis relâché, près de Moissac". Ce triple récit contient probablement une bonne part de légende. Nous en devons retenir que Du Ghayla avait été menacé de subir le sort des prêtres exécutés par Vivent. Il n'avait d'ailleurs pas tenu compte de l'avis, et en 1698, veillait toujours sur les Gévennes.

Au mois d'avril, vers le temps où Brousson était à la Méjanelle, Roman prêcha au-dessus de Vébron, au bas des « couronnes » de la Cam de l'Hospitalet, dans la Baume de Valmalle (c'est la Baume Doulente). L'assemblée fut dénoncée par des habitants du hameau voisin de Montagut. L'archiprôtre fit arrêter, autour de la Cam, quelques fugitifs et leurs hôtes, en particulier Etienne Goût, des Crémats (Barre). Les prisonniers furent conduits à Saint-Germain, résidence ordinaire de l'abbé, qui les mit aux

1. Relation historique de la révolte des fanatiques ou Camisards. Publiée par Tabbé Goiffon, Nîmes 1873. L'ouvrage a été composé à l'aide des dossiers judiciaires que La Baume a eu sans eEfort entre les mains (p. 28, 29).

2. Mémoire d'Etienne Goût, confesseur (6 fév. 1737). Pap. Court, 17, R, 93. Goût assura à Court qu'il avait assisté sur la Cam à la délibération de Roman, Olivier et Quet. Il est probable qu'on décida seulement de s'embusquer pour surprendre rarchiprêlre.

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ceps à mesure qu'ils lui arrivaient. Goût se plaignit à lui, dès qu'il le vit, que les soldats lui eussent enlevé ses souliers, et dix écus. «On a bien fait ! dit le prêtre. On aurait encore mieux fait de te casser le cou! » Le huguenot, lorsque, peu après, il fut transféré à Saint-Jean, où étaient alors Bàville et Broglie, protesta devant l'intendant contre le vol des soldats, et contre la réponse de l'archiprêtre. «Bàville appela l'abbé, lui dit qu'il ne fallait pas en user ainsi, et il ordonna que les dix écus fussent rendus à Goût, ce qui fut fait ». Goût, d'ailleurs, fut emmené à Montpellier avec quatre autres Cévenols et les trois sœurs Malzac, des Vanels (Vébron), qui avaient assisté à l'assemblée. Les cinq hommes furent condamnés par Broglie aux galères, et les trois filles enfermées dans la Tour de Constance'. Bàville voulait bien peupler de forçats protestants les vaisseaux du roi, mais il ne permettait pas que des accusés fussent illégalement dépouillés par un archiprêtre.

On sait comment le 24 juillet 1702, au Pont de Montvert, les prophètes des environs de Barre, et parmi eux Salomon Couderc, le propre frère du prédicant, devaient enfin payer de cinquante-deux coups de dague, les excès d'un missionnaire que Bàville lui-même avait trouvé trop ardent".

1. Mémoire de Goiil, ibid., et Relation de Gaubert {Pap. Court, 17, B.) Les traîtres, dit Gaubert, auraient été Puech, Yermon et Jean Meinadier, de Monta^ut. Goût nomrae seulement Bruraon, de Montaigu (le même évidemment que Yermon). Vou' plus haut, p. l'J7, sous la plume de Roman, la mention d'un traître, qu'il appelle Bermont, et qui est évidemment le même personnage. Goût a conservé le nom des quatre condamnés, qui se retrouvent sur les listes de galériens.

2. Roman signale l'abbé du Ghayla comme son ennemi acharné, dans sa Relation, publiée en 1701. Le nom de l'abbé ne se retrouve, a notre connaissance, dans aucune autre des publications du refuge, avant la guerre des Camisards. Bàville, au contraire, est nommé plusieurs fois avec horreur. En 1698, Jurieu (Relation de tout ce qui s'est fait, p. 37) parle de lui comme du tyraq du Languedoc. « Il fait tout ce qu'il faut faire pour avoir dans l'histoire une place distinguée entre les plus cruels ministres de la persécution, des Néron et des Dioctétien. On peut dire qu'à présent il nage dans la joie aussi bien que dans le sang... La Cour semblait pour quelque temps lui avoir un peu serré la bride. Aujourd'hui il a plein pouvoir d'exercer sa fureur dans toute son étendue». La Cour, au contraire, allait précisément essayer de « serrer la bride « à Bàville, à la fin de 1698.

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