BROUSSON ET PINON
heures, Pinon faisait subir à l'ancien avocat le premier des interrogatoires dont le procès- verbal nous ait été conservé.
Arrêté comme ministre de l'Evangile, en un temps où il ne combattait que par l'épée de l'Esprit, Brousson répondit à toutes les questions avec la noblesse et la sérénité que comportaient à ses yeux sa vocation et son caractère. Simplement, il raconta à son juge toute sa vie, telle qu'elle lui apparaissait à cette heure suprême, dans la continuité de son dévouement à une sainte cause, telle qu'il désirait que le souvenir en restât aux frères qu'il était venu secourir'.
Son nom est Claude Brousson de Nîmes, âgé de cinquantedeux ans, autrefois avocat postulant au Parlement de Toulouse, maintenant ministre de laR. Réformée. Il est demeuré dix-sept ans avocat, au Parlement ou à la Chambre de l'Edit. Sorti de France, pour éviter d'être inquiété à cause de la Religion, il a professé la fonction d'avocat en Suisse pendant sept ans, travaillant en môme temps à faire de petits ouvrages pour la consolation de ses frères, qui tendaient à la justification de sa doctrine, et qu'il envoyait en France. Il fut tellement pressé par sa conscience de revenir en France qu'il s'y rendit en juillet 1689. C'est alors que, dans le Bas-Languedoc, il fut appelé par le peuple et par un ministre à y exercer le saint ministère. Le ministre s'appelait François Vivens, qui avait reçu sa vocation du Synode de Hollande, le peuple était une petite assemblée de Cévenols. Il est demeuré là quatre années, faisant la fonction de ministre, avec l'approbation de tout le peuple, prêchant, et administrant la Cène'.
Il retourna en Suisse, de son propre mouvement, en décembre 1693. Son ministère en France fut approuvé, à Lausanne, par une assemblée de pasteurs et de professeurs. Après avoir prêché quelquefois à Lausanne, Berne, Zurich, il passa en Hollande, où il fut agrégé parle Synode des Provinces-Unies, qui approuva, et confirma de nouveau son ministère. Un an et demi il resta à la Haye avec sa famille, durant lequel temps il prêcha plusieurs fois dans la ville.
1. Nous rapportons dans ce qui suit, à part quelques très rares exceptions, le langag'e même de Brousson.
2. Interrogé à ce propos sur ses compagnons dans le ministère, il nomme seulement Gazan et Lapierre, parce qu'il les croit évidemment (d'après la lettre de Pourtal, du 1" janvier 1696) « hors du pays ». Le fait prouve qu'il n'a pas rencontré Lapierre en 1698.
248 LES l'RÉDIGANTS PROTESTANTS
Ensuite, ne trouvant aucun repos d'esprit dans ce pays-là, il fut tellement pressé par le mouvement de sa conscience de retourner en France, qu'il s'y rendit au commencement de septembre 1693. Non pas qu'il fût revenu à la pi'ière de personne ; ce ne fut que pour suivre sa vocation.
A ce voyage (des Ardennes à la Franche-Comté, par la Normandie et la Loire) il a demeuré un an entier, travaillant à instruire et à consoler ses frères dans toutes les occasions que la Providence divine lui fournissait, administrant la Gène à Rouen, et dans plusieurs endroits où il a trouvé des gens disposés à la recevoir et à l'écouter.
Sorti du royaume pour repasser en Suisse, il s'en retourna à La Haye, où il demeura un an environ, prêchant plusieurs fois en la ville, et faisant imprimer de nouveaux ouvrages.
Pressé de nouveau par sa conscience, il partit de La Haye le 14 août 1697, après la conclusion de la paix ', et revint en France, dans le dessein de continuer à travailler au salut de ses frères; ce qu'il a fait depuis ce temps-là, autant qu'il lui a été possible. 11 y a huit jours qu'il est arrivé dans le Béarn. Il avait lintention, en sortant d'Oloron, de poursuivre son ministère dans tous les lieux où la Providence divine l'aurait conduit. Au cas où il ne fût pas du bon plaisir de S. Majesté de rétablir ses sujets de la R. R. dans la liberté de la profession de ladite religion, il avait dessein de repasser en Hollande, joindre sa famille.
L'argent qu'il a en son pouvoir est principalement de celui qui lui appartient en propre. De temps en temps il a reçu quelques petits secours pour les frais de son voyage, qui se recueillaient dans les assemblées, mais les Etats de Hollande lui ont fait compter cinq cents florins, ainsi qu'ils l'ont toujours pratiqué à l'égard des autres ministres qui sont venus en France pour le même sujet.
A toutes les questions qui le concernaient directement le pasteur répondait sans eflort. A toutes celles qui exigeaient de lui le nom d'un réformé qui l'avait reçu, ou qui devait le recevoir, il opposait les mêmes paroles : « Il croit qu'il n'est pas d'un vi'ai chrétien et d'un ministre de l'Evangile, d'exposer à l'aftliction des innocents qui ne font que prier Dieu ». Il consentit cependant à reconnaître et à parapher les diverses lettres de recommandation, la plupart signées, qui avaient été saisies sur lui".